La cour d’assises spéciale de Paris examine depuis plusieurs semaines le dossier de l’affaire Athanor, un procès qui plonge dans les méandres d’un contrat criminel accepté en 2020 par quatre militaires du service Action de la DGSE. Selon Le Figaro, ce dossier, six ans après les faits, continue de soulever des questions sur les dérives possibles des réseaux d’influence, mêlant franc-maçonnerie, espionnage et criminalité. Les débats ont notamment mis en lumière les parcours de quatre hommes, identifiés sous les pseudonymes de « Dagomar », « Adelard », « Devon » et « Brutus », dont les destins basculèrent à l’été 2020.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre militaires du service Action de la DGSE sont jugés pour avoir accepté un contrat criminel en 2020, selon Le Figaro.
- Les débats révèlent des tensions autour de la présence discrète de la DGSE dans la salle d’audience, évoquée par les avocats et les accusés.
- L’affaire Athanor, liée à une loge maçonnique, soulève des questions sur les dérives entre réseaux d’influence et activités illégales.
- Le procès, qui se déroule devant une cour d’assises spéciale, attire une audience clairsemée mais attentive.
Des militaires du service Action de la DGSE jugés pour un contrat criminel
Les débats en cours à la cour d’assises spéciale de Paris s’articulent autour de l’acceptation, par quatre militaires du service Action de la DGSE, d’un contrat à caractère criminel au cours de l’été 2020. Ces anciens « frères d’armes » de la base militaire de Cercottes ont vu leur parcours basculer lorsque, sous couvert d’une mission secrète, ils se sont retrouvés impliqués dans une affaire aux ramifications troubles. Le procès, qui s’étire sur plusieurs semaines, tente de démêler les fils d’une histoire où se croisent espionnage, franc-maçonnerie et criminalité organisée.
Parmi les accusés, quatre individus, désignés sous les pseudonymes « Dagomar », « Adelard », « Devon » et « Brutus », incarnent cette descente aux enfers. Leur cas a ravivé une plaie pour la DGSE, l’institution étant aujourd’hui contrainte de se justifier sur la gestion de ses ressources humaines et sur les garde-fous censés prévenir ce type de dérive. Les débats ont également révélé l’atmosphère particulière qui règne dans la salle d’audience, où la présence discrète de la DGSE est régulièrement évoquée.
L’ombre de la DGSE plane sur les débats
L’un des moments marquants de l’audience a été la mise en scène orchestrée par Me Martin Desrue, avocat de Pierre L., 31 ans. Vers 21h30, alors que la salle se vidait progressivement, il a interpellé l’assistance en désignant les quelques spectateurs présents. « Madame la présidente, il est 21h35. Et je doute que tout ce monde qui assiste si tard à l’audience soit là par pure et simple curiosité », a-t-il lancé, provoquant des regards interloqués et des sourires entendus parmi les magistrats, avocats et accusés. Le pénaliste a alors interrogé son client à la barre : « La DGSE, vous pensez qu’ils sont ici ? Qu’ils écoutent ce que l’on dit ? » Pierre L. a répondu d’une voix neutre, vêtu d’un blazer bleu marine : « Sûrement. »
Cette scène illustre l’ambiance pesante qui entoure le procès. Les échanges entre les parties prenantes et les allusions répétées à une possible surveillance des débats par les services secrets ont alimenté les spéculations. Autant dire que l’ombre de la DGSE plane sur ces audiences, où chaque déclaration, chaque silence, peut être interprété comme un indice ou une menace. Les avocats des accusés, comme Me Desrue, jouent sur cette incertitude pour créer un climat de tension, tout en rappelant que les enjeux dépassent largement le cadre judiciaire classique.
Une affaire aux multiples facettes : franc-maçonnerie, complots et barbouzerie
L’affaire Athanor ne se limite pas à un simple contrat criminel. Selon Le Figaro, elle s’inscrit dans une logique plus large où se mêlent réseaux d’influence, pratiques maçonniques et activités illégales. La loge Athanor, au cœur du scandale, aurait servi de catalyseur à des dérives que les autorités peinent à expliquer. Les débats ont révélé comment des militaires aguerris, formés pour des missions secrètes, ont pu basculer dans le crime organisé, attirés par des promesses de gains ou des idéologies troubles.
Les auditions successives ont permis de reconstituer les parcours de ces hommes, dont certains avaient une longue carrière dans les services spéciaux. Leurs liens avec la franc-maçonnerie, notamment à travers la loge Athanor, ont été au centre des investigations. Les enquêteurs ont mis en lumière des réseaux de sociabilité qui ont pu faciliter des passages à l’acte criminel, en brouillant les frontières entre loyauté institutionnelle et loyauté personnelle. Bref, l’affaire Athanor soulève des questions bien plus vastes sur la porosité entre les milieux du renseignement et ceux de l’économie souterraine.
Ce procès rappelle, une fois de plus, que les dérives ne sont jamais très loin lorsque les frontières entre légalité et illégalité se brouillent. Les prochaines audiences s’annoncent donc cruciales pour comprendre comment quatre militaires aguerris en sont arrivés à remettre en cause, de manière aussi radicale, leur engagement au service de l’État.
La DGSE n’a pas fait de déclaration publique, mais plusieurs éléments laissent penser que l’institution suit de près les débats. Les avocats des accusés ont évoqué à plusieurs reprises une possible présence discrète de ses représentants dans la salle, sans qu’aucune preuve formelle ne soit apportée. Selon Le Figaro, les autorités judiciaires et les services concernés évitent soigneusement d’alimenter les spéculations, tout en reconnaissant l’importance symbolique de ce procès pour l’image de la DGSE.
