Le salaire minimum journalier dans la région métropolitaine de Manille passera à 780 pesos (11 euros) d’ici janvier 2027, selon Courrier International. Cette augmentation, qualifiée d’“historique” par le ministre du Travail Francis Tolentino, devrait bénéficier à 1,1 million de travailleurs dans la capitale philippine, qui compte seize villes.
Ce qu'il faut retenir
- Le salaire minimum dans la région de Manille atteindra 780 pesos (11 euros) en janvier 2027, après une hausse de 85 pesos (1,21 euro) décidée en deux tranches.
- Cette augmentation, la plus importante depuis plus de vingt ans, vise à soutenir le pouvoir d’achat des travailleurs face à une inflation record de 6,8 % en mai 2026.
- Le gouvernement philippin a déclaré l’état d’urgence économique en mars 2026 en raison de la dépendance aux hydrocarbures du Moyen-Orient et de la crise énergétique.
- Les experts soulignent que le nouveau salaire minimum reste bien inférieur au « salaire de subsistance familial » estimé à 1 279 pesos (18 euros) par jour pour une famille de cinq personnes.
- Le passage des Philippines au statut de pays à revenu intermédiaire supérieur masque des inégalités persistantes, avec un coefficient de Gini de 39,3, l’un des plus élevés d’Asie.
Une hausse salariale présentée comme historique, mais jugée insuffisante
L’annonce de cette augmentation du salaire minimum a été faite mardi 30 juin 2026 par la commission régionale des salaires des Philippines. Le gouvernement de Ferdinand Marcos a salué une décision « historique », mais cette hausse de 85 pesos (1,21 euro) ne sera effective qu’en deux temps : une première partie sera appliquée dès janvier 2027, la seconde en janvier 2028, précise Philippine Star, cité par Courrier International. 1,1 million de travailleurs de la région de Manille devraient profiter de cette revalorisation, qui intervient dans un contexte économique particulièrement tendu.
L’inflation, qui s’élève à 6,8 % en mai 2026, dépasse largement les objectifs fixés par la banque centrale des Philippines (entre 2 % et 4 %). Cette hausse des prix est en grande partie attribuée à la guerre entre les États-Unis et l’Iran, qui a perturbé les approvisionnements en hydrocarbures et fait flamber les coûts de l’énergie. Depuis mars 2026, le gouvernement a même instauré un état d’urgence économique pour tenter de stabiliser la situation.
Un soulagement relatif face à une inflation persistante
Pour John Paolo Rivera, chercheur senior à l’Institut philippin d’études sur le développement, cette augmentation du salaire minimum représente un « soulagement significatif » pour les travailleurs les plus modestes. « On peut comprendre cette décision comme une réponse aux pressions économiques actuelles, même si elle reste limitée », a-t-il expliqué au quotidien. Cependant, cette mesure régionale ne concerne que la métropole de Manille, où vivent et travaillent près de 14 millions de personnes.
Le député Elijah San Fernando, membre du parti Kamanggagawa et défenseur des réformes sociales, a réagi avec scepticisme. « Salamat po’t may P85, pero barya pa rin po ‘yan » (« Merci pour ces 85 pesos, mais ce n’est que de la petite monnaie »), a-t-il déclaré. Il a rappelé que le Congrès devait adopter une augmentation nationale du salaire minimum de 200 pesos (2,85 euros) par jour, une mesure qu’il juge indispensable pour améliorer le pouvoir d’achat de millions de Philippins.
Des inégalités structurelles que la croissance économique ne suffit pas à masquer
La hausse du salaire minimum dans la région de Manille, bien que significative, reste insuffisante pour couvrir les besoins quotidiens d’une famille. Selon la Fondation Ibon, un organisme public, une famille de cinq personnes aurait besoin de 1 279 pesos (18 euros) par jour pour vivre décemment. Avec le nouveau salaire minimum de 780 pesos, l’écart reste donc de près de 500 pesos (7 euros).
Ces chiffres illustrent les profondes inégalités qui persistent dans le pays, malgré une croissance économique moyenne de 5,8 % entre 2021 et 2025. Le revenu national brut par habitant a progressé de 8,5 % en 2025, mais cette moyenne nationale ne reflète pas la réalité des ménages. En effet, elle inclut les revenus des 2,74 millions de travailleurs philippins expatriés, dont les transferts d’argent représentent entre 7 % et 8 % du PIB national.
Un changement de statut économique qui ne résout pas les problèmes de fond
En avril 2026, la Banque mondiale a classé les Philippines dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire supérieur. Une « étape importante », selon le ministre de l’Économie Arsenio Balisacan, qui a salué « la résilience de l’économie philippine ». Malgré les chocs économiques mondiaux et nationaux, le gouvernement affirme avoir maintenu une croissance inclusive et poursuivi ses réformes structurelles.
Cependant, comme le souligne Rappler, ce changement de statut ne doit pas occulter les problèmes structurels du pays. Le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités de revenus, s’établit à 39,3 aux Philippines, l’un des niveaux les plus élevés d’Asie. Cette disparité se voit à Manille, où coexistent des centres financiers modernes et des bidonvilles surpeuplés. « La pauvreté urbaine est flagrante », constate Nepali Times dans un reportage récent, décrivant des rues délabrées et des familles vivant dans des conditions précaires.
Le débat sur les salaires, déjà tendu, pourrait s’intensifier dans les mois à venir. Les entreprises, notamment les PME, redoutent une augmentation des coûts de production, tandis que les syndicats réclament des mesures plus ambitieuses pour protéger les travailleurs face à la hausse des prix. Le gouvernement, de son côté, devra trouver un équilibre entre soutien au pouvoir d’achat et préservation de la compétitivité économique.
Enfin, cette décision intervient alors que les Philippines tentent de se relever des conséquences du super-typhon Fung-Wong, qui a frappé la région de Manille en début d’année. Les inondations et les dégâts matériels ont aggravé les difficultés économiques, rendant cette hausse salariale d’autant plus nécessaire pour les populations touchées.
La décision a été prise au niveau régional par la commission des salaires de la région métropolitaine de Manille. Selon Sonny Africa, directeur exécutif de la Fondation Ibon, cette mesure reflète un déséquilibre politique : les travailleurs de Manille, en raison de leur proximité avec le pouvoir, auraient plus d’influence pour faire valoir leurs revendications que ceux des autres régions.
Les principaux défis restent la maîtrise de l’inflation, la réduction des inégalités et la diversification de l’économie pour limiter la dépendance aux hydrocarbures. Le gouvernement devra également gérer les tensions entre les exigences des travailleurs, des entreprises et les contraintes budgétaires. Une hausse généralisée des salaires au niveau national pourrait être étudiée, mais aucune échéance n’a été annoncée pour l’instant.