Le Pérou s’apprête à voter ce dimanche 12 avril pour le premier tour de sa présidentielle dans un contexte marqué par un éparpillement inédit des candidatures. Trente-cinq postulants, dont une majorité sans expérience gouvernementale significative, se disputent les faveurs d’un électorat en proie à la perplexité. Selon Courrier International, la fragmentation des intentions de vote complique singulièrement l’identification des deux finalistes qui devraient s’affronter au second tour, prévu le 7 juin.

Ce qu’il faut retenir

  • 35 candidats en lice pour un scrutin présidentiel péruvien, un record historique qui reflète la polarisation du paysage politique local.
  • Sept prétendants se situent entre 5 % et 10 % des intentions de vote, rendant toute prédiction hasardeuse, d’après le quotidien péruvien La República.
  • L’humouriste Carlos Alvarez, se revendiquant « anarcho-syndicaliste », caracole à la deuxième place des sondages avec 9 % des voix, derrière Keiko Fujimori.
  • Les sondages sont interdits la semaine précédant le scrutin, privant les électeurs d’outils pour affiner leur choix stratégique.

Un scrutin à l’image d’un pays divisé

Le Pérou traverse une période de profonde instabilité politique depuis plusieurs années, marquée par des crises institutionnelles à répétition et une défiance généralisée envers les partis traditionnels. Dans ce contexte, la multiplication des candidatures – souvent portées par des personnalités issues de la société civile ou du monde médiatique – illustre un rejet des élites politiques établies. Selon Courrier International, cette configuration favorise l’émergence de figures marginales, dont les programmes, parfois flous, séduisent une partie de l’électorat en quête de renouveau.

Parmi les prétendants les plus en vue, Keiko Fujimori, figure historique de la droite conservatrice et fille de l’ancien président Alberto Fujimori, maintient une avance relative avec 13,7 % des intentions de vote. Elle incarne une ligne dure sur les questions sociétales et économiques, mais son héritage politique, associé à des affaires judiciaires passées, continue de diviser l’opinion publique.

L’effet « vote utile » mis à mal par l’éparpillement des candidatures

L’un des enjeux majeurs de ce scrutin réside dans la capacité des électeurs à identifier, malgré tout, un « moindre mal » parmi les candidats sérieux. Pourtant, avec sept prétendants oscillant entre 5 % et 10 % des intentions de vote, la tâche s’annonce ardue. « Les électeurs qui vont faire le sacrifice d’un vote stratégique n’ont pas tous les outils nécessaires pour choisir », souligne La República. La semaine de silence médiatique imposée avant le vote – les sondages étant interdits – prive en effet les citoyens d’informations fraîches pour affiner leur décision.

Cette situation crée une frustration palpable dans les rangs des observateurs politiques. Les éditorialistes locaux peinent à dégager une tendance claire, faute de repères fiables. Certains y voient le symptôme d’un système démocratique en crise, où l’abstention et le vote protestataire pourraient peser davantage que le vote d’adhésion.

Carlos Alvarez, l’outsider qui bouscule les pronostics

Parmi les surprises de cette campagne, la percée de l’humoriste Carlos Alvarez retient particulièrement l’attention. Se définissant comme un « anarcho-syndicaliste », il a su capter l’attention d’une frange de l’électorat en mal de rupture avec le système. Selon un sondage Ipsos publié début avril, il truste 9 % des intentions de vote, se hissant ainsi à la deuxième place, devant le candidat d’extrême droite Rafael López Aliaga, crédité de 8,1 %.

Ce dernier, maire de Lima jusqu’en 2022, cultive un discours trumpiste, mêlant nationalisme économique et conservatisme sociétal. Son score, bien qu’inférieur à celui de Fujimori, confirme l’ancrage d’une droite radicale dans le débat politique péruvien. Pour Alvarez, son ascension reflète un phénomène plus large : la porosité entre le monde du spectacle et la politique, déjà observée dans d’autres pays latino-américains.

Et maintenant ?

Les résultats du premier tour, attendus pour la soirée du 12 avril, devraient révéler une Assemblée présidentielle extrêmement fragmentée. Si la configuration actuelle se confirme, un second tour entre Fujimori et un outsider – qu’il s’agisse d’Alvarez ou d’un autre candidat – est probable. Reste à voir si les électeurs parviendront à se mobiliser massivement pour éviter une nouvelle crise de légitimité institutionnelle. La date du 7 juin, fixée pour le second tour, marquera une nouvelle étape dans ce processus électoral sous haute tension.

Les analystes s’interrogent déjà sur les conséquences d’un tel éparpillement des voix sur la gouvernance future du pays. Une Assemblée divisée, voire ingouvernable, pourrait en effet prolonger l’instabilité politique qui mine le Pérou depuis des années. Les observateurs attendent avec impatience les premières réactions des partis traditionnels, dont certains pourraient remettre en cause les règles électorales actuelles pour éviter un scénario à l’issue incertaine.

Quant aux électeurs, leur rôle dans ce scrutin reste crucial. Dans un pays où l’abstention frôle régulièrement les 30 %, la mobilisation pourrait faire la différence entre une élection contestée et une transition politique apaisée.

Cette mesure, inscrite dans la législation électorale péruvienne, vise à limiter l’influence des médias et des instituts de sondage sur les électeurs en fin de campagne. L’objectif est d’éviter que des publications tardives ne perturbent le libre arbitre des citoyens, en leur donnant accès à des données qui pourraient biaiser leur choix. Une pratique courante dans plusieurs démocraties, mais qui, au Pérou, s’applique avec une rigueur particulière.