Comme le rapporte France 24, la saison printanière 2026 sur l’Everest s’est achevée sur un record historique : plus de 1 000 alpinistes ont foulé le sommet du « toit du monde ». Ce chiffre, inédit depuis les premières expéditions commerciales dans les années 1990, confirme la tendance à la hausse de la fréquentation sur la montagne la plus haute du globe. Pourtant, cette affluence record soulève des questions sur les capacités d’accueil des itinéraires traditionnels, notamment la dernière portion, étroite et technique, qui sépare les grimpeurs du sommet.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 1 000 alpinistes ont atteint le sommet de l’Everest au printemps 2026, un record absolu selon les données compilées par les autorités népalaises.
- Cette affluence se concentre sur une période limitée, de mi-avril à fin mai, période optimale pour les conditions météo.
- L’étroite « bande de neige » entre le camp 4 (à 8 000 m) et le sommet (8 849 m) devient un goulot d’étranglement, source de risques accrus.
- Les opérateurs locaux ont délivré plus de 450 permis pour cette saison, chacun autorisant jusqu’à deux clients accompagnés d’un guide sherpa.
- Les autorités népalaises évoquent des mesures pour réguler l’accès, sans préciser de calendrier.
Un afflux inédit, porté par la demande internationale
L’affluence record de 2026 s’inscrit dans une dynamique de croissance continue depuis deux décennies. Selon les chiffres du ministère du Tourisme népalais, le nombre de permis délivrés pour l’Everest a été multiplié par dix entre 2000 et 2025. Cette année, 458 permis ont été accordés à des alpinistes étrangers, contre 381 en 2024, selon France 24. Chaque permis coûte environ 11 000 dollars, auxquels s’ajoutent les frais logistiques (guides, oxygène, hébergement dans les camps). « La demande reste très forte, notamment parmi les alpinistes asiatiques et européens », a expliqué un responsable du ministère sous couvert d’anonymat.
Les conditions météo favorables du printemps, avec des vents moins violents et des températures moins extrêmes qu’en automne, expliquent en partie ce pic. Pourtant, les experts s’interrogent sur la capacité des infrastructures à absorber un tel flux. « On a dépassé les limites physiques du site », a souligné Ang Tshering Sherpa, ancien président de l’Association des alpinistes du Népal. « La file d’attente au sommet peut durer plus de deux heures, ce qui expose les grimpeurs à des risques accrus de gelures ou de manque d’oxygène. »
Des goulots d’étranglement critiques sur la « dernière ligne droite »
Le vrai défi se situe entre le camp 4, situé à 8 000 mètres d’altitude, et le sommet. Cette portion, surnommée la « bande de neige », est large de seulement quelques mètres et nécessite une ascension en file indienne. Avec plus de 1 000 alpinistes en moins de deux mois, les retards s’accumulent. « En 2024, des files d’attente de quatre heures ont été observées au sommet, avec des grimpeurs épuisés et désorientés », a rappelé un guide basé à Katmandou. « Cette saison, on craint des délais encore plus longs. »
Les conditions techniques de cette ascension – pente à 40°, risque de chutes de pierres ou de séracs – sont aggravées par l’altitude. À 8 849 mètres, l’oxygène disponible dans l’atmosphère chute à 30 % de sa valeur au niveau de la mer. Les alpinistes dépendent alors de bouteilles portatives, dont le débit doit être ajusté pour éviter l’œdème pulmonaire. « Chaque minute passée dans la file représente une dépense accrue en oxygène et en énergie », a expliqué un médecin spécialisé en médecine de haute altitude.
Quelles solutions pour réguler l’accès à l’Everest ?
Face à ces enjeux, les autorités népalaises étudient des pistes pour limiter les risques. Parmi les mesures évoquées : la réduction du nombre de permis, l’augmentation des frais pour financer les secours, ou encore l’imposition de quotas par saison. « On discute d’un plafond de 400 permis par an, mais rien n’est acté », a indiqué un haut fonctionnaire du ministère du Tourisme. « L’objectif est de préserver la sécurité sans tuer l’économie du pays, qui dépend à 10 % du tourisme himalayen. »
Certains acteurs locaux prônent une approche plus radicale. « Il faut instaurer un système de rotation entre les opérateurs ou limiter le nombre de clients par guide », a proposé Pemba Dorje Sherpa, guide et ancien recordman de vitesse à l’Everest. « Sinon, les accidents vont se multiplier. » D’autres, comme l’alpiniste français Kilian Jornet, appellent à une régulation internationale. « L’Everest n’est pas une attraction, mais un environnement extrême qui nécessite des règles strictes », a-t-il déclaré lors d’une conférence à Chamonix en mars 2026.
Cette saison record sur l’Everest illustre une fois de plus le paradoxe d’une montagne à la fois mythique et victime de son succès. Entre rentabilité économique et préservation des conditions de sécurité, le défi reste entier pour les années à venir.
Le coût moyen d’une expédition commerciale varie entre 35 000 et 100 000 dollars, selon le niveau de service. Ce tarif inclut généralement le permis (11 000 $), les frais de guide (5 000 à 15 000 $), l’équipement (oxygène, tente, nourriture) et les assurances. Certains opérateurs proposent des forfaits « premium » incluant un hélicoptère pour la descente en cas d’urgence.