Alors que la saison balnéaire a officiellement débuté début juin dans plusieurs municipalités portugaises, la question de la sécurité sur les plages du pays reste entière. Selon Euronews FR, la Fédération portugaise des nageurs-sauveteurs (FEPONS) tire la sonnette d’alarme : « La sécurité des plages portugaises est-elle garantie ? C’est une question à laquelle personne ne pourra répondre avec certitude », déclare Alexandre Tadeia, président de la FEPONS, contacté par Euronews FR.
Bien que les dispositifs de surveillance aient été déployés dès le mois de mai dans certaines zones côtières, les effectifs disponibles restent insuffisants pour couvrir l’ensemble des 671 zones de baignade recensées dans le pays, dont 523 sur le continent, 88 aux Açores et 60 à Madère. Le problème est d’autant plus aigu que la majorité des professionnels en poste sont des étudiants en contrat précaire, souvent contraints d’enchaîner les heures supplémentaires.
Ce qu'il faut retenir
- Le Portugal compte environ 5 000 nageurs-sauveteurs actifs, mais seulement deux tiers d’entre eux exercent réellement, soit l’équivalent de la moitié des 6 000 à 6 500 professionnels nécessaires pour couvrir les besoins en 40 heures hebdomadaires.
- Chaque année, près de 49 % des nageurs-sauveteurs formés abandonnent la profession, selon une étude de la FEPONS publiée en 2020.
- Seulement environ 700 à 800 professionnels renouvellent annuellement leur certification, sur les 1 500 formés chaque année, faute de salaires attractifs et de conditions de travail stables.
- Les appels d’offres publics privilégient systématiquement le coût le plus bas, transformant une mission humanitaire en logique commerciale, dénonce la FEPONS.
- Une carrière spécifique dans la fonction publique est réclamée pour revaloriser le métier, actuellement classé comme « assistant opérationnel », la catégorie la plus basse.
Un métier en crise de recrutement et de fidélisation
Le manque de personnel qualifié touche l’ensemble du secteur, avec des conséquences directes sur la sécurité des baigneurs. Selon les données de l’Autoridade Marítima Nacional, citées par le Jornal de Notícias et relayées par Euronews FR, le nombre de nageurs-sauveteurs certifiés a diminué de 265 unités en deux ans, passant de 5 265 en 2022 à 5 000 en 2024. Pourtant, la formation annuelle produit près de 1 500 nouveaux professionnels chaque année.
« Ce que nous savons, c’est que seulement la moitié des personnes formées choisissent de travailler comme nageurs-sauveteurs l’année suivante », précise Alexandre Tadeia. Le problème ne réside pas dans la qualité des formations, mais dans l’incapacité du secteur à retenir ses talents. La certification, valable trois ans, n’est pas toujours renouvelée, souvent par manque d’incitations financières ou de perspectives professionnelles.
Les jeunes, qui constituent l’essentiel des effectifs, sont particulièrement vulnérables. Beaucoup renoncent en raison des contraintes liées aux aides sociales. « Un contrat de travail classique, avec cotisations à la Sécurité sociale, entraîne une perte des bourses d’études, des allocations et des primes pour les primo-embauchés », explique le président de la FEPONS. Ce système dissuasif pousse les étudiants à privilégier des emplois saisonniers non déclarés ou des missions ponctuelles mieux rémunérées, malgré les risques encourus.
Des conditions de travail et une logique commerciale qui découragent
Au-delà des salaires jugés trop bas, les nageurs-sauveteurs dénoncent un manque de reconnaissance de leur métier. Classés comme « assistants opérationnels » dans la fonction publique, ils sont pourtant soumis à des exigences physiques et émotionnelles extrêmes. « Ils prennent des décisions de vie ou de mort chaque jour », souligne Alexandre Tadeia. Pourtant, aucune carrière spécifique n’existe pour cette profession, contrairement à d’autres métiers de sécurité.
« Nous n’avons pas de statut adapté à la réalité du terrain. Soit nous reconnaissons l’importance de ce métier, soit nous continuons à le traiter comme un service commercial, soumis aux aléas du marché privé », ajoute-t-il. Cette absence de cadre juridique solide aggrave la précarité des travailleurs et limite leur engagement sur le long terme.
La logique des appels d’offres publics, qui privilégient systématiquement l’offre la moins chère, est également pointée du doigt. « Comment garantir la sécurité des baigneurs quand les surveillants sont recrutés au rabais, sans formation adéquate ni matériel suffisant ? », s’interroge le responsable. Selon lui, cette approche commerciale est « totalement surréaliste » pour une mission à caractère humanitaire.
« Ce que veulent les Portugais, c’est une sécurité maximale sur les plages : des professionnels formés, bien équipés, motivés et non contraints de cumuler les heures supplémentaires », martèle-t-il.
Une activité qui dépasse le cadre estival
Contrairement aux idées reçues, le métier de nageur-sauveteur ne se limite pas à la saison balnéaire, qui s’étend officiellement du 15 avril au 31 octobre selon les municipalités. De nombreuses plages, notamment sur le littoral atlantique, sont fréquentées toute l’année par des surfeurs, des pêcheurs ou des sportifs.
« Nous avons 700 piscines publiques au Portugal, chacune nécessitant au moins deux nageurs-sauveteurs. Cela représente près de 1 500 professionnels qui pourraient travailler en continu », indique Alexandre Tadeia. Pourtant, rares sont les municipalités à proposer des dispositifs opérationnels hors saison. Seules quelques-unes, comme Lisbonne ou l’Algarve, ont mis en place des services permanents pour attirer et fidéliser les meilleurs éléments.
Cette absence de vision stratégique à long terme prive le secteur d’une main-d’œuvre stable et expérimentée. « Il est urgent de créer un statut spécifique pour les nageurs-sauveteurs, avec des contrats adaptés, des salaires décents et une reconnaissance sociale », plaide le président de la FEPONS. Sans cela, le Portugal continuera de perdre chaque année près de la moitié de ses professionnels formés, malgré l’augmentation constante des effectifs en formation.
Selon l’Agence portugaise de l’environnement (APA), qui publie chaque année un tableau récapitulatif des zones de baignade et de leur qualité d’eau, les 671 sites identifiés au Portugal (523 sur le continent, 88 aux Açores, 60 à Madère) sont censés être surveillés en haute saison. Cependant, l’APA rappelle que « la sécurité dépend d’abord de chacun des baigneurs », qui doivent respecter la signalisation et suivre les instructions des nageurs-sauveteurs en poste.
Sans réforme structurelle, le risque est de voir la situation se dégrader davantage, avec un turnover toujours plus important parmi les professionnels et une couverture des plages de plus en plus aléatoire. Pour Alexandre Tadeia, le temps presse : « Si rien ne change, les plages portugaises pourraient devenir des zones à risque, surtout pendant les pics de fréquentation en juillet et août. »
Les raisons sont multiples : des salaires jugés trop bas, l’absence de perspectives de carrière, la précarité des contrats étudiants qui impactent leurs aides sociales, et un manque de reconnaissance professionnelle. Selon la FEPONS, près de 49 % des formés chaque année ne renouvellent pas leur certification l’année suivante, faute d’incitations suffisantes.
Le problème touche l’ensemble du littoral portugais, avec 523 zones sur le continent, 88 aux Açores et 60 à Madère. Les régions les plus fréquentées, comme l’Algarve ou la région de Lisbonne, sont particulièrement concernées, mais même les zones moins connues peinent à attirer des professionnels qualifiés.