Selon nos confrères de RFI, le retour de la famille Fujimori à la tête de l’État péruvien suscite une profonde inquiétude parmi les familles des victimes et des disparus des années 1990. Vingt-six ans après le mandat controversé d’Alberto Fujimori, marqué par des violations massives des droits humains, c’est sa fille Keiko qui a accédé à la présidence il y a tout juste un mois. Pourtant, le silence persistant de l’actuelle dirigeante sur les crimes de son père alimente les craintes d’un retour en arrière ou d’une impunité persistante.
Ce qu'il faut retenir
- En 2026, Keiko Fujimori a été élue présidente du Pérou, trente ans après le début du régime autoritaire de son père, Alberto Fujimori (1990-2000).
- Les familles des victimes et disparus des années 1990 redoutent un revirement sur les questions de justice et de mémoire.
- Le régime Fujimori a laissé derrière lui des milliers de victimes de disparitions forcées, d’exécutions extrajudiciaires et de tortures.
- Keiko Fujimori n’a pas encore pris de position claire sur la reconnaissance des crimes passés.
Un héritage politique lourd de conséquences
Le régime d’Alberto Fujimori, au pouvoir de 1990 à 2000, reste l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire récente du Pérou. Sous sa présidence, des milliers de personnes ont été victimes de disparitions forcées, d’exécutions extrajudiciaires et de tortures, principalement dans le cadre de la lutte contre les groupes armés comme le Sentier lumineux. En 2009, Fujimori a été condamné à 25 ans de prison pour crimes contre l’humanité, une décision saluée par les organisations de défense des droits humains. Pourtant, trente ans plus tard, le retour de son nom à la tête de l’État par le biais de sa fille ravive les traumatismes des familles de victimes.
Selon RFI, les associations de défense des droits humains et les proches des disparus observent avec une grande méfiance les premiers pas de Keiko Fujimori. « Nous ne savons pas si elle va reconnaître ces crimes ou si elle va les minimiser, comme son père a toujours tenté de le faire », a confié à l’AFP Rosa Palomino, porte-parole d’une organisation regroupant des familles de disparus. Ces craintes s’appuient sur le discours passé de Keiko Fujimori, qui a longtemps minimisé les exactions commises sous le régime paternel.
L’inquiétude grandit dans les rangs des familles de victimes
Les familles des victimes, qui attendent toujours vérité et justice, voient d’un mauvais œil l’arrivée de Keiko Fujimori au palais présidentiel. « C’est comme si l’histoire se répétait », a déclaré Maria Elena Moyano, dont le frère a disparu en 1993. « Nous avions cru que la condamnation de Fujimori père marquerait un tournant, mais aujourd’hui, c’est sa fille qui est au pouvoir. Que va-t-il advenir de nos dossiers ? »
Selon un rapport de la Commission vérité et réconciliation (CVR) publié en 2003, plus de 69 000 personnes ont été tuées ou portées disparues pendant le conflit interne qui a opposé l’État aux groupes armés entre 1980 et 2000. Parmi elles, des milliers de cas sont directement liés aux méthodes répressives du régime Fujimori. Les organisations de défense des droits humains craignent que l’arrivée de Keiko Fujimori ne remette en cause les avancées judiciaires obtenues ces dernières années.
Un silence politique qui en dit long
Depuis son investiture le 28 juillet 2026, Keiko Fujimori n’a pas encore pris de position officielle sur la question des droits humains. Lors de son discours d’investiture, elle s’est contentée de souligner « l’importance de tourner la page », une formule qui a immédiatement alerté les associations de victimes. « Tourner la page sans avoir lu ce qu’elle contient, c’est prendre le risque de répéter les mêmes erreurs », a réagi Human Rights Watch dans un communiqué.
Pourtant, certains observateurs notent que la nouvelle présidente a multiplié les gestes envers les secteurs conservateurs du pays, ce qui pourrait indiquer une ligne politique plus accommodante envers les héritages controversés de son père. « Keiko Fujimori a toujours défendu une vision révisionniste de l’histoire, et son élection ne fait que confirmer cette tendance », a analysé l’historien péruvien Carlos Aguirre.
Dans ce contexte, la question centrale reste : Keiko Fujimori va-t-elle choisir la voie de la réconciliation ou celle de l’oubli ? Les prochains mois diront si l’histoire des années 1990 restera un sujet tabou ou si la justice parviendra, une fois de plus, à faire entendre sa voix.
Le régime d’Alberto Fujimori (1990-2000) est notamment responsable de disparitions forcées, d’exécutions extrajudiciaires et de tortures. Parmi les cas les plus emblématiques figurent le massacre de Barrios Altos en 1991, où 15 personnes ont été exécutées par un escadron de la mort lié à l’armée, ainsi que les stérilisations forcées de plus de 300 000 femmes, principalement indigènes, entre 1996 et 2000.