À moins d’un an du scrutin, l’ancien socle électoral d’Emmanuel Macron se fissure. Selon une étude publiée ce 29 mai par la Fondation Jean-Jaurès, relayée par BFM – Politique, seuls **35 %** des électeurs qui avaient soutenu le président sortant en 2022 restent fidèles au bloc centriste en vue de l’élection de 2027. Le reste se disperse entre la droite, la gauche ou l’abstention, illustrant une recomposition profonde de l’échiquier politique français.
Cette enquête, menée en partenariat avec l’Ipsos, le Monde et le Cevipof auprès de plus de 11 000 personnes en avril 2026, révèle une fragmentation inédite de l’électorat macroniste. Une tendance qui pourrait redessiner la stratégie des candidats du camp présidentiel pour le prochain scrutin.
Ce qu'il faut retenir
- 35 % des électeurs d’Emmanuel Macron en 2022 restent attachés au bloc centriste, contre 27 % attirés par la droite, 23 % par la gauche et 15 % désabusés.
- Parmi les « héritiers » du centre, seulement 34,5 % voteraient pour Horizons (Édouard Philippe) et 32,5 % pour Renaissance (Gabriel Attal), tous deux en concurrence pour incarner la suite du macronisme.
- 57 % des fidèles du bloc central réclament des « réformes profondes » de la société, remettant en cause la stratégie du « rempart » contre l’extrême droite.
- Chez les « tentés par la droite », 70 % estiment qu’il y a « trop d’immigrés en France », tandis que les « tentés par la gauche » placent l’écologie en tête de leurs priorités (59 %).
Un électorat d’Emmanuel Macron divisé en quatre camps
En 2022, Emmanuel Macron avait remporté un second mandat en siphonnant les voix de la gauche modérée et de la droite républicaine dès le premier tour. Anne Hidalgo (Parti socialiste) et Valérie Pécresse (Les Républicains) avaient alors obtenu des scores historiquement bas, avec respectivement 1,74 % et 4,79 % des suffrages.
Cinq ans plus tard, ce socle s’effrite. L’étude de la Fondation Jean-Jaurès distingue quatre groupes parmi les anciens électeurs macronistes : les « héritiers » du bloc centriste (35 %), les « tentés par la droite » (27 %), les « tentés par la gauche » (23 %) et les « désabusés » (15 %). Une répartition qui reflète les tensions internes au macronisme et l’absence d’un projet fédérateur clair pour 2027.
Entre Édouard Philippe et Gabriel Attal, une compétition ouverte
Parmi les « héritiers », le choix entre Édouard Philippe (Horizons) et Gabriel Attal (Renaissance) reste incertain. Si les deux anciens Premiers ministres se positionnent comme les héritiers du macronisme, leurs bases électorales divergent. Selon l’étude, Philippe devance Attal dans les quatre groupes identifiés lorsque les électeurs sont interrogés sur leur niveau de satisfaction en cas de victoire finale.
Cette rivalité pourrait s’accentuer d’ici début 2027. Les deux candidats pourraient en effet convenir d’un retrait stratégique si les sondages laissent entrevoir un duel entre le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) au second tour. Une hypothèse que la Fondation Jean-Jaurès présente comme un « risque » pour le bloc centriste, traditionnellement perçu comme un rempart contre l’extrême droite.
« La stratégie du rempart – voter centriste pour faire barrage au RN ou à Jean-Luc Mélenchon – ne suffit plus, y compris dans ce noyau dur. »
Antoine Bristielle, auteur de l’étude et directeur de l’Observatoire de l’opinion à la Fondation Jean-Jaurès
Des priorités divergentes selon les segments de l’ex-électorat
Les motivations des anciens électeurs de Macron varient fortement selon leur orientation politique actuelle. Les « tentés par la droite » placent la maîtrise de l’immigration au cœur de leur vote : 67 % jugent ce sujet « déterminant », et 70 % estiment qu’il y a « trop d’immigrés en France ». Un positionnement qui les rapproche des thèmes portés par la droite traditionnelle, voire par l’extrême droite.
À l’inverse, les « tentés par la gauche » sont majoritairement urbains et diplômés, avec une sensibilité marquée pour les enjeux écologiques. Près de 59 % d’entre eux placent la préservation de l’environnement parmi leurs priorités, reflétant une sensibilité aux thèmes portés par la gauche écologiste.
Enfin, les « désabusés » expriment un mécontentement vis-à-vis du bilan d’Emmanuel Macron : 51 % se déclarent insatisfaits, un chiffre qui illustre la défiance croissante envers le pouvoir sortant, malgré une popularité personnelle du président encore solide.
Une exigence de réformes qui dépasse le clivage droite-gauche
Même parmi les « héritiers » du bloc centriste, une majorité réclame des changements structurels. 57 % des fidèles au centre estiment qu’il faut « réformer la société française en profondeur ». Une demande qui transcende le simple clivage politique et pourrait forcer les candidats à proposer des mesures audacieuses pour reconquérir cet électorat.
Cette quête de renouveau s’inscrit dans un contexte où le macronisme, autrefois présenté comme un mouvement « ni de droite ni de gauche », peine à incarner une identité claire. Les divisions internes, couplées à l’usure du pouvoir, rendent la tâche difficile pour les successeurs potentiels d’Emmanuel Macron.
En attendant, l’étude de la Fondation Jean-Jaurès rappelle que la recomposition de l’électorat français n’est pas terminée. Les électeurs, autrefois captifs du macronisme, semblent désormais en quête d’un projet politique plus ambitieux, quitte à bousculer les équilibres traditionnels.
L’étude de la Fondation Jean-Jaurès porte sur l’évolution de l’électorat d’Emmanuel Macron entre 2022 et 2026, en particulier sur les quatre segments identifiés : les « héritiers » du bloc centriste (Renaissance et Horizons), les « tentés par la droite » (LR, RN ou Reconquête !), les « tentés par la gauche » (PS, LFI, écologistes) et les « désabusés » (abstention ou rejet des partis traditionnels).
Le premier tour de l’élection présidentielle française est prévu au printemps 2027. La date exacte sera fixée par le Conseil constitutionnel en application de la Constitution, généralement entre avril et mai.