Selon Futura Sciences, les substances per- et polyfluoroalkylées, plus connues sous le nom de PFAS, sont au cœur d’un paradoxe écologique et sanitaire. Ces composés, utilisés depuis les années 1960 dans les mousses extinctrices et les équipements de protection des sapeurs-pompiers, ont révolutionné la lutte contre les incendies. Pourtant, leur persistance extrême dans l’environnement et leurs effets toxiques sur la santé humaine obligent aujourd’hui à repenser leur utilisation.

Ce qu'il faut retenir

  • Les PFAS sont des polluants « éternels » : ils ne se dégradent pas et s’accumulent dans l’environnement et les organismes vivants.
  • Ils sont essentiels dans les mousses extinctrices et les équipements de protection des pompiers, car ils résistent à des températures extrêmes et étouffent rapidement les flammes.
  • Les pompiers sont exposés à ces substances non seulement lors des interventions, mais aussi dans leurs équipements et leurs casernes, ce qui multiplie les risques sanitaires.
  • Les PFAS contribuent au réchauffement climatique en libérant des gaz fluorés 23 000 fois plus puissants que le CO₂, aggravant ainsi la fréquence et l’intensité des incendies.
  • Une réglementation européenne est en préparation pour réduire leur usage, mais une interdiction brutale pourrait compromettre la sécurité des interventions.

Des alliés indispensables dans la lutte contre les incendies

Les PFAS ont été salués comme une innovation majeure dans la lutte contre les incendies dès les années 1960. Leur incorporation dans les mousses extinctrices permet d’éteindre plus rapidement les feux de liquides inflammables, comme les hydrocarbures ou les solvants, en formant un film aqueux à la surface du combustible. Ce procédé isole l’oxygène et étouffe les flammes avec une efficacité inégalée. Selon Futura Sciences, ces mousses ont ainsi réduit les temps d’intervention et limité l’exposition des pompiers aux fumées toxiques.

Outre leur rôle dans les mousses, les PFAS sont aussi présents dans les équipements de protection individuelle des sapeurs-pompiers : tenues, gants et bottes. Ces matériaux améliorent la résistance thermique, l’imperméabilité et la protection contre les hydrocarbures, protégeant ainsi les intervenants des brûlures et des projections chimiques. Autant dire que, sur le papier, les PFAS semblaient parfaits.

Un cercle vicieux : exposition et pollution en cascade

Pourtant, ce qui était un atout devient aujourd’hui un problème. Les PFAS, surnommés « polluants éternels » en raison de leur persistance dans l’environnement, s’accumulent dans les sols, les nappes phréatiques et les organismes vivants. Les pompiers, en première ligne, sont particulièrement exposés. Selon Futura Sciences, leur exposition ne se limite pas aux interventions. Les équipements de protection, usés et lavés à répétition, libèrent des PFAS qui pénètrent dans l’organisme par contact cutané ou inhalation. Les poussières, les véhicules d’intervention et même les sols des casernes sont souvent contaminés, créant une exposition chronique.

Lors des incendies, les PFAS présents dans les matériaux brûlés (moquettes, isolants, plastiques) se dégradent partiellement et libèrent des composés toxiques inhalés par les pompiers. Les exercices d’extinction ou les interventions sur des sites industriels laissent également des résidus de mousses extinctrices qui polluent durablement les nappes phréatiques. Les risques sanitaires associés sont graves : cancers (rein, testicules, pancréas), troubles thyroïdiens, immunodépression, complications pendant la grossesse, ou encore maladies hépatiques.

Un impact environnemental qui aggrave la crise climatique

Le paradoxe ne s’arrête pas là. Les PFAS contribuent indirectement à l’aggravation de la crise climatique. Lors des incendies, ces substances se volatilisent ou se décomposent en libérant des gaz fluorés aux pouvoirs de réchauffement global colossaux. Certains composés, comme le tétrafluorométhane (CF4), ont un pouvoir réchauffant jusqu’à 23 000 fois supérieur à celui du CO₂. Leur durée de vie dans l’atmosphère se mesure en centaines, voire en dizaines de milliers d’années, bien au-delà de celle du CO₂.

Ce phénomène crée un cercle vicieux : les PFAS aident à éteindre les incendies, mais leur présence aggrave le réchauffement climatique, ce qui augmente la fréquence et l’intensité des feux. Résultat, les pompiers interviennent plus souvent, s’exposant davantage aux PFAS… qui contribuent à aggraver le problème. Un dilemme difficile à résoudre pour les autorités et les professionnels.

« Les PFAS favorisent l’extinction des feux, mais leur contribution au réchauffement climatique est de nature à augmenter la fréquence et l’intensité des incendies, notamment dans les régions tempérées comme l’Europe du Sud. » — Gilles Mailhot, directeur de recherche au CNRS et auteur de l’article pour Futura Sciences

Vers une réglementation progressive pour sortir de l’impasse

Face à cette situation, les autorités sanitaires et environnementales ont commencé à réagir. En Europe, la réglementation REACH et la directive de 2020 sur l’eau potable ont déjà restreint l’usage de certains PFAS. Une interdiction totale est en discussion pour la période 2025-2030. Aux États-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) a fixé des seuils maximaux pour les PFAS dans l’eau potable, tandis que plusieurs États ont banni les mousses contenant ces substances.

Pourtant, dans le domaine de la lutte contre l’incendie, une approche progressive s’impose. Une interdiction brutale des PFAS dans les mousses et les équipements de protection, en l’absence d’alternatives aussi performantes, pourrait compromettre la sécurité des pompiers. Les experts scientifiques plaident donc pour un phasage réaliste, permettant aux industriels de développer des solutions de remplacement. Parmi les pistes envisagées : des mousses sans PFAS à base de tensioactifs biodégradables, ou des revêtements sans fluor, moins résistants mais moins toxiques.

Et maintenant ?

Un projet européen, ALERT-PFAS, lancé en 2024, vise à mieux comprendre le cycle de vie des PFAS dans l’univers des sapeurs-pompiers. Mené en France, en Espagne et au Portugal, ce programme analyse les sources d’exposition (mousses, équipements, fumées, eaux usées) et modélise les risques pour proposer des mesures de prévention ciblées. Parallèlement, des campagnes de dépistage pour les pompiers exposés et des protocoles de décontamination des casernes sont envisagés. Une interdiction totale des PFAS dans les mousses extinctrices n’est pas attendue avant 2028, le temps de trouver des alternatives sûres et efficaces.

Si les PFAS restent aujourd’hui un outil indispensable pour les pompiers, leur avenir est plus qu’incertain. Entre impératifs de sécurité et enjeux sanitaires et environnementaux, la recherche d’alternatives durables est devenue une priorité.

Plusieurs pistes sont explorées, comme les mousses à base de tensioactifs biodégradables ou les revêtements sans fluor. Ces alternatives doivent cependant offrir une efficacité comparable à celle des PFAS pour être adoptées à grande échelle.