Une nouvelle controverse secoue le paysage médiatique européen. Selon Le Monde - Politique, plusieurs eurodéputés demandent l’application de sanctions contre Xenia Fedorova, chroniqueuse des médias du groupe Bolloré et ancienne directrice de la chaîne russe RT France. Ces élus l’accusent de relayer des narratifs alignés sur la propagande du Kremlin lors de ses interventions à l’antenne.

Ce qu'il faut retenir

  • Xenia Fedorova est chroniqueuse pour les médias du groupe Bolloré et a dirigé RT France jusqu’en 2022.
  • Elle est accusée de diffuser des messages pro-Kremlin dans ses chroniques télévisées.
  • Dix-neuf eurodéputés, principalement issus des groupes Renew Europe et Verts/ALE, ont signé une lettre demandant des sanctions européennes à son encontre.
  • Les signataires évoquent une violation des valeurs démocratiques et des principes de désinformation sanctionnés par l’Union européenne.
  • RT France a été interdite en Europe en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Une chroniqueuse sous le feu des critiques

Xenia Fedorova, connue pour ses prises de parole sur CNews et Europe 1, est depuis plusieurs mois au cœur d’une polémique persistante. Selon Le Monde - Politique, son parcours médiatique, marqué par la direction de RT France – média aujourd’hui interdit dans l’UE pour son soutien à la guerre en Ukraine –, nourrit les suspicions. Ses interventions récentes, où elle défend régulièrement la ligne du Kremlin sur des sujets géopolitiques, lui valent désormais des accusations de complaisance envers le pouvoir russe.

Les critiques ne se limitent pas à ses analyses. Plusieurs associations de lutte contre la désinformation, comme Les Décodeurs ou EU DisinfoLab, ont pointé du doigt des formulations ou des omissions jugées partiales. Aucune plainte n’a encore été déposée, mais la pression politique monte.

Les eurodéputés montent au créneau

La lettre ouverte, adressée à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et au haut représentant pour les affaires étrangères Josep Borrell, a été signée par dix-neuf élus. Parmi eux figurent des figures comme Nathalie Loiseau (Renew Europe) et Hannah Neumann (Verts/ALE). Les signataires demandent que Xenia Fedorova soit inscrite sur la liste des personnes sanctionnées pour désinformation, comme l’avait été RT France en 2022.

« Ses chroniques reproduisent systématiquement la propagande du Kremlin, notamment sur la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales », a déclaré Nathalie Loiseau. Pour les eurodéputés, cette situation rappelle l’urgence d’agir contre les relais locaux de la désinformation russe en Europe. La Commission européenne n’a pas encore réagi officiellement.

Un contexte géopolitique tendu

L’affaire survient dans un contexte où l’Union européenne renforce ses outils contre la désinformation russe. Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, Bruxelles a multiplié les sanctions contre les médias pro-Kremlin et les personnalités qui les soutiennent. RT France et Sputnik ont été bannis des ondes européennes, et plusieurs journalistes ont été interdits de territoire.

Pour autant, la situation de Xenia Fedorova diffère : elle intervient sur des chaînes françaises privées, non soumises aux mêmes restrictions. Autant dire que sa position est plus complexe à réguler. Certains observateurs soulignent que son cas pose une question de principe : jusqu’où peut-on contrôler le discours médiatique quand il émane de chroniqueurs indépendants ?

Et maintenant ?

La Commission européenne devrait examiner la demande des eurodéputés dans les prochaines semaines. Une décision pourrait être prise d’ici l’automne, notamment après la publication d’un rapport sur les menaces hybrides prévue en septembre. Si des sanctions étaient envisagées, elles prendraient probablement la forme d’un gel d’avoirs ou d’une interdiction d’entrée dans l’UE, comme pour les responsables russes déjà ciblés.

Quoi qu’il en soit, cette affaire relance le débat sur la liberté d’expression et la lutte contre la désinformation. Les chaînes qui l’emploient, comme CNews ou Europe 1, n’ont pas encore réagi publiquement. Leur responsabilité éditoriale pourrait, elle aussi, être questionnée.

Dans l’attente d’une décision européenne, les associations de lutte contre la désinformation continuent de surveiller ses interventions. Quant à Xenia Fedorova, elle maintient son ligne : « Je ne fais que donner la parole à des experts et à des analyses souvent ignorées par les médias traditionnels », a-t-elle réagi auprès de Le Figaro la semaine dernière.

RT France et Sputnik ont été interdites en Europe en mars 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les autorités européennes les ont accusées de diffuser de la désinformation et de la propagande pro-Kremlin pour justifier l’agression russe et saper la cohésion de l’UE.