Le Portugal vient d’accueillir son premier sanctuaire européen dédié aux éléphants, une initiative inédite pour offrir une retraite à vie aux pachydermes issus des cirques et des zoos. Selon Courrier International, l’ouverture de ce refuge, situé en Alentejo, marque une étape symbolique dans la protection des animaux sauvages en Europe, alors que la plupart des pays du continent ont déjà interdit les spectacles avec des animaux sauvages.
Le sanctuaire, créé par l’association britannique Pangea Trust, s’étend sur 402 hectares de collines et de chênaies, entre Vila Viçosa et Alandroal, dans le sud du pays. Il a officiellement ouvert ses portes avec sa première pensionnaire : Julie, une éléphante femelle originaire d’Afrique australe, âgée d’environ quarante ans. Après des décennies passées sous les chapiteaux du Cirque Victor Hugo Cardinali, elle entame désormais une nouvelle existence loin des spectacles.
Ce qu'il faut retenir
- Le Portugal accueille le premier sanctuaire européen pour éléphants, géré par Pangea Trust, sur 402 hectares en Alentejo.
- Julie, dernière éléphante de cirque du Portugal, est la première résidente du site après près de quarante ans sous chapiteau.
- Le sanctuaire, financé par des fonds privés, accueillera jusqu’à trente éléphants issus de cirques ou de zoos.
- Ouvert uniquement aux chercheurs, donateurs et habitants à certaines périodes, il exclut le grand public pour préserver la tranquillité des animaux.
Une retraite pour Julie, dernier éléphant de cirque du Portugal
Julie, transférée depuis le Cirque Victor Hugo Cardinali, a découvert son nouveau territoire avec prudence. Dès l’ouverture des barrières, elle s’est dirigée vers une mare de boue où elle s’est longuement roulée, un comportement naturel pour les éléphants qui leur permet de se protéger des rayons du soleil et de réguler leur température. « Son adaptation a été incroyable », a déclaré Kate Moore, directrice générale de Pangea Trust. « La boue est essentielle pour leur bien-être. »
Jusqu’à son arrivée au sanctuaire, Julie vivait seule après le décès de sa compagne en 2024. Son transfert a été organisé en accord avec le cirque, qui continue de suivre sa transition. D’ici quelques mois, une autre femelle, Kariba – actuellement hébergée dans un zoo belge –, devrait la rejoindre, marquant ainsi les débuts d’une communauté pour ces animaux souvent isolés dans des structures inadaptées.
Un projet sans précédent en Europe
Ce sanctuaire est le premier en Europe à offrir une capacité d’accueil aussi importante, avec une vocation claire : offrir une retraite à vie aux éléphants issus de milieux contraignants. Jusqu’à trente pachydermes pourraient y être accueillis à terme, un chiffre qui dépasse largement les capacités des refuges existants sur le continent. Selon Courrier International, ce projet s’inscrit dans la continuité des interdictions progressives des animaux sauvages dans les cirques portugais, une mesure entrée en vigueur ces dernières années.
Le site, entièrement financé par des dons privés, ne sera pas accessible au grand public. Seules quelques journées seront réservées aux habitants locaux, aux donateurs et aux chercheurs, afin de limiter les perturbations pour les animaux. Une attention particulière sera portée à leur tranquillité, un critère essentiel pour leur réadaptation après des années de captivité ou de vie itinérante.
« Julie, après des décennies passées à suivre les hommes, apprend enfin à choisir son propre chemin. » — Kate Moore, directrice générale de Pangea Trust
Un symbole culturel et artistique
Pour marquer l’arrivée de Julie, l’artiste portugaise Joana Vasconcelos, ambassadrice du projet, lui a offert une couverture en tricot multicolore. « Chaque nouvel arrivant recevra sa propre couverture unique », a-t-elle précisé. Ce geste illustre l’ancrage du sanctuaire dans la culture locale, tout en soulignant l’importance accordée au bien-être individuel des animaux.
Le projet s’inscrit également dans une dynamique européenne plus large. Alors que plusieurs pays, dont la Belgique, les Pays-Bas ou la France, ont déjà interdit les animaux sauvages dans les cirques, le Portugal se positionne comme un acteur clé dans la protection de ces espèces. Le sanctuaire pourrait ainsi servir de modèle pour d’autres initiatives similaires sur le continent.
Un enjeu environnemental et éthique
Ce sanctuaire ne se limite pas à offrir un toit aux éléphants. Il incarne une remise en question des pratiques passées, où les animaux étaient souvent réduits à leur valeur spectaculaire. En leur offrant un espace adapté, avec des forêts, des points d’eau et une vie sociale, le projet s’inscrit dans une logique de réparation éthique. Selon les experts, ces conditions sont essentielles pour permettre aux éléphants de retrouver des comportements naturels, après des années de stress et de contraintes.
Pour Julie, cette nouvelle vie représente une liberté inédite. Après avoir passé sa vie à suivre les déplacements des hommes, elle peut désormais choisir ses propres parcours, sans horaires ni obligations. Une transition qui, pour les défenseurs des animaux, symbolise un changement de paradigme dans la relation entre l’homme et les espèces sauvages.
Alors que l’Europe compte encore des dizaines d’éléphants en captivité, ce sanctuaire portugais pourrait bien devenir une référence. Son succès dépendra cependant de sa capacité à attirer des financements supplémentaires et à convaincre d’autres structures de rejoindre ce modèle de retraite éthique.
Le site a été conçu pour offrir un environnement calme et sécurisé aux éléphants. L’ouverture au grand public pourrait perturber leur adaptation et leur bien-être, raison pour laquelle seules quelques journées sont réservées aux habitants, donateurs et chercheurs, afin de limiter les interactions.