Alors que les tensions autour du détroit d’Ormuz perturbent gravement les approvisionnements pétroliers mondiaux, le Brésil émerge comme un acteur clé pour compenser les risques géopolitiques pesant sur les flux énergétiques. Selon RFI, le pays sud-américain mise sur cette fenêtre d’opportunité pour renforcer sa position sur les marchés, tout en devant composer avec des contraintes structurelles et des contradictions politiques internes.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Brésil devient un acteur incontournable dans le paysage énergétique mondial, profitant des instabilités autour du détroit d’Ormuz.
  • Les capacités de production offshore brésiliennes atteignent désormais 4,2 millions de barils par jour, soit une hausse de 15 % depuis 2024.
  • Le pays mise sur ses réserves du pré-sel, estimées à 100 milliards de barils, pour séduire les importateurs inquiets.
  • Cependant, les infrastructures de transport et de raffinage restent insuffisantes, limitant son rôle malgré ses ambitions.
  • Les contradictions politiques, notamment entre le gouvernement et les compagnies pétrolières, freinent une exploitation optimale des ressources.

Un contexte géopolitique explosif qui profite à l’Amérique latine

Depuis plusieurs mois, le détroit d’Ormuz, passage obligatoire pour près de 20 % du pétrole mondial, est au cœur des tensions internationales. Les attaques contre des navires marchands et les menaces d’un blocus ont poussé les pays importateurs à diversifier leurs sources d’approvisionnement. Le Brésil, avec ses réserves offshore et sa stabilité relative en Amérique latine, s’est ainsi imposé comme une alternative crédible. « Nous ne sommes pas dans une position de force, mais notre stabilité relative et nos ressources en font un partenaire fiable pour les Européens et les Asiatiques », a déclaré mardi le ministre brésilien des Mines et de l’Énergie, Alexandre Silveira, lors d’une conférence de presse à Rio de Janeiro.

Cette opportunité intervient alors que le pays a franchi un cap symbolique : en avril 2026, sa production pétrolière a dépassé les 4,2 millions de barils par jour, selon les données de l’Agence nationale du pétrole (ANP). Une progression qui contraste avec les baisses enregistrées par certains pays du Moyen-Orient, directement affectés par les tensions régionales. « Le Brésil a su tirer parti de la crise en investissant massivement dans ses infrastructures offshore », souligne un analyste de l’Institut brésilien de géophysique.

Des limites structurelles qui compliquent l’exploitation des ressources

Malgré ces atouts, le Brésil fait face à des défis majeurs. D’abord, ses capacités de raffinage restent limitées, contraignant le pays à exporter une grande partie de son brut sous forme non raffinée. « Nous produisons du pétrole de qualité, mais nos raffineries ne suffisent pas à couvrir la demande locale. Résultat, nous devons importer des produits finis, ce qui réduit notre marge de manœuvre », explique un responsable de Petrobras, cité par RFI. Ensuite, les coûts logistiques élevés pour acheminer le pétrole vers les marchés internationaux, notamment vers l’Asie, grèvent la compétitivité du Brésil face à des concurrents comme les États-Unis ou le Canada.

Autre obstacle de taille : les tensions politiques entre le gouvernement fédéral et les compagnies pétrolières. Le président brésilien, élu en 2022 sur un programme de nationalisation partielle du secteur, a multiplié les mesures pour augmenter la participation de l’État dans les profits des groupes privés. Une politique qui a suscité des réticences chez les investisseurs étrangers, freinant les projets d’expansion. « On ne peut pas à la fois vouloir attirer des capitaux étrangers et imposer des règles qui réduisent leur rentabilité », a critiqué l’Association brésilienne des compagnies pétrolières privées.

Une stratégie énergétique à long terme encore incertaine

Pourtant, le Brésil mise sur son potentiel à long terme. Ses réserves de pré-sel, situées sous une couche de sel à plus de 5 000 mètres de profondeur, sont estimées à 100 milliards de barils, soit l’une des plus importantes au monde. Plusieurs projets d’exploitation sont en cours, avec l’objectif de porter la production à 5 millions de barils par jour d’ici 2028. « Le pré-sel est notre futur. Avec les bonnes politiques et les bons investissements, le Brésil pourrait devenir le quatrième producteur mondial d’ici cinq ans », a affirmé Silveira.

Mais pour y parvenir, le pays devra résoudre ses contradictions internes. D’un côté, il doit rassurer les investisseurs en garantissant la rentabilité des projets. De l’autre, il doit satisfaire les attentes de la population, qui réclame une meilleure redistribution des revenus pétroliers. Un équilibre difficile à trouver dans un contexte de ralentissement économique et de pression fiscale accrue.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour le Brésil. La conférence internationale sur l’énergie de São Paulo, prévue du 15 au 18 juin 2026, devrait servir de plateforme pour attirer de nouveaux investisseurs et finaliser des partenariats stratégiques. Par ailleurs, le gouvernement doit publier d’ici la fin de l’année un nouveau cadre réglementaire pour le secteur, censé clarifier les règles du jeu entre l’État et les entreprises privées. Reste à voir si ces mesures suffiront à lever les incertitudes qui pèsent encore sur l’industrie pétrolière brésilienne.

Une chose est sûre : dans un marché pétrolier de plus en plus volatile, le Brésil ne peut plus se permettre de rater le coche. Que ce soit par manque d’infrastructures, de capitaux ou de stabilité politique, le risque est de voir cette fenêtre d’opportunité se refermer aussi vite qu’elle s’est ouverte.

Le détroit d’Ormuz est le passage maritime le plus stratégique au monde pour le transport de pétrole. Environ 20 % du pétrole mondial transite par ce détroit chaque jour, reliant le Golfe Persique aux grands marchés d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord. Toute perturbation, comme un blocus ou des attaques contre des navires, peut entraîner une flambée des prix du baril et des tensions sur les approvisionnements.