Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu réunissait ce jeudi 11 juin les principales formations politiques pour évoquer la question des ingérences électorales, La France insoumise (LFI) a transmis un courrier dans lequel elle demande la création d’une « instance de surveillance de la campagne » pour la présidentielle de 2027. Cette structure, selon le mouvement, regrouperait des représentants des candidats afin de les informer en temps réel des opérations d’ingérences identifiées par les services de l’État, d’après BFM – Politique.
Ce qu'il faut retenir
- Une instance de surveillance proposée par LFI pour la présidentielle 2027, réunissant les candidats et informant des ingérences électorales détectées par l’État.
- Le mouvement demande aussi de pénaliser les communications artificielles (bots, IA) et d’interdire le micro-ciblage politique basé sur le profilage de données personnelles.
- LFI propose la création d’une Haute Autorité Électorale pour sécuriser les processus électoraux et coordonner les administrations compétentes.
- Un projet de loi contre les ingérences étrangères, notamment russes, est en préparation, avec des millions de faux comptes achetés en période électorale.
- Le parquet de Paris a ouvert une enquête fin mai sur une possible ingérence israélienne visant des candidats de LFI aux municipales de 2020.
LFI milite pour une transparence accrue face aux risques d’ingérences
Dans ce courrier adressé à Sébastien Lecornu, La France insoumise insiste sur la nécessité de lutter contre les ingérences électorales, qu’elles proviennent d’acteurs étrangers ou de manipulations internes. « Cette instance réunirait des représentants des candidats à l’élection présidentielle de 2027, afin de pouvoir les informer des opérations d’ingérences électorales identifiées par les services de l’État », précise le texte transmis lors de la réunion à Matignon. BFM – Politique révèle que ce courrier devait être remis au Premier ministre en marge de cette rencontre.
Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a expliqué à la presse que le mouvement avait également remis « un certain nombre de propositions » pour faire évoluer le cadre législatif. « Nous sommes prêts à venir en discuter, car il me semble que cela doit être un sujet d’intérêt national, indépendamment des intérêts partisans », a-t-il souligné, insistant sur la volonté de garantir « une élection qui permette aux Français de choisir librement leur avenir ».
Des mesures radicales contre les manipulations numériques
Outre la création de cette instance, LFI propose plusieurs mesures pour encadrer les campagnes électorales. Le mouvement demande notamment de « pénaliser les ingérences électorales reposant sur des communications artificielles », comme les bots ou l’intelligence artificielle. Il réclame aussi l’interdiction du « ciblage et du micro-ciblage politique », c’est-à-dire l’interdiction, pendant la période électorale, de toute sélection et diffusion de messages politiques fondés sur le profilage de données personnelles.
Une autre proposition phare consiste en la création d’une « Haute Autorité Électorale », chargée d’organiser et de sécuriser les processus électoraux en France. « Elle permettrait une meilleure coordination des administrations compétentes », assure LFI, qui y voit un moyen de renforcer la confiance dans le système démocratique.
Des doutes sur la volonté gouvernementale à combattre les ingérences étrangères
Dans son courrier, La France insoumise émet des réserves quant à la détermination du gouvernement à lutter contre les ingérences étrangères, notamment lorsqu’elles visent des opposants politiques. « Pourtant, la condition indispensable à ce combat est qu’il puisse être mené en dehors de tout intérêt partisan », écrit le mouvement. Une critique qui s’inscrit dans un contexte où plusieurs affaires d’ingérences ont déjà défrayé la chronique, comme celle impliquant une entreprise israélienne lors des municipales de 2020.
Le parquet de Paris a d’ailleurs ouvert fin mai une enquête sur une possible ingérence israélienne visant trois candidats de LFI : Sébastien Delogu (Marseille), François Piquemal (Toulouse) et David Guiraud (Roubaix). Le service Viginum, chargé de lutter contre les manipulations en ligne, avait alerté sur une « campagne malveillante, impliquant un acteur localisé à l’étranger, (qui) est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ».
Un projet de loi en préparation, ciblant notamment la Russie
Face à ces enjeux, un projet de loi contre les ingérences étrangères est en préparation. Emmanuel Macron avait déjà évoqué ce sujet en avril, pointant du doigt la Russie, accusée d’acheter massivement, en période électorale, des millions de faux comptes sur les réseaux sociaux. Cette initiative législative s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer la résilience démocratique française face aux tentatives de déstabilisation.
La réunion organisée à Matignon ce 11 juin avait précisément pour objectif de faire le point sur les ingérences passées et d’identifier les risques pour les prochains scrutins, à commencer par la présidentielle de 2027. Deux élections pourraient en effet se tenir la même année : la présidentielle et les législatives. « La transparence sur les ingérences passées et l’identification des risques futurs sont essentielles pour garantir l’intégrité du processus électoral », rappelle BFM – Politique.
Reste à voir si ces initiatives suffiront à prémunir le pays contre les manipulations électorales, dans un contexte où les menaces numériques et les ingérences étrangères se multiplient. Une chose est sûre : la question de la protection de l’intégrité démocratique s’impose désormais comme un enjeu central pour les prochaines années.
Une ingérence électorale désigne toute tentative de manipuler ou de fausser le processus électoral, que ce soit par le biais de désinformation, de cyberattaques, de campagnes de désinformation ou de financements illégaux. Cela peut inclure l’utilisation de faux comptes sur les réseaux sociaux, la diffusion de fausses informations ou l’interférence d’acteurs étrangers dans le but d’influencer le vote.
Un projet de loi contre les ingérences étrangères est en préparation et devrait être présenté en conseil des ministres d’ici la fin de l’année 2026. Parallèlement, une commission d’enquête parlementaire, dont les conclusions sont attendues pour l’automne, pourrait proposer des mesures complémentaires. Les discussions entre le gouvernement et les partis politiques, comme celle organisée aujourd’hui à Matignon, devraient préciser le contenu de ce texte.