La Ligue de Football Professionnel (LFP) et sa filiale LFP Media viennent de remporter une victoire judiciaire inédite en Europe contre le piratage des compétitions françaises. Selon nos confrères de FrenchBreaches, le président du Tribunal judiciaire de Paris a, le 13 mai 2026, enjoint à deux registrars internationaux, Namecheap et Dynadot, de bloquer l’accès à des sites de streaming et d’IPTV illicites ciblant les matchs de Ligue 1 McDonald’s et de Ligue 2 BKT.

Ce qu'il faut retenir

  • Première européenne : la justice française a ordonné à des registrars, acteurs clés de l’infrastructure internet, de suspendre des noms de domaine pirates.
  • 100 millions d’euros de manque à gagner : le piratage priverait Ligue 1+ de plusieurs centaines de milliers d’abonnés et d’un chiffre d’affaires potentiel.
  • Nouvelle stratégie : la LFP ne cible plus seulement les FAI ou les VPN, mais les bureaux d’enregistrement, rendant les sites pirates plus difficiles à maintenir en ligne.
  • Arsenal juridique renforcé : depuis 2022, l’article L.333-10 du Code du sport permet des blocages rapides et dynamiques contre les nouveaux sites pirates.
  • Enjeu économique : Ligue 1+ est devenue un pilier du football français, mais son modèle reste fragilisé par l’IPTV illégale, qui concurrence directement son offre légale.

Cette décision marque un tournant dans la lutte contre le piratage sportif. Jusqu’à présent, les autorités françaises se concentraient sur le blocage des sites pirates via les fournisseurs d’accès internet (FAI), les DNS alternatifs ou les réseaux privés virtuels (VPN). Cependant, ces méthodes présentaient une faille majeure : les pirates pouvaient facilement contourner ces restrictions en changeant de nom de domaine, en créant des miroirs ou en migrant vers d’autres prestataires.

En ciblant directement Namecheap et Dynadot, la LFP attaque une couche plus profonde de l’écosystème du piratage. « Suspendre un nom de domaine revient à rendre le site beaucoup plus difficile à exploiter, à déplacer et à monétiser », explique un expert du secteur. Cette approche, qualifiée de « première en Europe » par nos confrères de FrenchBreaches, élargit significativement le front judiciaire contre l’IPTV illégale.

Une offensive judiciaire qui s’inscrit dans un contexte économique tendu

La plateforme Ligue 1+, lancée en 2024, est devenue un acteur central du paysage audiovisuel du football français. Pourtant, son développement est entravé par une concurrence illégale massive. Selon les estimations de Nicolas de Tavernost, président de LFP Media, « le piratage représenterait environ 100 millions d’euros de manque à gagner pour Ligue 1+ ». Il ajoute que la plateforme aurait pu compter « plusieurs centaines de milliers d’abonnés supplémentaires » sans la présence des réseaux d’IPTV pirates.

Ce phénomène n’est pas marginal : il touche directement les revenus de la Ligue, des clubs et de l’ensemble de la chaîne de valeur du football professionnel français. Les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2, déjà fragilisés par des budgets serrés, subissent de plein fouet cette concurrence déloyale. « Le piratage prospère aussi sur la fragmentation des abonnements, les prix jugés élevés et la facilité d’accès aux services illégaux », souligne un responsable de la LFP sous couvert d’anonymat.

Un arsenal juridique en constante évolution

Depuis l’adoption de l’article L.333-10 du Code du sport en 2022, la France a considérablement renforcé son dispositif de lutte contre le piratage sportif. Ce texte permet aux ayants droit, comme la LFP, de demander des mesures de blocage rapides et dynamiques contre les nouveaux sites pirates identifiés pendant les compétitions, sans devoir engager une procédure complète à chaque fois. « L’Arcom indique que les mesures de blocage se sont progressivement étendues à de nouveaux intermédiaires : FAI, moteurs de recherche, DNS alternatifs, VPN et désormais registrars », précise FrenchBreaches.

Cette logique reflète une volonté claire : ne plus se contenter de poursuivre les sites pirates après coup, mais neutraliser l’écosystème technique qui les rend accessibles. La décision contre Namecheap et Dynadot s’inscrit dans cette stratégie globale. « La justice française reconnaît que les registrars peuvent être mis à contribution pour faire cesser des atteintes répétées aux droits audiovisuels sportifs », explique un juriste spécialisé dans le droit du numérique.

Une bataille loin d’être gagnée

Malgré cette avancée, la LFP et ses partenaires savent que la victoire n’est pas acquise. Les réseaux d’IPTV illégaux reposent souvent sur des infrastructures mouvantes, des relais à l’étranger et des systèmes de paiement difficiles à tracer. Chaque mesure de blocage entraîne inévitablement de nouvelles stratégies de contournement de la part des pirates. « Cette décision envoie un signal fort, mais elle ne suffira pas à elle seule à faire disparaître le piratage sportif », tempère un analyste du secteur.

Pour la LFP, l’enjeu est double : accélérer les blocages techniques tout en rendant l’offre légale plus attractive. « La bataille ne se jouera pas seulement au tribunal, mais aussi sur la rapidité d’exécution, la coopération des acteurs techniques et la capacité de Ligue 1+ à convaincre les supporters que l’offre légale vaut mieux que le flux pirate », confie un proche de la direction de LFP Media. Cette approche nécessite une coordination renforcée entre les différents acteurs du secteur, ainsi qu’une amélioration constante de l’expérience utilisateur proposée par la plateforme.

Et maintenant ?

Cette décision pourrait ouvrir la voie à de nouvelles actions contre d’autres registrars ou hébergeurs impliqués dans la diffusion de contenus pirates. La LFP devrait prochainement solliciter le blocage de nouveaux sites, en s’appuyant sur l’arsenal juridique renforcé dont elle dispose. Par ailleurs, la plateforme Ligue 1+ pourrait accélérer le déploiement de fonctionnalités incitatives pour fidéliser ses abonnés, comme des contenus exclusifs ou des réductions promotionnelles. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance dans un marché où l’IPTV illégale reste profondément ancrée.

Pour l’heure, la LFP et ses partenaires semblent déterminés à poursuivre leur offensive juridique et technique. « Nous restons mobilisés pour protéger les droits des clubs et des diffuseurs légitimes », a déclaré un porte-parole de la Ligue. Cette affaire rappelle que la lutte contre le piratage est un combat permanent, où chaque avancée technique ou juridique doit être sans cesse adaptée aux nouvelles méthodes des pirates.

La décision du Tribunal judiciaire de Paris vise spécifiquement des sites de streaming et d’IPTV illicites diffusant les matchs de Ligue 1 McDonald’s et de Ligue 2 BKT. Ces sites avaient été identifiés par la LFP comme portant atteinte de manière répétée à ses droits audiovisuels.

La LFP devrait prochainement demander le blocage de nouveaux sites pirates en utilisant les mécanismes dynamiques prévus par l’article L.333-10 du Code du sport. Elle pourrait également étendre ses actions à d’autres registrars ou hébergeurs impliqués dans la diffusion de contenus illicites. Parallèlement, la plateforme Ligue 1+ devrait renforcer son offre pour attirer davantage d’abonnés.