Originaire de Mayenne, Marion Fiault a troqué son ancien métier d’éducatrice de rue contre une carrière bien plus insolite : celle de portraitiste ambulante spécialisée dans l’art du Polaroïd. Une pratique aujourd’hui marginalisée en France, où l’on ne compterait plus qu’une trentaine de professionnels maîtrisant cet outil d’un autre temps. Selon Ouest France, cette reconversion audacieuse lui permet de capturer l’âme des passants et des lieux, comme au début du XXe siècle, avec des clichés uniques et instantanés.
Ce qu'il faut retenir
- Marion Fiault, originaire de Mayenne, est l’une des rares portraitistes ambulantes en France à maîtriser l’art du Polaroïd.
- Anciennement éducatrice de rue, elle a connu un burn-out avant de se reconvertir après un pèlerinage sur le chemin de Compostelle.
- Elle est désormais apprentie journaliste et photographe, utilisant un procédé photographique importé du passé.
- Seule une trentaine de professionnels en France pratiquent encore cette technique aujourd’hui.
Une reconversion née d’un épuisement professionnel
Après plusieurs années passées comme éducatrice de rue, Marion Fiault a frôlé le burn-out. Ce métier exigeant, marqué par des rencontres humaines souvent difficiles, a fini par peser sur sa santé mentale. C’est dans ce contexte qu’elle a décidé de tout quitter pour se lancer sur le chemin de Compostelle. Un pèlerinage de près de 800 kilomètres, qui lui a permis de prendre du recul et de réfléchir à son avenir. « J’avais besoin de me retrouver », confie-t-elle à Ouest France. C’est là-bas, entre deux étapes, qu’elle a découvert sa passion pour la photographie, et plus particulièrement pour le Polaroïd.
Le Polaroïd, un outil en voie de disparition
Contrairement aux appareils numériques modernes, le Polaroïd offre un rendu immédiat et tangible. Chaque photo développée en quelques minutes devient un objet unique, impossible à reproduire à l’identique. « C’est le Polaroïd de ton arrière-grand-mère », explique Marion Fiault, qui voit dans cette technique une façon de rendre hommage à un patrimoine photographique oublié. Pourtant, l’usage de ce matériel se raréfie. Entre le coût élevé des films et la difficulté à trouver des appareils en bon état, les portraitistes comme elle deviennent des raretés. Selon les chiffres de l’époque, on estimait à plusieurs milliers le nombre de professionnels maîtrisant le Polaroïd dans les années 1990. Aujourd’hui, ils ne seraient plus qu’une trentaine en France.
Une pratique artistique et itinérante
Installée dans les rues, Marion Fiault propose des portraits spontanés ou organisés, capturant aussi bien des visages que des paysages urbains. Son approche mêle artisanat et modernité : elle imprime ses clichés sur place, les personnalise parfois à la main, et les remet à ses modèles. « Je ne fais pas que prendre des photos, je crée des souvenirs », souligne-t-elle. Son style, à la fois vintage et contemporain, séduit un public de plus en plus large, sensible à l’authenticité de ses images. Autant dire que son travail ne passe pas inaperçu dans un monde dominé par l’instantanéité numérique.
Pourtant, cette pratique reste fragile. Les pellicules Polaroïd, produites en petites quantités par une seule usine au monde, voient leurs prix fluctuer. Marion Fiault doit ainsi adapter ses tarifs et ses déplacements en fonction des stocks disponibles. « Ce n’est pas toujours facile, mais c’est aussi ce qui rend ce métier passionnant », ajoute-t-elle.
La production de pellicules Polaroïd a été arrêtée en 2008 après la fermeture de l’usine historique aux États-Unis. Depuis, une entreprise polonaise, The Impossible Project, a relancé leur fabrication, mais les coûts restent élevés et les stocks limités. Aujourd’hui, seuls quelques fabricants proposent encore des films compatibles, ce qui explique la rareté des appareils et des clichés.
Si cette reconversion semble atypique, elle illustre une tendance plus large : le retour à des pratiques artisanales et durables. Dans un monde saturé par le numérique, des métiers comme celui de Marion Fiault rappellent l’importance du tangible et de l’humain. Et qui sait ? Peut-être que le Polaroïd, après avoir failli disparaître, connaîtra un regain d’intérêt dans les années à venir.