Un pétrolier battant pavillon des Palaos a été la cible d’un tir de missile mercredi au large des côtes omanaises, entraînant un incendie à bord et faisant un mort ainsi que deux disparus, d’après l’agence britannique UKMTO. L’incident s’est produit dans une zone déjà sous haute tension, à proximité du détroit d’Ormuz, où les tensions géopolitiques entre Téhéran et Washington continuent de fragiliser la sécurité maritime.
Ce qu'il faut retenir
- Un mort et deux disparus : le bilan humain provisoire après la frappe de missile visant la salle des machines du pétrolier Settebello.
- Origine inconnue du missile : l’auteur du tir n’a pas été identifié dans l’immédiat, selon les autorités.
- Incendie maîtrisé : les autorités omanaises sont intervenues pour évacuer l’équipage, sans signalement de pollution.
- Contexte tendu : cet incident s’inscrit dans une série d’attaques contre des navires marchands dans le détroit d’Ormuz depuis le début du conflit irano-américain.
- Rôle central du détroit d’Ormuz : une voie maritime stratégique par laquelle transite près de 20 % des exportations mondiales de pétrole.
Le Settebello, immatriculé aux Palaos, a lancé un appel de détresse mercredi après que sa salle des machines a été « frappée par un missile » au large de Sohar, dans le golfe d’Oman, comme le rapporte la société britannique de sécurité maritime Vanguard Tech. L’impact a provoqué un incendie à bord, forçant les autorités locales à intervenir pour organiser l’évacuation des membres d’équipage. Selon l’agence UKMTO, le navire a déploré « une victime et deux membres portés disparus », tandis qu’aucun impact environnemental n’a été signalé.
L’incident s’est produit à environ 20 milles nautiques au nord-est de Sohar, une zone proche de l’entrée du détroit d’Ormuz, d’après les informations communiquées par l’UKMTO. Les autorités omanaises ont confirmé la présence sur place pour assister aux opérations de secours. L’origine du projectile reste à ce stade indéterminée, aucun groupe ne revendiquant pour l’instant la responsabilité de cette attaque.
Une région sous haute surveillance
La région de Sohar, située à l’entrée du détroit d’Ormuz, est devenue un point chaud depuis le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, déclarée le 28 février 2026. Depuis plusieurs mois, les incidents visant des navires marchands se multiplient dans cette zone, où s’affrontent des blocus rivaux imposés par Téhéran et Washington. Selon Euronews FR, cette frappe s’ajoute à une série de violences récentes, reflétant l’escalade des tensions dans le golfe Persique.
Le détroit d’Ormuz, large de seulement 38 kilomètres à son point le plus étroit, est une artère vitale pour le commerce mondial. Il concentre près d’un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié, ainsi qu’un volume conséquent de marchandises. Depuis le début du conflit, l’Iran a de facto restreint le trafic maritime dans cette zone, tandis que les États-Unis ont déployé leur propre dispositif de contrôle pour cibler les navires et ports iraniens.
Une escalade des violences en mer
Les dernières semaines ont été marquées par une intensification des incidents. Dès le 1er mars 2026, Téhéran aurait frappé un pétrolier au nord du port de Khasab et endommagé les infrastructures portuaires de Duqm, en Oman. Fin mai, l’UKMTO a signalé une explosion à bord d’un autre pétrolier, à quelque 60 milles nautiques à l’est de Mascate. Ces événements illustrent la volatilité croissante de la région.
Plus récemment, lundi 9 juin, les tensions ont encore pris de l’ampleur. Le Commandement central américain (Centcom) a tiré un missile Hellfire sur la salle des machines du pétrolier MT Lexie, battant pavillon du Botswana, alors qu’il se dirigeait vers un port iranien en violation du blocus naval américain. Le même jour, un avion de combat F/A-18 Super Hornet, embarqué sur le porte-avions USS Abraham Lincoln, a neutralisé le pétrolier MT Marivex, battant pavillon des Palaos, pour les mêmes motifs. Ces frappes américaines visaient à empêcher tout ravitaillement des forces iraniennes.
Par ailleurs, la ville de Sohar elle-même a déjà été la cible de drones iraniens en début de conflit. Téhéran a également saisi plusieurs navires dans le golfe d’Oman, dont le pétrolier Ocean Koi en mai, accusé de tenter de perturber les exportations de pétrole iraniennes. Malgré ces tensions, Oman maintient son rôle de médiateur entre les parties, cherchant à limiter l’escalade.
Les revendications territoriales de l’Iran contestées
L’Iran a récemment tenté d’étendre son emprise sur le détroit d’Ormuz en publiant une carte revendiquant un contrôle réglementaire sur une partie de cette voie maritime, empiétant largement sur les eaux territoriales des Émirats arabes unis et d’Oman. Cette initiative a suscité une réaction immédiate de cinq États du Golfe, qui ont adressé une mise en garde officielle aux compagnies maritimes via l’Organisation maritime internationale (OMI). Dans un communiqué, ces pays ont appelé les acteurs du secteur à ne pas se conformer à ces exigences jugées illégales.
Téhéran a également évoqué la possibilité d’instaurer des « péages » pour les navires en transit, une mesure présentée comme temporaire dans le cadre d’une trêve de deux semaines négociée avec Oman. Mascate a rapidement réagi en rappelant que « aucun droit de transit ne peut être légalement imposé dans le détroit, celui-ci relevant du statut de passage naturel », a rappelé l’OMI.
Dans l’immédiat, les autorités omanaises et les agences maritimes internationales appellent à la retenue et à la transparence, afin de désamorcer une crise qui menace l’un des corridors maritimes les plus stratégiques au monde. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si la région parviendra à éviter une généralisation des violences en mer.
Le détroit d’Ormuz est un passage maritime stratégique par lequel transite près d’un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Sa fermeture, même temporaire, aurait des répercussions majeures sur les approvisionnements énergétiques mondiaux, d’où l’attention constante portée à cette zone.
Les revendications iraniennes, notamment la perception de « péages » ou la cartographie élargie des eaux sous contrôle, sont contraires au droit international maritime. Le statut de passage naturel du détroit d’Ormuz, reconnu par la convention des Nations unies sur le droit de la mer, interdit toute taxation ou restriction unilatérale imposée par un État riverain.