Les images de caïmans capturés en grand nombre par le chasseur José « Gongo » Morales sur les réseaux sociaux ont de quoi surprendre. Selon Primera Hora, quotidien portoricain distribué gratuitement à plus de 200 000 lecteurs, la prolifération de ces reptiles invasifs pousse les autorités locales à encourager leur consommation, alors que la population reste majoritairement réticente.

Ce qu'il faut retenir

  • Une prolifération incontrôlée : le chasseur José « Gongo » Morales capture désormais jusqu’à seize caïmans par nuit, contre cinq ou six précédemment.
  • Une viande encore taboue : 65 % des Portoricains refusent catégoriquement d’en consommer, selon un sondage de Primera Hora.
  • Une mesure d’urgence : les autorités travaillent à encadrer la commercialisation de la viande de caïman pour réguler l’espèce, à l’image des réglementations existantes en Floride et en Louisiane.
  • Un festival gastronomique déjà en place : Vega Baja, dans le nord de l’île, organise un événement dédié à cette viande, sans pour autant convaincre la majorité.

Une invasion qui dépasse les frontières

Porto Rico, territoire non incorporé des États-Unis, fait face à une croissance exponentielle de la population de caïmans, des reptiles originaires d’Amérique centrale et du Sud. Selon les autorités locales, cette espèce invasive, dépourvue de prédateurs naturels sur l’île, menace la biodiversité et les activités agricoles. Les attaques répétées sur les élevages de volailles et la destruction des écosystèmes ont conduit le département des ressources naturelles et de l’environnement (DRNA) à chercher des solutions urgentes.

Nelson Cruz, sous-secrétaire du DRNA et commissaire du corps des gardes forestiers, a confirmé à Primera Hora que les autorités évaluaient actuellement les moyens de réguler la commercialisation de la viande de caïman. « C’est un problème sérieux, et nous devons agir rapidement pour trouver des solutions durables », a-t-il déclaré. L’île s’inspire des cadres juridiques déjà en vigueur dans des États américains comme la Floride ou la Louisiane, où la consommation de caïman est strictement encadrée.

Une viande qui divise la population

Face à cette invasion, certains, comme le chasseur José « Gongo » Morales, tentent de promouvoir la viande de caïman en mettant en avant son goût. « C’est meilleur que l’iguane ou la couleuvre, que les gens mangent déjà ici », affirme-t-il. Il propose des recettes variées, comme des fricassées à l’oignon ou à l’ail, ou encore des nuggets, tout en reconnaissant que son apparence peut rebuter. « Il faut dépasser l’aspect physique de l’animal », ajoute-t-il.

Pourtant, les Portoricains restent très divisés. Selon un sondage réalisé par Primera Hora, 65 % des habitants refusent catégoriquement d’en consommer, 32 % se disent prêts à y goûter, tandis que 3 % en mangent déjà. Un rejet qui s’explique en partie par la crainte de maladies ou simplement par une répulsion instinctive face à ce reptile.

« C’est un animal sauvage, et même si sa consommation est autorisée sous responsabilité individuelle, le protocole sanitaire n’est pas encore finalisé. »
— Un porte-parole du ministère de la Santé de Porto Rico

Un festival gastronomique pour convaincre

Pour tenter de changer les mentalités, la ville de Vega Baja, située dans le nord de Porto Rico, organise depuis plusieurs années un festival gastronomique entièrement dédié au caïman. Cet événement, qui met en avant des plats préparés à base de cette viande, vise à familiariser les habitants avec cette nouvelle source de protéines. Pourtant, malgré ces initiatives, l’adoption reste limitée, et les autorités doivent encore convaincre une majorité sceptique.

Le ministère de la Santé rappelle que la consommation de viande de caïman reste autorisée « sous la responsabilité individuelle » des consommateurs, mais insiste sur les risques liés à la manipulation d’un animal sauvage. « Il n’existe pas encore de protocole sanitaire complet pour sa distribution, et les autorités sanitaires travaillent à finaliser ces mesures », précise le ministère.

Et maintenant ?

Les autorités portoricaines devraient prochainement publier un règlement sanitaire encadrant la commercialisation et la consommation de viande de caïman. Cette mesure, inspirée des pratiques en vigueur aux États-Unis, pourrait permettre de mieux contrôler la population de reptiles tout en offrant une nouvelle source de protéines à la population. Reste à voir si cette stratégie parviendra à convaincre les Portoricains, encore très réticents. Une chose est sûre : sans une adoption massive, l’invasion continuera de poser problème.

Dans l’immédiat, les habitants peuvent continuer à consommer de la viande de caïman, mais à leurs propres risques, le temps que les autorités finalisent les procédures. Une chose est certaine : l’île devra trouver un équilibre entre régulation écologique et acceptation culturelle.

Les caïmans, dépourvus de prédateurs naturels sur l’île, se reproduisent rapidement et menacent la biodiversité locale. Leur présence perturbe les écosystèmes et les activités agricoles, notamment les élevages de volailles, ce qui en fait une espèce invasive selon les autorités portoricaines.

À l’heure actuelle, la chasse du caïman ne nécessite pas de permis à Porto Rico. Cependant, les autorités travaillent à un cadre réglementaire pour encadrer sa commercialisation et sa consommation, en s’inspirant des lois en vigueur en Floride et en Louisiane, où la chasse et la consommation de caïman sont strictement régulées.