Le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a rouvert ce jeudi le dossier de l’annulation de la dette publique française détenue par la Banque centrale européenne (BCE), en citant une tribune signée en septembre 2020 par Raphaël Glucksmann, alors cofondateur de Place publique et candidat à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Selon nos confrères de 20 Minutes - Politique, Mélenchon a interpellé l’eurodéputé sur le réseau X en ces termes : « Annulation de la dette : je demande l’implication dans le débat de ceux qui l’ont demandée dans un passé récent ».
Cette proposition, alors portée par Glucksmann et plusieurs économistes, visait à « annuler la dette détenue par la Banque centrale européenne » pour redonner aux États une marge de manœuvre budgétaire après la crise du Covid-19. Six ans plus tard, alors que Mélenchon relance le débat à l’aube de la présidentielle de 2027, la mesure reste au cœur des tensions politiques et économiques.
Ce qu'il faut retenir
- En septembre 2020, Raphaël Glucksmann et des économistes plaidaient pour l’annulation de la dette détenue par la BCE, jugée « indispensable » pour relancer l’économie après le Covid-19.
- Ce jeudi, Jean-Luc Mélenchon a cité cette tribune pour interpeller Glucksmann, alors que lui-même propose d’effacer une partie de la dette publique française.
- Aurore Lalucq, coprésidente de Place publique, a répondu que l’annulation de la dette « n’était pas le bon moment » en période d’inflation et de surveillance accrue des dettes publiques.
- Glucksmann et Mélenchon s’opposent sur la méthode : le premier privilégie une « dette commune européenne », tandis que le second mise sur une action unilatérale de la France avec des alliés.
- Mélenchon assure que, s’il est élu en 2027, il trouvera des partenaires pour mettre en œuvre sa proposition, malgré l’absence de majorité politique européenne.
Un dossier relancé par Mélenchon dans le débat présidentiel
Jean-Luc Mélenchon a fait de la dette publique un sujet central de sa campagne, proposant de « foutre au feu » une partie de la dette française. Cette prise de position a suscité de vives réactions, y compris au sein de la gauche. Aurore Lalucq, eurodéputée et coprésidente de Place publique, a réagi sur X en affirmant n’avoir « aucun tabou » sur le sujet, mais en soulignant que « ce n’est pas le bon moment » pour une telle mesure.
Selon elle, une annulation unilatérale de la dette par la France pourrait fragiliser la confiance des créanciers et des partenaires européens. Elle a également rappelé que cette idée ne bénéficiait d’aucune majorité politique au niveau européen, tout en rappelant que sa formation prônait une « dette commune » pour financer des investissements communs et renforcer le rôle international de l’euro.
Glucksmann et Mélenchon s’affrontent sur la méthode et le calendrier
La réponse d’Aurore Lalucq a mis en lumière les divergences entre les deux figures de la gauche. Glucksmann, qui avait soutenu en 2020 l’annulation de la dette, semble aujourd’hui adopter une position plus prudente, invoquant notamment les risques liés à l’inflation et à la surveillance des marchés. Mélenchon, lui, maintient sa proposition et assure qu’il saura trouver des alliés en Europe pour la mettre en œuvre en cas de victoire en 2027.
Dans son message sur X, Mélenchon a rétorqué : « Nous ne proposons pas d’agir seul pour cette annulation de la dette auprès de la BCE. Nous la proposons à nos partenaires. » Une manière de rappeler que sa proposition s’inscrit dans une logique européenne, même si les modalités restent floues.
« Une telle décision prise par la France seule – enfin, si elle le pouvait ! – aurait nécessairement des conséquences sur la confiance de ses créanciers et de ses partenaires européens. »
Aurore Lalucq, eurodéputée et coprésidente de Place publique
Un débat qui dépasse les clivages traditionnels
Ce échange illustre les tensions au sein de la gauche française, où les questions économiques divisent autant qu’elles fédèrent. Alors que Glucksmann et Place publique prônent une approche européenne et collective, Mélenchon et LFI misent sur une action radicale, quitte à bousculer les règles établies. Ce débat s’inscrit dans un contexte plus large, où la question de la dette et de la souveraineté budgétaire revient en force dans le débat politique.
Pour rappel, la dette publique française s’élevait à près de 110 % du PIB fin 2025, un niveau qui interroge sur la soutenabilité des finances publiques. La BCE, de son côté, détient une partie de cette dette dans le cadre de ses programmes d’assouplissement quantitatif, ce qui complique toute initiative unilatérale.
Pour l’heure, le débat reste ouvert, et la réponse d’Aurore Lalucq montre que la gauche peine encore à trouver un consensus sur ce sujet. La présidentielle de 2027 pourrait bien être le théâtre d’un affrontement idéologique sur la dette, entre ceux qui prônent une rupture et ceux qui défendent une approche plus pragmatique.
Cette dette est détenue par la Banque centrale européenne dans le cadre de ses programmes d’achat d’actifs, principalement pour soutenir l’économie pendant la crise du Covid-19. Une annulation signifierait une perte pour la BCE, qui est une institution européenne indépendante. Cela pourrait fragiliser la confiance des marchés et des partenaires européens, et remettre en cause la crédibilité de la France au sein de l’Union.