Le nombre de personnes fortunées dans le monde a connu une progression historique en 2025, avec près de 2 millions de nouveaux millionnaires selon le dernier rapport World Wealth Report publié par Capgemini. Leur richesse cumulée a bondi de 8,7 %, atteignant un record absolu de 98,3 billions de dollars (86,2 billions d’euros). Cette croissance, la plus forte depuis 2018, interroge sur les dynamiques économiques à l’œuvre et leur impact sur les citoyens européens.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, la population mondiale des personnes fortunées a augmenté de 7,9 %, portant leur nombre total à 25,3 millions
- La richesse cumulée des HNWI (high-net-worth individuals) a progressé de 8,7 % pour atteindre 98,3 billions de dollars
- L’Europe compte environ 6 millions de millionnaires, avec une croissance de 6,5 % en 2024 et 8,0 % en 2025
- Le Luxembourg affiche la plus forte progression en Europe (+13,5 %), devant l’Allemagne (+11,1 %) et la Belgique (+9 %)
- Les ultra-fortunés (1 % de la population) détiennent 34,8 % de la richesse mondiale
Qui sont les personnes fortunées selon le rapport Capgemini ?
Le cabinet Capgemini définit une personne fortunée (HNWI) comme un individu disposant de plus d’un million de dollars d’actifs investissables, hors résidence principale. Cette catégorie se subdivise en trois niveaux : les millionnaires « lambda » (entre 1 et 5 millions de dollars), les millionnaires de niveau intermédiaire (entre 5 et 30 millions de dollars), et les ultra-fortunés (plus de 30 millions de dollars).
Ces derniers, bien que ne représentant que 1 % de la population mondiale, concentrent 34,8 % de la richesse globale. Une concentration qui soulève des questions sur la répartition des richesses à l’échelle planétaire. « La croissance de la richesse des HNWI s’explique par une réorientation des investissements vers des actifs plus rémunérateurs, mais aussi plus volatils », précise Gareth Wilson, vice-président exécutif de Capgemini, dans une interview accordée à Euronews FR.
L’Europe dans la tourmente des inégalités de richesse
L’Europe n’échappe pas à cette dynamique. Selon Capgemini, le continent comptait en 2025 environ 6 millions de personnes fortunées, soit une hausse de 6,5 % en 2024 et de 8,0 % en 2025. Une progression qui masque, toutefois, des disparités marquées entre les pays. Le Luxembourg se distingue avec une croissance de 13,5 % de sa population de HNWI, un résultat attribué à son régime fiscal avantageux : absence d’impôt sur la fortune, exonérations généreuses sur les revenus du capital et taux d’imposition effectifs parmi les plus bas d’Europe.
L’Allemagne (+11,1 %) et la Belgique (+9 %) suivent cette tendance, tandis que la France (+2,7 %) et le Royaume-Uni (+2,6 %) affichent des hausses plus modestes. « Ces écarts s’expliquent en partie par les politiques fiscales nationales, mais aussi par la performance des marchés locaux », explique Gareth Wilson. « Les secteurs de la défense et de l’énergie, en plein essor en Europe, ont joué un rôle clé dans cette progression. »
Où vont les capitaux des super-riches ? Une réallocation vers les marchés risqués
L’analyse des stratégies d’investissement des HNWI révèle une tendance majeure : une réduction des liquidités au profit des actifs à revenu fixe et, surtout, des actions. « Nous avons observé un déplacement significatif vers les titres et parts, avec une baisse des montants détenus en cash », déclare Gareth Wilson. « Bien que traditionnellement considéré comme une classe d’actifs prudente, le cash est aujourd’hui délaissé au profit de placements offrant des rendements plus élevés, mais aussi plus risqués. »
Cette réallocation s’inscrit dans un contexte de stabilité monétaire accrue. « Les décisions de la Banque centrale européenne (BCE) sur les taux d’intérêt ont apporté une visibilité inédite, facilitant les prises de risque », souligne l’expert. Les secteurs de la défense et de l’énergie, en tête de l’agenda politique européen, ont particulièrement profité de cette dynamique. L’indice allemand DAX a ainsi progressé de près de 22 % en 2025, porté par des groupes comme Rheinmetall ou Siemens Energy. De son côté, le FTSE 100 britannique a bondi de 21,5 %, soutenu par les valeurs minières et de la défense.
« Cette réorientation des investissements vers les actions et les titres devrait générer de la croissance économique à l’échelle mondiale. Les marchés boursiers ont d’ailleurs réagi positivement à ces mouvements, reflétant une confiance accrue des investisseurs. »
— Gareth Wilson, vice-président exécutif de Capgemini
Une croissance qui interroge sur ses effets concrets pour les Européens
Si la hausse de la richesse des HNWI est indéniable, son impact sur l’économie réelle et le citoyen moyen reste sujet à débat. « Cette progression reflète une allocation plus dynamique des capitaux, mais elle ne se traduit pas nécessairement par une amélioration immédiate du pouvoir d’achat ou des conditions de vie », tempère Gareth Wilson. En effet, les secteurs bénéficiaires de ces investissements — défense, énergie, finance — ne sont pas ceux qui emploient le plus grand nombre de travailleurs en Europe.
Par ailleurs, la concentration de la richesse entre les mains d’une minorité pose la question de sa redistribution. « L’innovation et la croissance générées par ces investissements pourraient, à terme, irriguer l’ensemble de l’économie », estime l’expert. « Mais cela dépendra des politiques publiques mises en place pour encadrer ces flux et en maximiser les retombées sociales. »
Une chose est sûre : la progression de la richesse des HNWI en 2025 reflète autant une réalité économique qu’un choix de société. Pour les Européens, la question n’est plus seulement de savoir comment cette richesse est créée, mais surtout pour qui elle l’est.
Un HNWI (high-net-worth individual) est une personne disposant d’au moins 1 million de dollars d’actifs investissables, hors résidence principale. Un UHNWI (ultra-high-net-worth individual) détient quant à lui plus de 30 millions de dollars. Ces derniers, bien que représentant seulement 1 % de la population mondiale, possèdent 34,8 % de la richesse globale.