Quatre plongeurs américains et les équipes de la gendarmerie française unissent leurs efforts pour localiser les véhicules immergés dans les cours d'eau. Leur objectif : retrouver des corps disparus parfois depuis des décennies et apporter des réponses aux familles, comme le rapporte Franceinfo – Sciences.
Ce travail s'inscrit dans la résolution de cold cases, ces affaires non élucidées où des personnes ont disparu avec leur véhicule. Les plongeurs américains, membres d'une association spécialisée, ont déjà à leur actif 42 affaires résolues à l'échelle mondiale. Leur venue en France, notamment dans le Pays basque, illustre cette collaboration internationale.
Ce qu'il faut retenir
- 42 affaires résolues par les quatre plongeurs américains depuis leur création
- Deux corps retrouvés en juillet 2026 dans l'Adour, près de Bayonne, après huit et neuf ans de disparition
- Plus de 3 000 voitures localisées par le programme « LETHE » de la gendarmerie, lancé en 2025
- Quatre corps découverts grâce à ces recherches, avec des enquêtes en cours
- Le programme « LETHE » cartographie les épaves pour résoudre des disparitions non élucidées, comme celle d'une famille disparue en 1972
- Les familles sont invitées à contacter la gendarmerie ou le pôle « cold cases » de Nanterre pour signaler des disparitions
Des plongeurs américains au secours des familles dans le Pays basque
En juillet 2026, quatre plongeurs américains spécialisés dans la recherche de personnes disparues dans l'eau ont mené des investigations dans l'Adour, près de Bayonne. Leur mission : retrouver des véhicules immergés et leurs occupants, en collaboration avec des familles de disparus du Pays basque. Équipés d'un sonar puissant, ils ont localisé deux véhicules contenant les restes de deux personnes disparues depuis huit et neuf ans.
Le 21 juillet, ils ont identifié une Mégane immergée appartenant à David Stévenin, 30 ans, porté disparu en septembre 2018. Bien que le corps doive encore faire l'objet d'une identification formelle, les indices sont accablants. Le lendemain, à quelques centaines de mètres, les plongeurs ont retrouvé les ossements et le véhicule de Joëlle Pouy, 68 ans, recherchée depuis neuf ans par sa famille.
« Notre famille leur sera éternellement reconnaissante, car sans eux, on aurait fini notre vie sans savoir ce qui était arrivé à ma mère », a déclaré Sébastien, fils de Joëlle Pouy, au micro d'ICI Pays basque. Sa mère avait disparu sans laisser de trace au volant de sa voiture, un corps étant visible au volant. « C'est un grand soulagement de connaître enfin la vérité après neuf ans à se demander tous les jours si elle était partie ailleurs, si elle avait été séquestrée ou s'il lui est arrivé du mal », a-t-il ajouté.
La gendarmerie française lance le programme « LETHE » pour cartographier les épaves
De son côté, l'adjudant-chef Yohan Gérard, à l'origine du programme « LETHE » – un acronyme signifiant « Localisation des épaves, traitement hydrographique et enquête » –, travaille à cartographier les milliers d'épaves de voitures immergées dans les cours d'eau français. Ce projet, lancé il y a un an, porte également un clin d'œil au fleuve Léthé de la mythologie grecque, symbole d'oubli. Son initiative fait suite à une découverte marquante en Bourgogne, il y a trois ans : une Citroën Dyane immergée contenant le corps d'un homme disparu depuis 1984.
« On trouve des restes humains, et on se rend compte qu'ils sont là depuis 40 ans », a expliqué l'adjudant-chef. « Ça a vraiment été le déclic pour se dire : combien de personnes sont encore dans cette situation ? » Le programme « LETHE » vise précisément à éviter que des disparitions restent sans réponse pendant des décennies. « On disparaît sous l'eau, et ça ne laisse quasiment aucune trace », a-t-il souligné.
Depuis son lancement, plus de 3 000 voitures ont été localisées, et quatre corps ont été découverts. Plusieurs enquêtes sont actuellement en cours. Le dispositif repose sur l'utilisation d'un sonar qui scanne les fonds des cours d'eau, permettant de repérer des échos caractéristiques de véhicules. « On va mettre en place la sonde, on va avoir un visuel sur l'écran qui va nous permettre de scanner le fond », a détaillé l'adjudant-chef lors d'une plongée à Conflans-Sainte-Honorine, sur la Seine. « Le but, c'est de trouver des échos sonar de voitures. Le dispositif fonctionne comme un éclairage, il faut s'imaginer une lampe torche qui éclaire un sujet. La forme que l'on voit sur l'écran, c'est une voiture. On est passé juste au-dessus. »
Une fois le véhicule repéré, l'enquête peut commencer
Une fois une voiture localisée, une plongée de reconnaissance est organisée avec une caméra à 360 degrés. « Seule la vitre côté conducteur est ouverte », a précisé l'adjudant-chef. Cette étape permet de confirmer la présence du véhicule et de préparer une opération pour inspecter son intérieur. « On sait maintenant qu'il y a une voiture ici, on sait qu'elle est sur ses roues. On va pouvoir maintenant monter une opération pour faire remonter la base », a-t-il indiqué.
La plupart du temps, ces véhicules ne contiennent aucun corps. Ils peuvent avoir été immergés pour des raisons variées : escroquerie à l'assurance, vol, ou encore pour commettre des infractions comme des cambriolages ou des braquages. D'autres cas concernent des suicides, où des personnes se jettent dans l'eau avec leur voiture. Enfin, il peut s'agir d'affaires criminelles où la victime est éliminée avec son véhicule. « Le but, c'est aussi de résoudre des disparitions », a rappelé le gendarme.
Une collaboration avec le pôle « cold cases » de Nanterre
Cette cartographie des épaves s'avère précieuse pour le pôle « cold cases » de Nanterre, qui travaille en étroite collaboration avec la gendarmerie. Comme l'a souligné la procureure adjointe Marie-Céline Lawrysz, l'objectif est de résoudre des dossiers comme celui de la famille Méchinaud, disparue en Charente en 1972. « Toute une famille s'est évaporée dans la nuit du 5 décembre 1972 avec un véhicule, une Simca 1100 couleur grenat. C'est ce véhicule qui est recherché actuellement, avec la possibilité de retrouver les quatre corps », a-t-elle expliqué. « Cette cartographie est essentielle pour pouvoir répondre à une disparition non résolue. »
Les proches de personnes disparues avec leur véhicule sont invités à contacter la gendarmerie ou le pôle « cold cases » pour signaler leur disparition et faciliter les recherches. Deux adresses sont disponibles : [email protected] pour la gendarmerie, et [email protected] pour le parquet de Nanterre.
Les prochaines étapes dépendront des résultats des recherches en cours et des signalements supplémentaires émanant des familles. Les autorités insistent sur l'importance de ces collaborations pour faire avancer les enquêtes et apporter des réponses aux proches.
Les proches peuvent contacter directement la gendarmerie via l'adresse [email protected] ou le pôle « cold cases » du parquet de Nanterre à l'adresse [email protected]. Il est recommandé de fournir tous les détails disponibles sur le véhicule et les circonstances de la disparition pour faciliter les recherches.