Un nouveau mot s’est imposé en quelques semaines sur les réseaux sociaux comme l’étendard d’une génération en quête d’authenticité. Selon Euronews FR, le terme « polyester » – tiré du nom d’une fibre synthétique – est désormais utilisé pour qualifier tout ce qui sonne faux, calculé ou générique. Derrière cette expression se cache une critique plus large contre l’ultra-fast fashion, les influenceurs trop lissés et les promesses marketing jugées creuses.
Ce qu’il faut retenir
- « Polyester » désigne désormais une insulte pour dénoncer l’inauthenticité, qu’il s’agisse d’un contenu en ligne ou d’un mode de vie.
- Le terme puise son inspiration dans le rejet écologique des fibres synthétiques, non biodégradables et polluantes.
- Il s’inscrit dans une série de néologismes Gen Z comme « Larping », « Slop » ou « Performative male », tous axés sur l’authenticité.
- Un montage TikTok viral illustrant un « style de vie idéalisé » a popularisé l’expression, qualifiée de « polyester lifestyle ».
- Les jeunes générations associent désormais le polyester à des pratiques commerciales douteuses, comme celles de la marque Shein.
Une insulte née du jargon Gen Z et devenue virale
Comme à chaque génération son argot, les Zoomers et la Génération Alpha ont forgé leur propre langage, où les expressions naissent et disparaissent à une vitesse fulgurante. Selon Euronews FR, « polyester » s’ajoute à une liste déjà longue de termes comme « Rizz », « Delulu » ou « FRFR » – cette dernière signifiant « For real, for real ». Celui qui ignore ces codes risque rapidement d’être taxé d’« Unc », un diminutif d’« uncle » désignant une personne jugée déconnectée et ringarde.
Mais contrairement à ses prédécesseurs, « polyester » ne se contente pas d’être une insulte passagère. Il incarne une critique plus profonde de ce qui est perçu comme artificiel, surjoué ou générique. Un filtre Instagram trop lissé ? Polyester. Une vidéo TikTok manifestement scénarisée ? Polyester. Un influenceur vantant un produit dont il n’est pas convaincu ? « Polyester Prince », pour être précis.
De la fibre synthétique au symbole de l’inauthenticité
Le choix du mot n’est pas anodin. Le polyester, fibre synthétique la plus produite au monde, est aujourd’hui pointé du doigt pour son impact environnemental : non biodégradable, elle libère des microplastiques et contribue à la pollution des océans. Selon Euronews FR, cette prise de conscience écologique se double d’une volonté de rejeter les modèles de consommation de masse. Des créateurs en ligne multiplient les campagnes pour inciter à bannir les vêtements synthétiques, un mouvement qui dépasse la simple critique de la fast fashion pour embrasser une remise en question plus globale des pratiques industrielles.
Sur TikTok, l’expression a trouvé un terreau fertile. Avant de devenir une insulte, « polyester » désignait initialement un style de montage vidéo où des extraits de films ou de séries – comme Spider-Man – étaient assemblés sur des images frénétiques et clignotantes. Mais c’est un autre format qui a propulsé le terme au rang de phénomène culturel : une vidéo virale mettant en scène un jeune homme de 18 ans décrivant son « rêve de vie adulte ». Entre un réveil à 6 heures dans un penthouse new-yorkais, une yerba maté bio et des séances de sport automatisées, le clip, clairement conçu pour l’algorithme, a été immédiatement qualifié de « polyester lifestyle » par les internautes.
« Je veux me réveiller à 6 heures dans mon penthouse de New York, étude de la Bible avec les potes avant tout, ouvrir une yerba maté bio et aller courir le matin à Central Park... Lunettes anti-lumière bleue sur le nez, travail en profondeur, house en fond, complètement focus. Je ne ferai même pas la moitié du travail, parce que mon agent Claude tournera en automatique en arrière-plan pendant que je déjeune... »
– Extrait du TikTok viral cité par Euronews FR
Un rejet qui s’inscrit dans une tendance plus large
« Polyester » n’est pas un cas isolé. Selon Euronews FR, il s’ajoute à une ribambelle de termes comme « Larping » (jouer un rôle dans la vraie vie), « Slop » (mauvais travail), « Performative male » (hommes surjouant la masculinité) ou « Industry plant » (artiste ou influenceur soutenu artificiellement par une industrie). Tous partagent une même obsession : l’authenticité. Dans un monde où l’intelligence artificielle brouille les frontières entre réel et artificiel, les jeunes générations développent une méfiance croissante envers tout ce qui semble calculé ou forcé.
Cette méfiance s’étend bien au-delà des réseaux sociaux. Elle touche les entreprises, les politiques et même les médias, accusés de recourir à des discours passe-partout ou à des promesses non tenues. Pour la Génération Z, née avec internet et grandie avec les réseaux sociaux, la transparence est devenue une valeur cardinale. Un besoin d’authenticité que le terme « polyester » résume à lui seul : autant dire que l’ère du fake est révolue.
Fast fashion et influenceurs dans le collimateur
La popularité de « polyester » reflète aussi une remise en question des géants de la mode et des influenceurs. Selon Euronews FR, des marques comme Shein, symbole de l’ultra-fast fashion, sont régulièrement pointées du doigt avec le hashtag « It gives Shein ». Les jeunes consommateurs, de plus en plus soucieux de l’impact écologique de leurs achats, privilégient désormais des alternatives durables. Le rejet du polyester s’inscrit dans cette dynamique : une fibre synthétique, produite en masse et peu écologique, devient le parfait bouc émissaire d’un système à bout de souffle.
Les influenceurs, eux aussi, subissent les foudres des internautes. Les partenariats commerciaux non déclarés, les contenus trop lissés ou les promesses creuses sont désormais évalués à l’aune de leur authenticité. Un influenceur qui vante un produit en adoptant une attitude trop enthousiaste peut se voir affublé du surnom de « Polyester Prince », une critique cinglante envers ceux qui privilégient le gain à la sincérité.
Pour l’heure, une chose est certaine : ceux qui tenteront de surfer sur la vague « polyester » sans réelle sincérité risquent de se voir relégués au rang d’« Unc » en un temps record. Et dans un monde où l’IA et les deepfakes brouillent les pistes, la méfiance envers l’artifice n’est pas près de s’estomper.
Le choix du mot n’est pas anodin : le polyester est une fibre synthétique, non biodégradable et polluante, produite en masse par l’industrie textile. Son association avec l’inauthenticité reflète un rejet plus large des pratiques industrielles jugées non durables et des contenus en ligne trop calculés, selon Euronews FR.