Alors que l’élection présidentielle de 2027 s’annonce déjà comme un scrutin déterminant pour le paysage politique français, les tensions internes au Rassemblement national (RN) sur les orientations économiques du parti, et plus particulièrement sur la question des retraites, ont été mises en lumière lors d’une interview télévisée diffusée ce mercredi 3 juin 2026 sur France 2. Selon Franceinfo - Politique, Louis Aliot, maire de Perpignan et vice-président du RN, a réaffirmé que le parti maintenait sa réforme des retraites adoptée en 2022, tout en laissant entendre que le candidat du parti à l’élection présidentielle pourrait en revanche porter un projet distinct.

Ce qu'il faut retenir

  • Louis Aliot, vice-président du RN, confirme que la réforme des retraites de 2022 « reste sur la table », malgré les déclarations de Jordan Bardella remettant en cause l’âge légal de départ.
  • Jordan Bardella, s’il est le candidat du RN en 2027, « aura son propre programme et sa vision des choses », selon Louis Aliot, écartant ainsi toute idée de verticalité absolue au sein du parti.
  • Sur la question des violences post-match du PSG, Aliot critique la réponse judiciaire et policière, soulignant que les émeutiers arrêtés n’ont « dormi en prison » hier soir.
  • Il se prononce en faveur de la création de centres de rétention à l’étranger pour les étrangers en situation irrégulière, à condition que les lois françaises soient modifiées en conséquence.
  • Louis Aliot évoque le procès de Marine Le Pen prévu le 7 juillet, tout en réaffirmant qu’elle reste une figure centrale du RN, même en cas de candidature de Bardella.

Une réforme des retraites toujours défendue, mais sous conditions

Invité des « 4 Vérités » sur France 2, Louis Aliot a été interrogé sur les déclarations récentes de Jordan Bardella concernant la réforme des retraites. Ce dernier avait estimé que « l’âge légal de départ ne veut rien dire » et qu’il faudrait plutôt « parler en années de cotisations ». Une position qui semble s’écarter de la ligne historique du RN, traditionnellement attachée à un âge légal de départ fixé à 60 ou 62 ans. Pourtant, Louis Aliot a tenu à rappeler que « rien n’est abandonné » et que la réforme de 2022 « reste sur la table ». « Le projet du RN restera le même qu’en 2022 », a-t-il insisté, tout en précisant que la réflexion doit aussi porter sur « les conditions d’entrée sur le marché du travail et de sortie », ainsi que sur « les cotisations retraite et l’âge ».

« Ce n’est pas un tabou sur l’âge de départ à la retraite. Mais ce qui est important dans la réforme, c’est à la fois la progressivité, sur l’âge et sur les cotisations. »
— Louis Aliot, vice-président du RN

Interrogé sur la possibilité d’abandonner la référence à l’âge légal de départ, Louis Aliot a répondu de manière évasive : « Je n’en sais rien, on verra bien l’élection présidentielle. Le contexte de 2022 ne sera pas celui de 2027. » Il a également réfuté l’idée d’une divergence majeure au sein du RN, affirmant que « ce n’est pas une divergence de vues », mais plutôt une adaptation nécessaire au contexte politique et budgétaire du pays.

Jordan Bardella pourrait-il porter un programme distinct ?

La question de l’autonomie du candidat du RN par rapport au parti a été au cœur de l’interview. Louis Aliot a clairement indiqué que « si Jordan Bardella est candidat, il aura son propre programme et sa vision des choses ». Une déclaration qui contraste avec l’image traditionnelle d’un parti souvent perçu comme très centralisé. « On n’est pas un parti stalinien », a-t-il souligné, rappelant que Marine Le Pen elle-même avait développé des idées différentes de celles du Front national lors de sa candidature en 2017 et 2022. « Le candidat porte un projet qui, quelquefois, n’est pas nécessairement à la lettre celui du parti politique », a-t-il expliqué.

Cette prise de position intervient dans un contexte où les sondages placent désormais Jordan Bardella devant Marine Le Pen, malgré le droit de cette dernière de se présenter. Aliot a cependant refusé de trancher sur la question de savoir si Marine Le Pen devrait céder sa place à Bardella, soulignant simplement que « si Marine Le Pen a le droit de se présenter, elle se présentera » et que « c’est un binôme avant l’élection ».

