Championne du monde en 2024 et double médaillée d’argent aux Mondiaux en 2023 et 2025, Sonita Muluh, Belge d’origine camerounaise, a été victime d’un sabotage délibéré lors des Championnats du monde de powerlifting à Druskininkai, en Lituanie, le mois dernier. Selon RMC Sport, l’un de ses cinq pareurs, chargés d’assurer sa sécurité pendant les essais, a sciemment invalidé son essai décisif en faisant rebondir la barre avec son genou. Résultat : l’essai de 334 kg, qui aurait pu lui permettre de battre un record et de remporter un nouveau titre mondial, a été déclaré invalide.

L’affaire a pris une tournure encore plus grave après que le pareur en question, Ernestas Kusinas, un Lituanien, a reconnu publiquement son acte motivé par le racisme. Dans un commentaire publié sous une analyse de l’incident relayée sur Instagram par le powerlifter américain Joe Sullivan, Kusinas a écrit : « Désolé pour vous, bande d’abrutis. Je suis raciste et je l’ai fait exprès parce que je vous hais, bande de merdes ». Ces propos ont entraîné la suspension à vie de Kusinas par la Fédération lituanienne de powerlifting, qui a condamné un « comportement incompatible avec les valeurs et les standards de notre sport ».

Ce qu'il faut retenir

  • Sonita Muluh, championne du monde 2024 et double médaillée d’argent aux Mondiaux (2023, 2025), a été privée d’un titre mondial à Druskininkai (Lituanie) après un sabotage délibéré lors de son essai décisif.
  • Un de ses pareurs, Ernestas Kusinas, a fait rebondir la barre avec son genou pour invalider un essai de 334 kg, synonyme de record et de titre.
  • Kusinas a reconnu son acte en ligne, motivé par des propos racistes, entraînant sa suspension à vie par la Fédération lituanienne.
  • La Belge, déjà médaillée d’argent aux Jeux mondiaux 2025, a exprimé sa « tristesse » face à cette révélation, après avoir défendu son pareur dans un premier temps.
  • L’incident a été analysé par le powerlifter américain Joe Sullivan, qui a partagé son expertise sur les réseaux sociaux avant que Kusinas ne fasse ses aveux.

Une carrière internationale et une athlète de haut niveau

Sonita Muluh, 28 ans, s’est imposée comme l’une des figures majeures du powerlifting féminin ces dernières années. Championne du monde en 2024 dans la catégorie des super-lourds (+84 kg), elle a également décroché deux médailles d’argent aux Championnats du monde (2023 et 2025) et deux titres européens (2022 et 2025). Médaillée d’argent aux Jeux mondiaux de 2025, elle affichait des ambitions légitimes pour le titre mondial en Lituanie. Pourtant, ce sabotage a réduit à néant ses espoirs de sacre, alors qu’elle visait un record personnel avec un essai à 334 kg. Selon RMC Sport, son entraîneur a protesté auprès du jury, sans succès : l’essai a été invalidé, et aucune nouvelle tentative ne lui a été accordée.

Ce sport, qui s’apparente à de l’haltérophilie mais avec des charges plus lourdes et une amplitude réduite, exige une préparation physique et mentale extrême. Muluh, qui a déjà surmonté de nombreux défis en tant que sportive issue de l’immigration, a vu son parcours une nouvelle fois entaché par des actes discriminatoires. Son parcours, marqué par des performances exceptionnelles, a pourtant souvent été salué pour son exemplarité.

Des aveux racistes qui choquent le monde du powerlifting

C’est sous une publication Instagram du powerlifter américain Joe Sullivan, analysant l’incident technique de l’essai invalidé, que l’affaire a pris une dimension inédite. Dans les commentaires, Ernestas Kusinas a non seulement assumé son acte, mais l’a aussi justifié par des propos racistes. « Je suis raciste et je l’ai fait exprès parce que je vous hais », a-t-il écrit sans ambiguïté. Ces déclarations ont provoqué un tollé dans la communauté sportive, où le racisme reste un fléau persistant.

La Fédération lituanienne de powerlifting a réagi avec fermeté en suspendant Kusinas à vie, qualifiant son comportement de « incompatible avec les valeurs de notre sport ». Cette décision s’inscrit dans un contexte où les fédérations sportives internationales renforcent leurs sanctions contre les actes de discrimination. Le powerlifting, discipline encore peu médiatisée comparée à d’autres sports de force, voit ainsi son image écornée par un cas aussi grave que spectaculaire.

Une championne sous le choc après la révélation des motivations de son pareur

Sonita Muluh a livré son ressenti dans un message publié sur Facebook, exprimant une profonde déception. « Je suis sans voix. J’ai été confrontée au racisme de nombreuses façons, mais jamais de cette manière », a-t-elle écrit. « J’ai défendu cet homme, en espérant qu’il ne reçoive pas de messages de haine, parce que je pensais qu’il s’agissait d’une erreur sincère. Pendant ce temps, je devais gérer la frustration et la douleur d’avoir échoué aux Championnats du monde. Aujourd’hui, lire ces propos venant de cette même personne est tout simplement déchirant. »

Ces mots illustrent le double traumatisme subi par l’athlète : d’abord l’échec sportif causé par un acte délibéré, puis la découverte des motivations racistes derrière ce sabotage. Muluh, qui avait déjà dénoncé à plusieurs reprises les discriminations dans le sport, se retrouve une fois de plus confrontée à une réalité brutale. Son message a suscité une vague de soutien de la part de ses pairs et du public, mais aussi une prise de conscience sur l’ampleur des préjugés dans le milieu sportif.

Et maintenant ?

La suspension à vie d’Ernestas Kusinas marque un tournant dans cette affaire, mais plusieurs questions restent en suspens. La Fédération internationale de powerlifting (IPF) pourrait-elle intervenir pour renforcer les sanctions ou édicter des règles plus strictes contre les discriminations ? Sonita Muluh, de son côté, devrait-elle engager des poursuites civiles ou pénales contre Kusinas, au vu des aveux publics ? Enfin, les Championnats du monde de powerlifting prévus l’année prochaine en Lituanie pourraient-ils faire l’objet de mesures de sécurité renforcées pour éviter de nouveaux incidents ? Autant de sujets qui pourraient être abordés lors des prochaines réunions de la fédération lituanienne et internationale.

Quoi qu’il en soit, cet événement rappelle une fois de plus que le sport, censé être un terrain d’égalité et de dépassement de soi, peut aussi être le théâtre d’actes indignes. Pour Sonita Muluh, la route vers un nouveau titre mondial devra désormais passer par la reconstruction, après ce coup du sort qui restera gravé dans l’histoire du powerlifting.

D’après RMC Sport, le jury a refusé d’accorder une nouvelle tentative à Sonita Muluh, malgré les protestations de son entraîneur. L’essai a été déclaré invalide en raison de l’erreur volontaire du pareur, et la réglementation ne prévoit pas de recours automatique dans ce type de situation. La décision a été maintenue malgré l’analyse technique ultérieure qui a confirmé le sabotage.