Depuis plusieurs années, les poêles antiadhésives en téflon font débat en raison de leur revêtement à base de PTFE (polytétrafluoroéthylène), un matériau dont la dégradation thermique peut libérer des composés potentiellement dangereux pour la santé. Selon Top Santé, deux oncologues tirent la sonnette d’alarme : ces ustensiles, s’ils sont abîmés ou utilisés à haute température, présentent un risque qu’ils jugent désormais « définitivement » à écarter de nos cuisines.

Ce qu'il faut retenir

  • Les poêles antiadhésives anciennes contiennent des molécules dont l’usage prolongé pourrait favoriser certains cancers, selon deux oncologues cités par Top Santé.
  • Le PTFE, composant clé de ces revêtements, libère des gaz toxiques lorsqu’il est surchauffé, notamment au-delà de 260°C.
  • Les professionnels recommandent de remplacer ces ustensiles dès les premiers signes d’usure ou après 5 à 10 ans d’utilisation.
  • La dégradation du revêtement peut aussi contaminer les aliments préparés avec ces poêles, avec des conséquences encore mal évaluées sur le long terme.

Des revêtements sous surveillance depuis des années

Les poêles à revêtement antiadhésif, apparues dans les années 1960, se sont imposées comme un incontournable des cuisines modernes grâce à leur facilité d’entretien. Pourtant, dès les années 1970, des études ont pointé du doigt les risques liés au PTFE, notamment lorsqu’il est exposé à des températures élevées. Selon Top Santé, c’est la dégradation de ce polymère qui inquiète aujourd’hui les spécialistes. «

Les vieilles poêles, dont le revêtement est fissuré ou écaillé, constituent un danger réel. Le PTFE, sous l’effet de la chaleur excessive, peut libérer des particules fines inhalables et des composés organiques volatils, dont certains sont classés comme potentiellement cancérigènes par l’OMS
», a déclaré l’un des deux oncologues, cité par le média.

Quels sont les risques réels pour la santé ?

Les données scientifiques restent encore fragmentaires, mais plusieurs études, dont celles publiées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) en 2019, ont mis en évidence des liens entre l’exposition prolongée à ces particules et certains types de cancers. «

On parle ici de risques à long terme, liés à une exposition répétée et cumulée sur des années. Les personnes utilisant quotidiennement des poêles abîmées s’exposent à une contamination involontaire de leur alimentation
», a précisé le second spécialiste interrogé par Top Santé. Les symptômes d’une exposition aiguë (fièvre, toux, difficultés respiratoires) sont rares, mais leur chronicité pourrait, selon les oncologues, favoriser l’apparition de pathologies plus graves.

Autre point de vigilance : la présence de PFOA (acide perfluorooctanoïque), un composé chimique utilisé dans la fabrication de certains revêtements antiadhésifs jusqu’en 2020. Bien que son usage soit désormais interdit dans l’Union européenne, il persiste dans les anciens modèles et pourrait, selon certaines recherches, avoir des effets perturbateurs endocriniens.

Que faire pour limiter les risques ?

Les oncologues interrogés par Top Santé ne préconisent pas de paniquer, mais plutôt d’adopter une attitude préventive. «

Remplacer une poêle abîmée coûte entre 20 et 50 euros. C’est un investissement dérisoire comparé aux potentielles conséquences sanitaires
», a souligné l’un d’eux. Voici les recommandations qu’ils formulent :

  • Éviter de surchauffer les poêles antiadhésives : ne jamais dépasser le 180°C (la plupart des aliments cuisent à feu moyen) et utiliser des plaques à induction ou à gaz avec modération.
  • Remplacer systématiquement les ustensiles dont le revêtement est rayé, écaillé ou décoloré. Les signes de vieillissement apparaissent généralement après 5 à 10 ans d’utilisation.
  • Privilégier les modèles sans PFOA, désormais obligatoires depuis 2020, mais vérifier les étiquettes pour les anciens stocks encore en vente.
  • Utiliser des alternatives : fonte, acier inoxydable ou céramique, réputées plus sûres à condition d’être bien entretenues.

Et maintenant ?

La question des poêles antiadhésives pourrait revenir sur le devant de la scène avec l’examen, prévu en 2027, d’un nouveau rapport de l’ANSES sur les perturbateurs endocriniens. Ce document pourrait conduire à de nouvelles restrictions, voire à l’interdiction de certains revêtements encore autorisés aujourd’hui. En attendant, les professionnels de santé appellent à une prise de conscience individuelle : « Chacun peut agir dès aujourd’hui en vérifiant le matériel qu’il utilise », rappellent-ils.

Autant dire que la prudence s’impose, sans pour autant céder à la panique. L’important reste d’adopter des gestes simples pour cuisiner en toute sérénité, tout en gardant un œil sur l’évolution des recommandations officielles.

Une poêle est considérée comme potentiellement risquée si son revêtement est rayé, écaillé, décoloré ou s’il présente des traces de brûlures. Dès l’apparition de ces signes, il est conseillé de la remplacer, même si elle semble encore fonctionnelle.