Réponse aux violences post-match du PSG : une justice trop clémente selon Aliot

Louis Aliot a également critiqué la réponse judiciaire et policière aux violences qui ont suivi la victoire du PSG en finale de Coupe de France. « Monsieur Macron a dit : *On en a ras le bol et c’est définitif, on va être impitoyable.* Hier soir, aucun de ceux qui ont été arrêtés par la police n’a dormi en prison », a-t-il déploré. Pour lui, ce signal est « très mauvais » et envoie un message ambigu aux émeutiers : « Ça veut dire que, désormais, dans ce genre d’émeutes post-match de football, vous pouvez aller casser, il ne vous arrivera rien puisque la justice vous remet la liberté. »

Il a par ailleurs pointé du doigt une partie de la magistrature, estimant que « si la police arrête des gens, elle ne les arrête pas par hasard. Et si ensuite des juges remettent en liberté, pourtant des gens très dangereux, qui ont agressé des policiers, on a un problème très certainement avec une certaine magistrature ». Une critique qui s’inscrit dans un débat récurrent sur l’efficacité de la réponse pénale face à la récidive.

Immigration et centres de rétention à l’étranger : une mesure saluée, mais sous conditions

Interrogé sur la proposition européenne visant à permettre aux États de créer des centres de rétention à l’étranger pour les étrangers en situation irrégulière, Louis Aliot s’est montré favorable à cette idée, tout en émettant des réserves. « L’idée est bonne, mais maintenant je demande à voir quel pays va pouvoir accueillir [ces centres], comment ce sera financé, et surtout, avec les procédures judiciaires complexes, notamment sur le droit des étrangers », a-t-il déclaré. Il a cité l’exemple de l’Italie, où ce type de dispositifs a coûté « beaucoup d’argent public » sans pour autant donner de résultats concluants en raison des recours juridiques.

« Je souhaite [que la France le fasse], mais il va falloir modifier les lois. Parce que si vous avez des lois qui permettent aux étrangers de ne pas aller dans ces hubs, ce n’est pas la peine de les créer », a-t-il ajouté. Aliot a précisé que ces centres devraient être implantés dans des pays « qui nous fournissent de l’immigration », mais sans préciser lesquels. Pour lui, cette mesure ne suffira cependant pas à résoudre le problème de l’immigration irrégulière, qui passe aussi par une « réforme du droit des étrangers » pour faciliter les expulsions.

Marine Le Pen, Jordan Bardella et l’avenir du RN

Alors que Marine Le Pen doit connaître son sort judiciaire le 7 juillet, Louis Aliot a réaffirmé son soutien à la figure historique du RN, tout en laissant entendre que son rôle resterait central, même en cas de candidature de Jordan Bardella. « Marine Le Pen ne va pas disparaître de la scène politique. Elle sera toujours là, une voix écoutée en France », a-t-il déclaré. Interrogé sur la possibilité que Marine Le Pen devienne Première ministre en cas de victoire de Bardella, Aliot a répondu de manière évasive : « Elle sera dans le débat public et au cœur de l’activité [du RN]. »

Sur le plan personnel, Louis Aliot, qui fait l’objet d’un pourvoi en cassation dans une affaire liée aux assistants parlementaires, a minimisé les risques pour ses mandats locaux. « Une fois que les voies de droit sont épuisées, eh bien on changera les choses. Mais je me refuse à croire, alors que je viens d’être réélu au premier tour à Perpignan, que pour cette affaire des assistants parlementaires, on me prive de la gestion de ces collectivités », a-t-il affirmé. Une déclaration qui montre que le vice-président du RN reste déterminé à poursuivre son engagement politique malgré les procédures judiciaires en cours.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour le Rassemblement national, alors que les divergences sur le programme économique et les tensions internes pourraient influencer la stratégie du parti pour 2027. La décision de Jordan Bardella de se porter candidat, si elle est officialisée, pourrait redéfinir l’équilibre des forces au sein du RN. Par ailleurs, les conclusions du procès de Marine Le Pen en juillet pourraient également jouer un rôle clé dans la dynamique du parti. Enfin, la question de la réforme des retraites et des centres de rétention à l’étranger devrait rester au cœur des débats politiques, alors que l’immigration et la sécurité figurent parmi les priorités des Français.

Dans ce contexte, le RN devra clarifier sa ligne, notamment sur les retraites, alors que l’opinion publique attend des propositions concrètes et cohérentes. La capacité du parti à présenter un front uni, malgré les divergences internes, sera déterminante pour son avenir électoral.

Jordan Bardella a estimé que « l’âge légal de départ ne veut rien dire » et qu’il faudrait plutôt « parler en années de cotisations ». Cette position s’inscrit dans une volonté de moderniser le débat sur les retraites, en mettant l’accent sur la durée de cotisation plutôt que sur un âge fixe. Cependant, cette prise de position semble s’écarter de la ligne historique du RN, traditionnellement attaché à un âge légal de départ à 60 ou 62 ans, selon les réformes proposées.