La commission des affaires économiques du Sénat examinera mercredi 17 juin au matin un amendement visant à réautoriser en France le pesticide flupyradifurone, un insecticide aux effets comparables à ceux des néonicotinoïdes. Ce texte, porté par le sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains), cible spécifiquement quatre cultures : betteraves, pommes, cerises et noisettes. Une proposition qui intervient alors que les associations de défense de l’environnement multiplient les alertes sur les dangers de ce type de molécules pour les pollinisateurs.
Selon Reporterre, l’amendement déposé par Duplomb s’inscrit dans le cadre de la loi d’urgence agricole. Pourtant, son adoption risquerait de fragiliser davantage les populations d’abeilles solitaires, déjà en déclin. Les néonicotinoïdes, dont la flupyradifurone partage le mode d’action, avaient été partiellement interdits en Europe à partir de 2013 en raison de leur toxicité avérée pour les insectes pollinisateurs.
Ce qu'il faut retenir
- Un amendement au Sénat propose de réautoriser la flupyradifurone, un insecticide dangereux pour les abeilles, sur quatre cultures (betteraves, pommes, cerises, noisettes).
- L’examen de ce texte par la commission des affaires économiques est prévu mercredi 17 juin 2026 au matin.
- Ce pesticide agit comme les néonicotinoïdes, déjà partiellement interdits en Europe pour leur impact sur les pollinisateurs.
- L’association Générations Futures affirme avoir obtenu une étude inédite sur les risques de cette molécule.
Un insecticide controversé aux effets comparables aux néonicotinoïdes
La flupyradifurone, commercialisée sous le nom de Sivanto, appartient à la famille des buténolides. Comme les néonicotinoïdes, elle agit en bloquant les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine chez les insectes, provoquant paralysie et mort. Si elle n’est pas strictement identique à ces molécules, son mécanisme d’action soulève les mêmes inquiétudes quant à sa toxicité pour les abeilles, qu’elles soient domestiques ou sauvages.
En 2020, l’Union européenne avait déjà restreint l’usage des néonicotinoïdes en raison de leur impact sur les colonies d’abeilles domestiques. Pourtant, la flupyradifurone reste autorisée dans certains pays, notamment aux États-Unis, où elle est utilisée en agriculture conventionnelle. En France, son usage avait été temporairement toléré sur certaines cultures avant d’être suspendu en 2018, rappelle Reporterre.
Les abeilles solitaires, premières victimes potentielles
Contrairement aux abeilles domestiques, les 350 espèces d’abeilles solitaires présentes en France ne disposent pas de protection spécifique contre les pesticides. Ces insectes, essentiels à la pollinisation de nombreuses plantes sauvages et cultivées, sont particulièrement vulnérables aux résidus de flupyradifurone. Une exposition même faible peut altérer leur reproduction ou leur capacité à butiner.
L’association Générations Futures, qui a obtenu une étude inédite sur la question, doit révéler ses conclusions ce mardi 16 juin. Les résultats pourraient alimenter le débat sur la pertinence de réautoriser ce produit. « La flupyradifurone représente un risque inacceptable pour la biodiversité », a déjà prévenu l’organisation dans un communiqué.
Un amendement lié à la loi d’urgence agricole
Le texte porté par Laurent Duplomb s’inscrit dans le cadre de la loi d’urgence agricole, un dispositif législatif visant à soutenir les agriculteurs face aux crises climatiques et sanitaires. Pourtant, son contenu interroge : pourquoi privilégier la réautorisation d’un pesticide controversé plutôt que des alternatives existantes ? Les méthodes de lutte intégrée, comme la rotation des cultures ou l’utilisation de prédateurs naturels, sont souvent citées comme des solutions plus durables.
Interrogé par Reporterre, le sénateur Duplomb n’a pas encore répondu aux critiques. Son amendement sera examiné dès demain par la commission des affaires économiques, où les positions des différents groupes politiques pourraient déterminer son sort. Un vote en séance plénière n’est pas exclu dans les semaines à venir.
Cette proposition intervient alors que la Commission européenne travaille à une nouvelle stratégie de réduction des pesticides d’ici 2030. Les associations espèrent que les élus français prendront en compte ces engagements internationaux avant de valider l’amendement.