Alors que sort ce mercredi 3 juin 2026 le film « La Bataille de Gaulle : l’âge de fer », premier volet d’un nouveau biopic consacré au général Charles de Gaulle, Franceinfo – Culture s’interroge sur la persistance de cette figure historique dans l’imaginaire collectif et politique français. Selon les propos tenus par l’historien Jean Garrigues, invité de la Matinale de Franceinfo, le fondateur de la Ve République incarne toujours une référence intemporelle pour les responsables politiques, malgré les 56 ans écoulés depuis sa mort.
Avec Simon Abkarian dans le rôle-titre et Antonin Baudry à la réalisation, ce long-métrage s’ajoute à une longue liste de productions culturelles rendant hommage au militaire et homme d’État. Mais au-delà du cinéma, de Gaulle continue de fasciner les dirigeants actuels : du ministre Sébastien Lecornu à l’ancienne Première ministre Édouard Philippe, en passant par Jean-Luc Mélenchon, Bruno Retailleau ou encore Marine Le Pen, tous se revendiquent « gaullistes ». Une telle pérennité interroge. Jean Garrigues y voit une manifestation de la grandeur et de la rupture incarnées par de Gaulle, des valeurs qu’il juge aujourd’hui perdues dans le paysage politique contemporain.
Ce qu'il faut retenir
- Le film « La Bataille de Gaulle : l’âge de fer », premier volet d’un biopic réalisé par Antonin Baudry avec Simon Abkarian dans le rôle principal, sort en salles le 3 juin 2026.
- Selon l’historien Jean Garrigues, de Gaulle reste le « père fondateur » et le « dernier héros » de l’histoire contemporaine française, une figure dont l’héritage est régulièrement invoqué par les responsables politiques actuels.
- Des personnalités comme Sébastien Lecornu, Édouard Philippe, Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen se réclament du gaullisme dans leurs discours, illustrant l’influence persistante de cette idéologie.
- André Malraux aurait déclaré après la mort de De Gaulle : « Après lui, il n’y aura plus rien », soulignant l’ampleur du vide politique laissé par le fondateur de la Ve République.
Un héros fondateur et un sauveur controversé
Pour Jean Garrigues, de Gaulle occupe une place unique dans l’histoire française en tant que « père fondateur » de la Ve République. « C’est le dernier héros de notre histoire contemporaine », a-t-il déclaré à Franceinfo – Culture. Son image est indissociable de celle du sauveur, notamment lors de l’appel du 18 juin 1940, où il incarne la résistance face à l’Occupation allemande. Une autre séquence, plus controversée, renforce ce mythe : son retour au pouvoir en 1958, alors que la IVe République s’enlise dans la guerre d’Algérie. « Il nous sauve de la IVe République », rappelle l’historien, même si son action pour résoudre le conflit algérien a demandé quatre années supplémentaires.
Cette dualité entre sauveur et fondateur structure la mémoire collective autour de de Gaulle. Pourtant, Jean Garrigues insiste sur une dimension moins médiatisée : son humanité. Dans son ouvrage « À la plage avec Charles de Gaulle : L’homme providentiel dans un transat », il souligne que le général, souvent perçu comme une figure solennelle, était aussi un homme marqué par le doute. « Le Général de Gaulle a passé sa vie à douter », précise-t-il, une nuance qui contraste avec l’image d’intransigeance associée à son personnage.
Le gaullisme comme référence politique intemporelle
L’historien rappelle que le gaullisme, loin d’être un simple courant idéologique, représente une « référence de grandeur et de rupture ». Dans un contexte électoral où les candidats doivent « faire rêver les Français », de Gaulle reste le seul dirigeant, selon Garrigues, à avoir su incarner cette dimension prophétique et mobilisatrice depuis les années 1960. Même François Mitterrand, avec son élection en 1981, n’a fait que partiellement écho à cette capacité à cristalliser les espoirs collectifs.
Cette fascination s’étend bien au-delà des cercles politiques traditionnels. Le fait que des personnalités aux orientations opposées, comme l’extrême droite et la gauche radicale, se revendiquent de son héritage, illustre la plasticité du gaullisme. « On est dans une préparation d’élections présidentielles », souligne Jean Garrigues. Dans ce contexte, le recours à de Gaulle permet aux candidats de puiser dans un répertoire symbolique fort, où se mêlent volontarisme, indépendance nationale et vision d’un destin commun. Une stratégie qui, selon l’historien, répond à un besoin de repères dans une époque marquée par l’incertitude.
Une mémoire à renouveler pour les générations futures
Jean Garrigues insiste sur la nécessité de « renouveler la mémoire » de Charles de Gaulle, notamment auprès des jeunes générations. Pour lui, les projets culturels récents, comme le film sorti aujourd’hui ou son propre livre, visent précisément à dépasser les clichés pour révéler un homme complexe. « Le grand public découvre peut-être son héritage », estime-t-il, en soulignant que cette redécouverte est essentielle pour comprendre les fondements de la France contemporaine.
Le gaullisme, en tant qu’idéologie, n’est cependant pas exempt de contradictions. Si de Gaulle a su incarner l’unité nationale face aux crises, son héritage est aussi celui d’un pouvoir fort, centralisé, qui interroge dans une démocratie moderne. « C’est une référence de quelque chose qui s’est perdu », note Garrigues, suggérant que le défi actuel consiste à adapter cet héritage aux enjeux du XXIe siècle sans en trahir l’esprit.
En conclusion, la persistance de Charles de Gaulle dans l’imaginaire politique français révèle moins un culte du passé qu’un besoin de repères. Entre mythe et réalité, son héritage reste un miroir tendu aux défis du présent – et de l’avenir.
Outre le film « La Bataille de Gaulle : l’âge de fer », sorti le 3 juin 2026, on peut citer la bande dessinée « Quai d’Orsay » d’Antonin Baudry, ainsi que l’ouvrage de Jean Garrigues, « À la plage avec Charles de Gaulle : L’homme providentiel dans un transat », qui explore une facette plus intime du général.