Selon Euronews FR, la cote de popularité du président russe Vladimir Poutine a chuté à 66,7 % entre le 6 et le 12 avril 2026, son niveau le plus bas depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Ce chiffre marque une baisse de 1,1 % par rapport à la semaine précédente et confirme une tendance à la baisse amorcée depuis le début du mois de mars. La confiance dans ses actions a également reculé à 72 %, soit une chute de 1,8 % sur la même période, selon le Centre panrusse de recherche sur l’opinion publique (VTsIOM), un institut historiquement indépendant mais placé sous contrôle étatique depuis les années 2000.
Ce qu'il faut retenir
- La popularité de Poutine a reculé de 6,6 % depuis le début du mois de mars, passant de près de 81 % en janvier 2026 à 66,7 % début avril.
- La confiance dans ses actions est tombée à 72 %, un niveau inédit depuis le début de la guerre en Ukraine, où elle s’élevait à 70,4 % fin février 2022.
- Le parti au pouvoir, Russie Unie, voit son soutien chuter à 27,3 %, soit une baisse de 2,4 % en une semaine, à six mois des élections législatives de septembre.
- Le Kremlin envisagerait un assouplissement des restrictions internet, accusées d’aggraver la grogne sociale et de peser sur l’économie.
Une défiance croissante depuis six semaines
Les données du VTsIOM révèlent que la baisse de popularité de Vladimir Poutine s’inscrit dans une dynamique de six semaines de recul ininterrompu. Entre le 2 et le 8 mars 2026, l’indicateur avait déjà commencé à fléchir, marquant le début d’une tendance qui s’est accélérée depuis. En janvier 2026, près de 81 % des Russes faisaient encore confiance au président, un niveau qui contraste fortement avec les 66,7 % enregistrés début avril. Ces chiffres, bien que toujours élevés dans un contexte autoritaire, reflètent une érosion significative du soutien populaire.
La confiance dans les activités du gouvernement a également diminué, passant sous la barre des 41 %, tandis que celle accordée au Premier ministre Mikhaïl Michoustine a reculé à 44,7 %. Le parti Russie Unie, pilier du système politique russe, voit quant à lui son soutien fondre à 27,3 %, un niveau préoccupant à six mois des élections législatives de septembre 2026, dans un contexte électoral déjà largement verrouillé par le Kremlin.
Des instituts aux résultats divergents, mais une tendance commune
Si le VTsIOM, institution proche du pouvoir, enregistre une chute marquée, d’autres organismes comme la Fondation pour l’opinion publique, également affiliée à l’État, ont observé des variations plus limitées, avec une légère remontée après une baisse initiale. En revanche, l’institut indépendant Levada, dont les dirigeants ont fondé le VTsIOM avant de s’en distancier, confirme cette tendance baissière : en mars 2026, seulement 80 % des Russes approuvaient encore la performance de Poutine, le chiffre le plus bas depuis novembre 2022.
Cette disparité dans les résultats s’explique en partie par les méthodes de collecte et les pressions politiques exercées sur les instituts proches du pouvoir. Cependant, même les chiffres les plus optimistes restent en deçà des niveaux enregistrés avant l’offensive en Ukraine, où la légitimité de Poutine était rarement contestée.
Les restrictions internet pointées du doigt
Plusieurs experts et observateurs imputent cette chute de popularité aux mesures de restriction d’internet mobile imposées par les autorités russes. Ces blocages, justifiés par des raisons de sécurité – comme la nécessité de « aveugler » les drones ukrainiens –, sont également perçus comme une tentative de construire un « internet souverain », inspiré du modèle nord-coréen. Selon des analystes cités par Euronews FR, ces restrictions pèsent lourdement sur l’économie locale : restaurants, magasins et services de taxi voient leur activité menacée, tandis que les petites et moyennes entreprises, qui dépendent des réseaux sociaux pour leur promotion, sont en grande difficulté.
Le mécontentement est aggravé par la hausse des prix et la lassitude croissante face à une guerre en Ukraine qui s’éternise. Les blocages de plateformes comme Telegram et les coupures d’internet mobile, de plus en plus fréquentes, alimentent la grogne dans une population déjà soumise à une pression économique accrue. Certains y voient une stratégie du Kremlin pour contrôler l’information et étouffer toute velléité de contestation, dans un contexte où l’opposition réelle, hors du cadre autorisé, a été largement décimée.
Un possible assouplissement des restrictions pour redorer le blason du pouvoir
Face à cette érosion de la popularité, des médias comme Bloomberg et la version russe de Forbes ont émis l’hypothèse que le Kremlin pourrait assouplir les restrictions internet dans les prochaines semaines. L’objectif serait double : limiter l’impact économique des blocages et éviter une radicalisation accrue de l’opinion publique à l’approche des élections législatives de septembre 2026.
Cette piste est corroborée par des observateurs comme la blogueuse Faridaily, qui suggère que le pouvoir pourrait être contraint de faire des concessions, non par volonté de libéralisation, mais sous la pression de l’émergence de partis d’opposition « systémique » – c’est-à-dire tolérés, voire manipulés par le Kremlin. Ces partis, bien que marginaux, commencent à capter une partie de l’électorat mécontent, même si leur marge de manœuvre reste extrêmement limitée dans un système où la vraie opposition est muselée.
Enfin, si les instituts d’opinion proches du pouvoir tentent de minimiser l’ampleur de la chute, les données indépendantes laissent peu de doute sur l’ampleur du malaise. Autant dire que le Kremlin devra redoubler d’efforts pour maintenir son emprise sur une société de plus en plus rétive, dans un pays où l’information, tout comme la grogne sociale, circule désormais par des canaux de plus en plus difficiles à contrôler.
