Selon Le Figaro, la possibilité d’utiliser les sondages pour départager les candidats au sein d’un même camp avant l’élection présidentielle de 2027 suscite une vive opposition parmi les professionnels de l’opinion. Cette idée, envisagée au sein du bloc central, est jugée « une mauvaise idée qui ne fonctionnera pas » par Céline Bracq, directrice d’Odoxa.
Ce qu'il faut retenir
- Les sondeurs rejettent l’idée d’une désignation des candidats par les sondages, la qualifiant de « mauvaise idée » et de « symptôme de l’affaiblissement du politique ».
- La primaire, bien que critiquée, reste perçue comme un outil de légitimité et de dynamique électorale, contrairement à un choix basé sur les intentions de vote.
- Les intentions de vote en début d’année 2027 sont jugées trop fragiles pour servir de critère de sélection, en raison de leur volatilité.
- Les exemples historiques, comme la primaire socialiste de 2011 ou la primaire de la droite en 2021, montrent que les candidats désignés par ce processus ont pu rebondir ou s’effondrer en cours de campagne.
Un rejet massif des sondages comme outil de désignation
Alors que les électeurs se disent favorables aux primaires, la présidentielle de 2027 pourrait paradoxalement se tenir sans candidat issu d’une compétition interne ou ouverte. Si le Rassemblement National et La France Insoumise excluent d’emblée cette option, Les Républicains et une partie du Parti Socialiste y sont également opposés. Pourtant, c’est au sein du bloc central que l’idée d’une désignation par les sondages émerge, notamment pour trancher entre Édouard Philippe et Gabriel Attal. Une perspective rejetée avec véhémence par les sondeurs, qui refusent d’endosser ce rôle de « juge de paix ».
Bruno Jeanbart, vice-président d’OpinionWay, résume cette opposition : « Cela veut dire que les partis politiques abandonnent leur rôle principal, celui de sélectionner des candidats ». Une analyse partagée par Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos, qui y voit « le symptôme de l’affaiblissement considérable du politique », tant des partis que des candidats. Depuis 2022, aucune personnalité ne s’est imposée comme un candidat naturel, un constat qui interroge Jean-Daniel Lévy, directeur de Harris Interactive : « En dehors des extrêmes, il n’y a aucune personnalité qui s’est imposée comme candidat naturel depuis 2022 ».
Des intentions de vote trop fragiles pour servir de critère
Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, se dit « dubitatif » face à cette proposition. Pour lui, début 2027, « l’opinion ne sera pas cristallisée » et les sondages risquent de ne pas apporter de réponse catégorique. Une analyse corroborée par Céline Bracq, qui rappelle que les électeurs ne s’intéressent à la campagne que dans ses « trois à quatre derniers mois ». « Les intentions de vote sont extrêmement fragiles tant que la campagne et les débats n’ont pas vraiment commencé », souligne Brice Teinturier. Une fragilité qui s’explique par l’impossibilité de préjuger des enjeux futurs ou des réactions des candidats face à des événements nationaux ou internationaux.
Les exemples historiques de croisements de courbes en fin de campagne, comme celui de Jacques Chirac et Édouard Balladur en 1995, illustrent cette volatilité. « Est-ce que je peux préjuger des enjeux de la campagne, des événements nationaux ou internationaux et de la manière dont vont y répondre les candidats ? Absolument pas », résume Jean-Daniel Lévy. Une incertitude qui rend les sondages inadaptés à une désignation aussi précoce que début 2027.
La primaire, un outil de légitimité et de dynamique
Malgré les critiques, les sondeurs défendent la primaire comme un outil démocratique essentiel. « Le sondage est un outil de la démocratie pour savoir où en sont les candidats dans l’opinion à un moment T, mais ce n’est pas une prévision au-delà de cet instant », précise Céline Bracq. À l’inverse, une désignation par les sondages ne créerait « aucune dynamique », selon Brice Teinturier. Pour les professionnels du secteur, la primaire offre un surcroît de légitimité au vainqueur et génère une dynamique médiatique et politique. Bruno Jeanbart rappelle que « même après la petite primaire interne de LR en décembre 2021, Valérie Pécresse s’est retrouvée dans une situation compétitive pour accéder au second tour », avant de s’effondrer en fin de campagne. Une dynamique que seule une compétition organisée permet de créer, avec des débats télévisés et une mise à l’épreuve des candidats.
Les opposants aux primaires avancent que ce processus accentue les divisions internes et favorise mécaniquement le candidat le plus radical. Pourtant, l’exemple de la primaire socialiste de 2011 montre que le vainqueur, François Hollande, n’était pas le plus à gauche, mais celui que les sondages désignaient comme le plus capable de battre Nicolas Sarkozy. Un argument qui pourrait prendre une nouvelle dimension à l’approche d’un second tour face au Rassemblement National, où la capacité à rassembler au-delà de son camp devient un critère décisif.
Un rôle des sondages déjà reconnu, mais limité
Si les sondages ne peuvent servir de critère de désignation, leur influence sur le vote des électeurs reste une réalité. « Les sondages font aussi partie des éléments de décision des électeurs », admet Céline Bracq. Cependant, ils ne peuvent être le seul critère. Une nuance importante dans un paysage politique où les partis peinent à s’organiser et où les règles de sélection des candidats restent floues, malgré un scrutin prévu dans cinq ans. « Les partis n’ont pas établi de règle de jeu pour une élection prévue depuis cinq ans », s’étonne Jean-Daniel Lévy, qui souligne l’absence de « personnalité qui s’est imposée comme candidat naturel » depuis 2022.
Une présidentielle sans candidat issu d’une compétition ? Un scénario envisagé
Le scénario d’une présidentielle sans candidat issu d’une primaire interne ou ouverte n’est pas inédit. En 2022, Valérie Pécresse avait tenté de se qualifier sans passer par une compétition large, avant de s’effondrer. En 2007, Ségolène Royal avait réussi à s’imposer sans primaire, mais en s’appuyant sur une dynamique militante et médiatique. À l’inverse, des candidats comme François Hollande en 2012 ou François Fillon en 2017 avaient bénéficié de primaires ouvertes, leur offrant une légitimité et une dynamique difficile à reproduire autrement.
Si le bloc central semble tenté par l’idée d’une désignation par les sondages, les risques de division et de fragilité électorale restent élevés. Les sondeurs, eux, préféreraient sans doute voir les partis assumer leur rôle de sélection, quitte à organiser des primaires qui, malgré leurs imperfections, offrent un cadre structurant. Une question reste en suspens : dans un contexte politique aussi fragmenté, comment éviter que la présidentielle de 2027 ne se transforme en une course à l’inconnu ?
Les professionnels de l’opinion estiment que cela reviendrait à leur confier un rôle de « juge de paix », ce qu’ils refusent catégoriquement. Selon eux, cela signifierait l’abandon par les partis de leur mission principale : sélectionner des candidats. De plus, les sondages en début d’année 2027 sont jugés trop fragiles pour servir de critère, en raison de leur volatilité et de l’impossibilité de préjuger des événements futurs.
Outre la fragilité des intentions de vote, une telle désignation pourrait priver les candidats de la dynamique et de la légitimité offertes par une primaire. Les exemples passés montrent que les candidats désignés par ce processus peuvent rebondir ou s’effondrer en cours de campagne. Enfin, cela risque d’accentuer les divisions internes et de favoriser mécaniquement le candidat le plus radical, un scénario déjà observé dans plusieurs scrutins.