La multinationale espagnole Nueva Pescanova a officiellement abandonné, fin juillet 2026, son projet d’élevage intensif de pieuvres à Gran Canaria, dans les îles Canaries. Une décision saluée comme une « victoire historique » par les associations de protection animale, qui dénonçaient depuis 2021 les risques écologiques et éthiques d’un tel projet. Selon BMF - International, cette ferme aquacole aurait dû produire jusqu’à un million de pieuvres par an, dans des bassins situés au port de La Luz à Gran Canaria.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet prévoyait la production annuelle d’un million de pieuvres dans un élevage situé à Gran Canaria, aux îles Canaries.
- Nueva Pescanova a justifié son retrait par des contraintes administratives et des « nouvelles exigences » imposées par la Commission régionale d’évaluation environnementale.
- Les associations dénonçaient un projet jugé cruel pour les animaux, les pieuvres étant des êtres solitaires nécessitant un environnement enrichi pour éviter stress et cannibalisme.
- L’alimentation des pieuvres aurait requis 28 000 tonnes de poissons sauvages par an, menaçant les écosystèmes marins locaux.
- Plus de 43 000 emails ont été envoyés à l’Autorité portuaire de Las Palmas pour faire pression contre le projet.
- Une proposition législative visant à interdire l’élevage intensif de pieuvres en Espagne a été déposée au Congrès en mai 2025.
Dans un communiqué publié le 23 juillet 2026, Nueva Pescanova a indiqué renoncer à ce projet « compte tenu des circonstances survenues au cours de la procédure et face aux nouvelles exigences administratives formulées par la Commission régionale d’évaluation environnementale ». L’entreprise, spécialisée dans les produits de la mer, précise que cette décision relève uniquement de « considérations d’ordre commercial et réglementaire ». Elle n’évoque pas, dans son annonce, l’influence des mobilisations citoyennes et associatives qui ont émaillé ces cinq dernières années.
Le projet, officiellement lancé en mai 2021, avait suscité une opposition massive de la part des scientifiques, des ONG et des citoyens. Ces derniers dénonçaient notamment les conditions de vie imposées aux pieuvres, des animaux réputés solitaires et intelligents, dans des bassins dépourvus d’enrichissement environnemental. « Les chercheurs estimaient que cet environnement allait créer du stress, de l’agressivité et même du cannibalisme chez ces céphalopodes », rappelle BMF - International.
Outre les questions éthiques, l’alimentation de ces pieuvres posait un problème écologique majeur. Pour produire 3 000 tonnes de chair de poulpe par an, il aurait fallu capturer 28 000 tonnes de poissons sauvages, selon un rapport d’associations. Une telle pression sur les ressources marines menaçait directement les écosystèmes locaux et les communautés côtières dépendantes de la pêche.
Parmi les ONG les plus actives, Compassion in World Farming (CIWF) a salué « une victoire majeure ». L’organisation souligne que plus de 43 000 emails ont été adressés à l’Autorité portuaire de Las Palmas pour exhorter les responsables à rejeter le projet. De son côté, PETA a qualifié cet abandon de « victoire historique », rappelant que le projet avait fait l’objet d’une « condamnation internationale » en raison de sa « grande cruauté ».
L’avocate Cristina Ibáñez, représentante de l’ONG AnimaNaturalis, a qualifié cet abandon de « véritable jour de fête » lors d’un rassemblement organisé pour célébrer la nouvelle. « Ce n’est que le début de la fin, car il n’existe aucune interdiction au niveau de l’État espagnol concernant ce type d’aquaculture intensive », a-t-elle déclaré. Les associations espagnoles exigent désormais l’adoption d’une loi nationale pour interdire définitivement les élevages de pieuvres sur le territoire.
Cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large de sensibilisation aux conditions d’élevage des espèces marines. Le Dr. Elena Lara, chercheuse pour CIWF, a insisté sur la nécessité pour les gouvernements « d’aller plus loin en interdisant l’élevage de poulpes et en empêchant l’expansion de l’aquaculture d’espèces carnivores ».
Pour renforcer cette dynamique, l’ONG Intercids Acteurs juridiques engagés en faveur des animaux a déposé, en mai 2025, une proposition législative visant à interdire l’élevage intensif de pieuvres en Espagne. Enregistrée au Congrès, cette proposition est actuellement en attente de traitement. Cristina Ibáñez a lancé un appel urgent aux groupes parlementaires pour qu’ils reprennent ce dossier en main et aboutissent à une interdiction légale.
Cet abandon marque un tournant dans le débat sur l’élevage des espèces marines, notamment des céphalopodes, dont la sensibilité et l’intelligence sont de plus en plus reconnues. Il rappelle aussi l’importance de la pression citoyenne et associative dans les décisions industrielles. Pour les défenseurs des animaux, cette victoire doit désormais être suivie d’actions concrètes pour protéger les océans et leurs habitants.
Les pieuvres sont des animaux solitaires et intelligents, nécessitant un environnement enrichi pour éviter stress, agressivité et cannibalisme. Leur confinement dans des bassins stériles était jugé cruel. De plus, leur alimentation aurait requis la capture de 28 000 tonnes de poissons sauvages par an, menaçant les écosystèmes marins locaux.
Une proposition législative visant à interdire l’élevage intensif de pieuvres en Espagne a été déposée au Congrès en mai 2025. Elle est actuellement en attente de traitement. Les associations appellent les groupes parlementaires à la reprendre rapidement pour aboutir à une interdiction légale.