Depuis le 5 avril 2026, près de 150 000 Kurdes apatrides résidant en Syrie ont la possibilité de déposer une demande de nationalité syrienne. Une avancée majeure pour des milliers de personnes qui, depuis des décennies, vivaient en marge de la société sous un statut discriminatoire. Selon RFI, cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un décret publié en janvier 2026 par le nouveau pouvoir syrien, mettant fin à un système de recensement controversé.

Ce texte abroge une politique instaurée sous le régime de Bachar al-Assad, qui considérait les Kurdes comme des étrangers sur leur propre terre. Le décret de janvier marque ainsi une rupture avec une situation héritée de décennies de marginalisation administrative et politique. « C’est une décision historique qui met fin à une injustice vieille de plusieurs générations », souligne un expert des questions kurdes en Syrie, cité par RFI.

Ce qu'il faut retenir

  • 150 000 Kurdes apatrides en Syrie peuvent désormais demander la nationalité syrienne depuis le 5 avril 2026.
  • Le décret, publié en janvier 2026, abroge un recensement discriminatoire datant du régime d’Assad.
  • Cette mesure met fin à des décennies de marginalisation administrative des Kurdes en Syrie.
  • Le texte s’inscrit dans le cadre des réformes engagées par le nouveau pouvoir syrien.

Un décret attendu depuis des décennies

Le décret publié en janvier 2026 par les autorités syriennes représente une avancée significative pour la communauté kurde. Selon RFI, ce texte met un terme à un recensement datant des années 1960, qui avait classé les Kurdes comme des « étrangers » sur leur propre sol. « Ce recensement était une source de discriminations systémiques », explique un analyste politique spécialisé dans la région. Les Kurdes, privés de droits fondamentaux, vivaient dans une précarité administrative permanente, sans accès aux services publics, à l’éducation ou à la santé.

Le régime de Bachar al-Assad avait renforcé cette politique dans les années 2000, notamment après des mouvements de protestation kurdes. « Les Kurdes étaient considérés comme une menace pour la stabilité nationale », rappelle un chercheur en sciences politiques. La mesure de janvier 2026 marque donc une inversion de cette tendance, même si son application concrète reste à surveiller.

Un processus en deux phases

La nouvelle procédure s’articule en deux étapes. D’abord, les intéressés doivent s’inscrire auprès des autorités locales pour exprimer leur intention de demander la nationalité. Ensuite, un dossier sera constitué pour chaque demandeur, afin de vérifier son éligibilité. Selon RFI, les autorités syriennes ont mis en place des cellules dédiées dans les principales villes du pays, notamment à Qamichli et Al-Hasakah, deux fiefs de la communauté kurde.

« Les délais et les modalités pratiques restent flous pour l’instant », confie un militant kurde sous couvert d’anonymat. Les associations locales appellent à une application transparente du décret, afin d’éviter les discriminations dans l’instruction des dossiers. « Il est crucial que cette mesure ne reste pas lettre morte », ajoute-t-il. Les observateurs soulignent que le succès de cette réforme dépendra en grande partie de sa mise en œuvre sur le terrain.

Et maintenant ?

D’ici la fin du mois de mai 2026, les premières demandes de nationalité devraient être examinées par les autorités syriennes. Les associations kurdes et les observateurs internationaux suivent de près l’évolution de la situation, afin de s’assurer que les droits des demandeurs seront respectés. Une question reste en suspens : celle de la reconnaissance des enfants nés de parents apatrides avant cette réforme. Leur statut pourrait faire l’objet de négociations supplémentaires dans les mois à venir.

Un enjeu politique et social

Cette mesure s’inscrit dans un contexte plus large de tentatives de normalisation en Syrie, après des années de guerre civile. Les autorités syriennes cherchent à reconstruire un État unifié, tout en maintenant leur emprise sur le pouvoir. Pour les Kurdes, cette avancée représente une reconnaissance symbolique, mais aussi un espoir de réintégration sociale et politique. « C’est un pas en avant, mais la route est encore longue », tempère un responsable associatif à Damas.

D’autres mesures sont attendues dans les mois à venir, notamment sur la question des libertés culturelles et linguistiques pour la minorité kurde. Les négociations entre Damas et les factions kurdes locales pourraient, elles aussi, s’accélérer à la faveur de cette réforme. « La balle est désormais dans le camp des autorités », conclut un observateur de la scène syrienne.

Les critères exacts n’ont pas été précisés dans le décret de janvier 2026. Cependant, selon RFI, les autorités syriennes devraient exiger une preuve de résidence prolongée en Syrie, ainsi qu’un casier judiciaire vierge. Les associations kurdes craignent que ces conditions ne soient utilisées pour exclure certains demandeurs.