Plus de 100 millions de dollars en Bitcoin (BTC) auraient été dérobés depuis des adresses associées à des portefeuilles physiques (hardware wallets) Coldcard, selon Cryptoast. Cette faille, liée à un défaut dans la génération des clés privées, touche environ 7 300 adresses et a été identifiée par les chercheurs de Galaxy Research, qui estiment à 1 596 BTC le montant total des pertes, soit l’équivalent de plus de 100 millions de dollars au cours actuel du Bitcoin. Les premières pertes signalées s’élevaient à 600 BTC, mais les vols continuent de se multiplier.

Ce qu'il faut retenir

  • Une faille dans le générateur de nombres aléatoires de certains Coldcard Mk2 et Mk3, introduite en mars 2021, a réduit l’entropie des clés privées à seulement 40 bits au lieu des 128 bits attendus.
  • Cette vulnérabilité permet à un attaquant de deviner plus facilement la clé privée, malgré l’utilisation d’un hardware wallet.
  • Les portefeuilles multisignatures ou l’ajout d’une passphrase forte peuvent limiter les risques, mais ne garantissent pas une protection totale.
  • Coinkite, le fabricant des Coldcard, a confirmé l’existence de ce bug et recommande une mise à jour du firmware pour les modèles concernés.

Une faille technique dans la génération des clés privées

Un hardware wallet comme le Coldcard de Coinkite repose sur la génération aléatoire d’une seed (phrase de récupération) pour créer une clé privée. Cette clé doit être suffisamment imprévisible pour résister aux tentatives de piratage. Or, selon Cryptoast, une régression introduite en mars 2021 dans le firmware de certains modèles (Mk2 et Mk3) a entraîné l’utilisation d’un générateur logiciel partiellement prévisible. Résultat : l’entropie des clés générées est tombée à environ 40 bits, au lieu des 128 bits théoriquement nécessaires pour garantir une sécurité optimale.

Avec 40 bits d’entropie, l’espace de recherche se réduit à environ 1 000 milliards de combinaisons, une taille accessible à des infrastructures informatiques puissantes. En comparaison, 128 bits offrent 340 milliards de milliards de milliards de combinaisons, rendant toute tentative de piratage par force brute irréaliste.

Des vols massifs et toujours en cours

Les chercheurs de Galaxy Research ont identifié 1 596 BTC volés depuis environ 7 300 adresses associées à des seeds générées sur des Coldcard Mk2 et Mk3. Les premières pertes signalées s’élevaient à 600 BTC, mais les attaques se poursuivent. Coinkite, la société derrière ces portefeuilles, a confirmé l’existence de cette faille et a précisé que les modèles concernés sont ceux fabriqués entre mars 2021 et juillet 2026.

Cette vulnérabilité n’est pas limitée aux Coldcard. Tout portefeuille, hardware ou non, utilisant un générateur de nombres aléatoires défaillant peut être compromis. Une simple dépendance mal intégrée suffit à fragiliser l’ensemble des clés dérivées ensuite.

Comment limiter les risques pour ses propres Bitcoins ?

Plusieurs solutions existent pour renforcer la sécurité d’un hardware wallet, même en cas de faille technique. La première consiste à utiliser une passphrase, un mot ou une phrase secrète ajoutée à la seed. Avec la même seed, chaque passphrase ouvre un wallet différent, ce qui permet de créer des sous-comptes isolés ou de renforcer la sécurité du wallet principal. Selon Cryptoast, une passphrase BIP39 forte, unique et complexe, réduit significativement l’exposition en cas de bug d’entropie.

Toutefois, cette solution a ses limites. Une passphrase trop simple, comme une citation ou une date de naissance, peut être devinée par un attaquant équipé d’outils de calcul intensif. Pour être efficace, elle doit ressembler à un mot de passe fort : au moins 14 caractères aléatoires, sans référence personnelle évidente. Le revers de la médaille ? Une passphrase complexe devient difficile à mémoriser et à sauvegarder correctement, surtout pour un utilisateur non expérimenté.

Les dés et le multisig : des solutions complémentaires, mais pas infaillibles

Certains utilisateurs avancés ajoutent de l’entropie manuellement en lançant des dés lors de la création de leur wallet. Chaque lancer d’un dé à 6 faces apporte environ 2,58 bits d’entropie. Avec 50 lancers, on atteint 128 bits, et avec 99 lancers, on dépasse 256 bits. En théorie, cette méthode rendrait une seed résistante à une faille comme celle des Coldcard.

Pourtant, un témoignage rapporté par Cryptoast montre que cette solution n’est pas infaillible. Une victime des vols liés aux Coldcard avait utilisé des dés, mais sans se souvenir du nombre exact de lancers. Ses fonds ont été dérobés malgré cette précaution, soulignant que des dés mal utilisés, abîmés ou observés par un tiers ne garantissent pas une sécurité absolue.

Le multisig, une autre méthode de sécurisation, permet de répartir les fonds entre plusieurs clés indépendantes. Une configuration 2-sur-3, par exemple, exige deux signatures parmi trois pour valider une transaction. Cependant, cette solution a aussi ses faiblesses. Si deux des trois clés sont générées avec le même firmware défaillant (comme dans le cas des Coldcard), un attaquant peut atteindre le seuil de signature requis. Pour être pleinement efficace, un multisig doit utiliser des appareils de fabricants différents, avec des firmwares et des méthodes de génération variés.

Coinkite réagit, mais les victimes restent exposées

Coinkite a reconnu l’existence de cette faille et a annoncé une mise à jour du firmware pour les modèles Mk2 et Mk3 concernés. La société recommande aux utilisateurs de mettre à jour leur appareil et de vérifier que leur seed a été générée avec un firmware antérieur à mars 2021. Malgré cette réaction, les victimes des vols passés n’ont aucun recours pour récupérer leurs fonds, le Bitcoin étant une technologie décentralisée et immuable.

Cette affaire rappelle que la sécurité des cryptomonnaies repose en grande partie sur la responsabilité individuelle. Même les solutions les plus sophistiquées, comme le multisig ou les passphrases, ne protègent pas contre toutes les éventualités. Les utilisateurs doivent donc adopter une approche proactive : sauvegarder leurs seeds et passphrases de manière sécurisée, tester régulièrement leurs procédures de récupération et diversifier leurs méthodes de stockage.

Et maintenant ?

La communauté crypto devrait suivre de près les prochaines mises à jour de Coinkite et les réactions des autres fabricants de hardware wallets. Une enquête plus approfondie pourrait révéler d’autres vulnérabilités similaires dans des produits concurrents. Par ailleurs, cette affaire pourrait inciter les utilisateurs à revoir leurs stratégies de sécurisation, notamment en combinant plusieurs méthodes (multisig, passphrase, génération manuelle d’entropie). Enfin, les régulateurs pourraient s’intéresser à ce type de faille, bien que le caractère décentralisé des cryptomonnaies limite leur capacité à imposer des normes strictes.

Cette faille dans les Coldcard rappelle une vérité fondamentale du monde des cryptomonnaies : la sécurité ultime repose entre les mains de l’utilisateur. Aucun hardware wallet, aussi sophistiqué soit-il, ne peut compenser une mauvaise gestion des clés privées.

Selon Coinkite, les modèles concernés sont les Coldcard Mk2 et Mk3 fabriqués entre mars 2021 et juillet 2026. Pour vérifier la version de votre firmware, allez dans le menu de votre appareil, puis dans « Settings » > « Firmware version ». Si votre appareil a été mis à jour après la découverte de la faille, il est recommandé de régénérer votre seed avec un firmware antérieur à mars 2021.