Depuis le début de l’année 2024, Israël détient une centaine de médecins originaires de Gaza, parmi lesquels figurent des pédiatres, des chirurgiens et des généralistes. Arrêté en 2024, le pédiatre Hussam Abu Safiya fait partie de ces professionnels de santé palestiniens incarcérés dans les geôles israéliennes. Selon Libération, leur détention s’inscrit dans une logique plus large de ciblage systématique, où chaque patient sauvé, chaque vie préservée, serait perçu comme une entorse à la stratégie de déshumanisation menée par les autorités israéliennes. Une accusation que dénonce sans détour Filipe Ribeiro, ancien directeur général de Médecins sans frontières.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 100 médecins gazaouis détenus par Israël depuis 2024, dont le pédiatre Hussam Abu Safiya
- Leur détention est justifiée par les autorités israéliennes dans le cadre d’une politique de « déshumanisation » selon les observateurs
- Filipe Ribeiro, ex-directeur de Médecins sans frontières, dénonce cette pratique comme une atteinte aux principes humanitaires
- Chaque patient sauvé par ces médecins est présenté comme une « dérogation » à cette logique par les défenseurs des droits
Des professionnels de santé pris pour cibles
Parmi les quelque cent médecins palestiniens détenus, les profils varient : pédiatres, chirurgiens, infirmiers, tous ont en commun d’avoir exercé leur métier dans l’enclave de Gaza, zone soumise à des restrictions drastiques depuis des décennies. Leur arrestation s’est intensifiée après le conflit de 2023-2024, période durant laquelle les infrastructures médicales ont été largement détruites et les besoins en soins, exponentiels. Selon des témoignages recueillis par Libération, certains ont été interpellés à leur domicile, d’autres alors qu’ils tentaient de franchir des checkpoints pour rejoindre des hôpitaux de campagne.
Les motifs avancés par les autorités israéliennes restent flous. Aucune charge officielle n’a été rendue publique à l’encontre de la majorité de ces détenus, si ce n’est des allégations de « liens avec des organisations terroristes » — une formule souvent utilisée dans le cadre de la lutte antiterroriste, mais rarement étayée. Pour les défenseurs des droits humains, ces arrestations s’inscrivent dans une stratégie délibérée visant à affaiblir le système de santé gazaoui, déjà exsangue.
La médecine, un acte politique dans la bande de Gaza
Depuis des années, la bande de Gaza est soumise à un blocus imposé par Israël, qui limite drastiquement l’accès aux médicaments, au matériel médical et aux denrées alimentaires. Dans ce contexte, les médecins locaux jouent un rôle crucial, palliant les carences des systèmes internationaux et locaux. Pourtant, selon Filipe Ribeiro, leur action est désormais perçue comme une menace par les autorités israéliennes. « Chaque patient qu’ils ramènent à la stabilité, chaque blessé qu’ils arrachent à la mort, constitue une dérogation à la logique de déshumanisation menée par Israël », a-t-il affirmé à Libération.
Cette analyse rejoint celle d’organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch, qui dénoncent depuis des mois une « criminalisation de l’aide humanitaire » dans la région. Les médecins détenus ne seraient pas seulement des victimes collatérales, mais des cibles stratégiques, leur travail étant interprété comme une forme de résistance à l’occupation.
Un silence international inquiétant
Malgré l’ampleur de ces arrestations, la réaction de la communauté internationale reste mesurée. Aucune condamnation forte n’a été formulée par l’Union européenne ou l’ONU, si ce n’est des appels au respect du droit international humanitaire, souvent qualifiés de « symboliques » par les ONG. Les États-Unis, principal allié d’Israël, n’ont pas émis de déclaration publique sur le sujet, malgré les demandes répétées d’ONG comme Médecins du Monde ou le Croissant-Rouge palestinien.
— Selon plusieurs sources proches du dossier, les négociations en coulisses entre Israël et des pays européens ou arabes pour la libération de certains détenus n’ont jusqu’ici abouti à aucun résultat concret. Les familles des médecins incarcérés, pour leur part, multiplient les appels à l’aide, souvent relayés par des collectifs de solidarité basés en Europe ou en Amérique du Nord.
Pour l’heure, aucune audience judiciaire n’a été programmée pour la majorité de ces détenus. Leur sort dépendra en grande partie de l’évolution du dossier palestinien à l’ONU, prévu pour une nouvelle session en septembre 2026. En attendant, leur cas illustre une fois de plus les tensions persistantes autour du respect des droits fondamentaux dans un territoire sous tension.
Selon les autorités israéliennes, ces arrestations s’inscrivent dans le cadre de la lutte antiterroriste, bien que les charges précises ne soient pas rendues publiques. Des organisations de défense des droits humains, comme Médecins sans frontières, y voient une stratégie de déshumanisation du conflit et une tentative d’affaiblir le système de santé gazaoui.