Depuis la pandémie de Covid-19, la poterie a connu un essor sans précédent en France. Ce loisir créatif, souvent perçu comme inoffensif, suscite désormais des interrogations parmi les professionnels du secteur. Selon Reporterre, certains céramistes alertent sur les risques sanitaires liés aux émaux utilisés, qui peuvent contenir des métaux lourds.

Ce qu'il faut retenir

  • La poterie, en plein essor depuis 2020, expose parfois à des métaux lourds via les émaux utilisés.
  • Des céramistes professionnelles mettent en place des mesures de protection dans leurs ateliers.
  • Ces artisans espèrent une prise de conscience du milieu et des autorités sanitaires.
  • Les émaux à base de plomb ou de cadmium sont particulièrement pointés du doigt.
  • Certains pays, comme les États-Unis, ont déjà encadré l'utilisation de ces substances.

Un phénomène en plein essor, mais des risques sous-estimés

La céramique attire de plus en plus d’adeptes en France. D’après les données disponibles, les ventes de kits de poterie ont augmenté de plus de 40 % entre 2020 et 2023. Pourtant, derrière cette pratique apparente de simplicité – de la terre, de l’eau et un four – se cachent des risques pour la santé. « Certains émaux contiennent des métaux lourds comme le plomb ou le cadmium, des substances toxiques reconnues », précise une céramiste interrogée par Reporterre.

Ces métaux, une fois inhalés ou ingérés, peuvent s’accumuler dans l’organisme et provoquer des intoxications chroniques. Les symptômes incluent des troubles neurologiques, des problèmes rénaux ou encore des risques accrus de cancer. « On ne pense pas toujours aux précautions nécessaires, car on associe la poterie à quelque chose de naturel », ajoute-t-elle.

Des mesures de protection mises en place par les professionnels

Face à ce constat, certaines céramistes ont décidé de réagir. Dans leurs ateliers, elles portent désormais des masques FFP2, utilisent des systèmes de ventilation renforcée et privilégient des émaux labellisés « sans métaux lourds ». « Depuis un an, j’ai complètement revu mon protocole de travail. Je ne prends plus de risques inutiles », témoigne une professionnelle basée en Bretagne.

Ces initiatives restent cependant isolées. « Beaucoup de débutants ne sont pas informés des dangers. Ils achètent des émaux bon marché sans vérifier leur composition », explique une autre céramiste, membre d’une association professionnelle. Elle souligne aussi l’absence de réglementation spécifique en France sur ce sujet, contrairement à d’autres pays comme les États-Unis, où certains émaux sont interdits à la vente pour le grand public.

« On a besoin d’un cadre légal pour protéger à la fois les professionnels et les amateurs. » — Une céramiste anonyme, interviewée par Reporterre

Vers une prise de conscience collective ?

Les professionnels du secteur espèrent désormais une mobilisation plus large. « Ce n’est pas une question de diaboliser la poterie, mais de sensibiliser les gens aux bonnes pratiques », indique une représentante d’une fédération de céramistes. Elle rappelle que des alternatives existent, comme les émaux à base de zirconium ou de titane, moins toxiques.

Certains magasins spécialisés commencent à afficher des mises en garde sur leurs produits. « On voit une évolution, mais c’est encore trop timide », constate un artisan basé en région lyonnaise. Il ajoute que les écoles de céramique, où se forment les nouveaux talents, devraient intégrer systématiquement des modules sur la sécurité chimique.

Et maintenant ?

Une proposition de loi visant à encadrer l’utilisation des émaux dans les ateliers amateurs et professionnels pourrait être déposée d’ici la fin de l’année 2026. En attendant, les associations de céramistes prévoient d’organiser des campagnes de sensibilisation dans les prochains mois. Reste à voir si les autorités sanitaires prendront le relais pour imposer des normes strictes.

Cette affaire soulève plus largement la question de la sécurité dans les loisirs créatifs. Avec l’engouement croissant pour les activités manuelles, la vigilance s’impose pour éviter que des pratiques saines ne deviennent des sources de danger.

Les émaux contenant du plomb ou du cadmium sont les plus préoccupants. Le plomb peut provoquer des intoxications chroniques, notamment chez les enfants, tandis que le cadmium est classé comme cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé.