« Jamais le Rassemblement national n’a enregistré de tels scores. L’autre paramètre, c’est que la gauche se maintient et, surtout, c’est le bloc central qui s’effondre », a analysé mercredi 26 août sur Franceinfo – Politique William Thay, président du think tank gaulliste et indépendant Le Millénaire. Ces propos interviennent alors que la course à l’Élysée, prévue dans huit mois, voit s’accentuer les divisions au sein de la droite et du centre, rendant toute primaire unitaire de plus en plus hypothétique.
Ce qu'il faut retenir
- Marine Le Pen enregistre des scores historiques pour le RN, avec des intentions de vote comprises entre 35 % et 38 %, tandis que le bloc droite-nationale-extrême droite atteint 42 % à 44 %.
- Le bloc central, regroupant les candidats comme Gabriel Attal, Bruno Retailleau ou Édouard Philippe, voit ses scores stagner ou reculer.
- L’hypothèse d’une primaire ouverte de la droite et du centre se heurte à des obstacles politiques, matériels et organisationnels.
- Édouard Philippe, favori des sondages, refuse catégoriquement d’y participer, faute de vouloir reproduire l’échec de la primaire de 2016.
- La gauche, elle, conserve une base électorale stable, limitant ainsi les marges de manœuvre du camp présidentiel.
Une primaire de la droite et du centre de plus en plus compromise
Alors que David Lisnard, maire de Cannes, avait relancé l’idée d’une primaire ouverte pour désigner un candidat unique de la droite et du centre, les obstacles s’accumulent. William Thay, invité de la Matinale de Franceinfo, a souligné trois écueils majeurs. D’abord, un problème politique : pour qu’une primaire ait du sens, le candidat en tête des sondages, actuellement Édouard Philippe, devrait y participer. Or, celui-ci s’y refuse, de crainte de voir son image se réduire à celle d’un candidat partisan, incapable d’élargir son électorat par la suite.
Ensuite, un enjeu matériel : organiser une primaire ouverte en si peu de temps est « matériellement impossible », selon Thay. Les think tanks ayant étudié les primaires passées, comme celle du Parti socialiste en 2011, estiment qu’il faut entre 12 et 18 mois pour organiser un scrutin crédible. Enfin, la question du périmètre politique divise : certains candidats, comme Sarah Knafo, veulent y inclure des figures controversées, tandis que d’autres, comme Gabriel Attal, sont perçus comme des intrus par la droite traditionnelle.
Un camp présidentiel en crise de leadership
Gabriel Attal, Bruno Retailleau et Édouard Philippe, les trois principaux candidats déclarés, peinent à fédérer au-delà de leur base respective. « Tant qu’ils continuent à se diviser, l’électorat du bloc central, qui ne comprend plus rien à leurs querelles, se démobilise », analyse William Thay. Leur incapacité à s’unir fragilise leurs chances face au Rassemblement national, dont les scores records — entre 35 % et 38 % pour Marine Le Pen — menacent directement l’accès au second tour.
Le contexte gouvernemental n’aide pas. Les échecs récents, comme l’affaire Lyhanna ou les piratages de la DGFiP, ainsi que les difficultés budgétaires à venir, compliquent la tâche des figures du centre. « Ils sont concurrents, mais solidaires malgré eux », résume Thay. « Si chacun persiste à vouloir sauver sa peau, ils couleront tous ensemble. » Un scénario qui, s’il se concrétisait, profiterait mécaniquement au RN.
Le RN, déjà en ordre de marche
Alors que la droite et le centre s’enferrent dans leurs divisions, le Rassemblement national avance ses pions. Jordan Bardella et Marine Le Pen, les deux figures montantes du parti, sont déjà prêts pour la présidentielle, quelle que soit l’issue des procédures judiciaires en cours. « Le RN a préparé deux options et est en ordre de marche depuis des mois », souligne William Thay. « Pendant ce temps, le camp présidentiel compte les points comme on regarde un match de tennis depuis les gradins. »
Les derniers sondages, publiés par Harris Interactive à la fin du mois d’août, confirment cette dynamique. Marine Le Pen réalise des scores historiques, dépassant même les 38 % obtenus par son parti aux européennes de 2024. Le bloc droite-nationale-extrême droite, lui, culmine entre 42 % et 44 %, un niveau inédit qui place le parti d’extrême droite en position de force pour le premier tour.
La gauche, un rempart toujours debout
Face à cette poussée de l’extrême droite, la gauche parvient à maintenir ses positions. Malgré les divisions internes, notamment au Parti socialiste, les candidats comme Olivier Faure ou Jean-Luc Mélenchon conservent une base électorale solide. « La gauche se maintient, et c’est ce qui empêche le RN de réaliser une percée totale », explique Thay. Un équilibre fragile, mais qui limite l’hémorragie des voix vers l’extrême droite.
Cette stabilité contraste avec le déclin du bloc central, dont les électeurs, désorientés par les querelles internes, pourraient se reporter vers l’abstention ou, à l’inverse, vers le RN par lassitude. Un phénomène que les stratèges politiques surveillent de près à quelques mois du scrutin.
« Le temps joue contre la droite et le centre. Chaque jour qui passe sans accord est un jour de plus où le RN renforce son avance. »
— William Thay, président du think tank Le Millénaire
Les prochains mois s’annoncent décisifs. Les candidats de la droite et du centre devront trancher entre leurs ambitions personnelles et l’intérêt collectif. Pour le RN, il s’agira de transformer l’essai. La présidentielle de 2027 pourrait ainsi s’inscrire comme un tournant dans l’histoire politique française, où les divisions traditionnelles laisseraient place à une recomposition inédite du paysage.
Édouard Philippe, favori des sondages, craint qu’une primaire ne le cantonne à un électorat restreint, limitant sa capacité à élargir son socle de voix au-delà de la droite classique. Il redoute également de reproduire l’échec d’Alain Juppé en 2016, qui avait perdu la primaire face à François Fillon avant de s’effondrer à la présidentielle.
Selon les dernières données de Harris Interactive, Marine Le Pen atteint entre 35 % et 38 % des intentions de vote, tandis que le bloc droite-nationale-extrême droite culmine entre 42 % et 44 %. Ces chiffres dépassent ceux obtenus par le RN aux européennes de 2024 (38 %).