Le géant chinois du minage Bitcoin Poolin a déposé le bilan aux États-Unis, tandis que le Kazakhstan renforce sa stratégie d’accumulation de cryptomonnaies via cette activité. Selon Cryptoast, ces deux actualités illustrent les bouleversements en cours dans un secteur sous pression depuis la chute des cours du Bitcoin à l’automne 2025.

Ce qu'il faut retenir

  • Poolin, ancien leader mondial du minage, a déposé une procédure de faillite Chapter 11 aux États-Unis le 10 août 2026, avec 173,1 millions de dollars de dettes, dont 163,7 millions liés à des reconnaissances de dette envers ses anciens clients.
  • Le hashrate du réseau Bitcoin, indicateur de la puissance de calcul, a chuté de 24 % depuis son pic de 1 098 EH/s en septembre 2025 pour s’établir à 834 EH/s en juillet 2026.
  • Le Kazakhstan a adopté le 18 juillet 2026 des règles encadrant le minage, obligeant les entreprises à transférer une partie de leurs Bitcoins minés à une réserve nationale gérée par la Banque centrale.
  • La rentabilité du minage dépend désormais de contrats électriques avantageux, marginalisant les petits acteurs au profit des États et des grands groupes.

Poolin, symbole d’un secteur en crise

Poolin, fondé en 2017 en Chine et autrefois parmi les plus grandes pools de minage Bitcoin au monde, a été contraint de déposer une procédure Chapter 11 le 10 août 2026 aux États-Unis, couvrant ses deux filiales américaines, Lonestar Dream et Lonestar Taproot. Cette démarche vise à organiser la vente encadrée de ses actifs situés au Texas, notamment les sites de Pyote et Tarbush, déjà soumis à une offre initiale combinée de 52 millions de dollars.

Les difficultés de Poolin ne datent pas d’hier. Dès 2022, l’entreprise avait gelé les retraits de sa plateforme de wallet, Poolin Wallet, avant de distribuer des « IOU » – des reconnaissances de dette censées représenter les fonds bloqués. Aujourd’hui, ces créances pèsent lourd dans le dossier de faillite : sur les 173,1 millions de dollars de dettes déclarées, près de 95 % correspondent à ces engagements envers d’anciens clients.

Le minage, une activité de plus en plus inaccessible

La rentabilité du minage Bitcoin s’est fortement dégradée depuis le dernier halving, survenu en avril 2024, qui a réduit la récompense par bloc de 6,25 BTC à 3,125 BTC. Avec un cours du Bitcoin qui peine à se stabiliser depuis son sommet d’octobre 2025, les revenus des mineurs ne couvrent plus les coûts élevés de l’électricité, des machines et du remboursement des dettes contractées.

Cette situation a entraîné une baisse drastique du hashrate, qui mesure la puissance de calcul du réseau. Après avoir atteint 1 098 EH/s en septembre 2025, il est tombé à 834 EH/s le 23 juillet 2026, soit une diminution de 24 %. Des mineurs ont été contraints de mettre hors service tout ou partie de leurs machines pour limiter leurs pertes, tandis que les acteurs disposant de contrats électriques à bas coût maintiennent leur activité.

Le Kazakhstan mise sur le minage comme levier stratégique

Alors que les acteurs privés peinent à survivre, certains États voient dans le minage un outil à double tranchant. Le Kazakhstan a adopté le 18 juillet 2026 un cadre réglementaire baptisé « minage numérique stratégique ». Ce dispositif attribue des quotas d’électricité à des entreprises agréées, à condition qu’elles reversent une partie des Bitcoins minés à Astana Hub, le pôle d’innovation du pays. Ces actifs sont ensuite placés dans une réserve crypto stratégique, placée sous l’autorité de la Banque nationale du Kazakhstan.

Pour Astana, cette approche présente un triple avantage : accumuler des réserves en Bitcoins pour faciliter les échanges internationaux, valoriser ses surplus énergétiques et pérenniser ses infrastructures électriques. D’autres pays pourraient suivre cette voie, transformant le minage en un outil de souveraineté monétaire et énergétique.

Centralisation ou simple adaptation du secteur ?

La faillite de Poolin et l’offensive kazakhe soulèvent une question de fond : le minage Bitcoin, conçu à l’origine pour être décentralisé, est-il en train de basculer vers un modèle contrôlé par des États ou des méga-entreprises ? Les mineurs les plus fragiles disparaissent, tandis que les structures les plus solides – souvent liées à des politiques publiques – prennent le relais.

« Le minage pour les entreprises devient de plus en plus dépendant des surplus électriques des pays, ce qui pourrait paradoxalement aboutir à des acteurs rentables mais centralisés et dépendants des décisions étatiques », soulignent les analystes. Cette évolution pose un défi pour l’écosystème Bitcoin, dont le principe fondateur repose sur une gouvernance distribuée et une résistance à la censure.

Et maintenant ?

La situation reste incertaine pour les mineurs privés. Leur survie dépendra de leur capacité à négocier des tarifs électriques compétitifs ou à innover dans l’efficacité énergétique. Côté États, la stratégie kazakhe pourrait inspirer d’autres pays riches en énergie, comme l’Iran ou la Russie, mais le cadre réglementaire reste à affiner pour éviter une concentration excessive du hashrate entre quelques mains.

Le prochain halving, prévu pour 2028, devrait aggraver la pression sur les mineurs non rentables. D’ici là, l’équilibre entre décentralisation et centralisation du réseau Bitcoin sera plus que jamais un sujet de débat.

Pour rappel, l’investissement dans les cryptomonnaies comporte des risques de perte en capital. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs.

La Chapter 11 est une procédure de faillite américaine permettant à une entreprise de se réorganiser sous protection judiciaire, en suspendant les poursuites des créanciers. Poolin y recourt pour vendre ses actifs de manière encadrée et liquider son activité, après avoir accumulé 173,1 millions de dollars de dettes, majoritairement liés à des reconnaissances de dette envers ses anciens clients.

La baisse du hashrate reflète l’arrêt d’activité des mineurs les moins rentables, dont les coûts (électricité, machines, dettes) ne sont plus couverts par les revenus générés par le minage. Depuis le sommet de Bitcoin en octobre 2025, le cours du BTC a reculé, réduisant les marges des opérateurs.