Le procès des chefs présumés de la DZ Mafia s’est achevé ce mardi 14 avril dans les Bouches-du-Rhône, marquant une étape judiciaire majeure dans la lutte contre cette organisation criminelle. Selon BFM - Faits Divers, des peines allant jusqu’à 25 ans de réclusion ont été prononcées, tandis que le directeur national de la police judiciaire, Christian Sainte, a souligné que ce verdict n’était « que le début d’une série ».

Ce qu'il faut retenir

  • Condamnation record : Gabriel Ory, figure présumée de la DZ Mafia, a écopé de 25 ans de prison pour son rôle dans la préparation d’un double assassinat en 2019. Amine Oualane, autre chef désigné, a en revanche été acquitté.
  • Organisation ciblée : La DZ Mafia est active dans plus d’une dizaine de départements français, selon Christian Sainte, qui évoque une structure « très agressive » et en expansion.
  • Bilan chiffré : Plus de 900 interpellations et 550 écrouements en deux ans, dont la moitié pour trafic de stupéfiants. Deux milliards d’euros d’avoirs criminels ont été confisqués en 2025.
  • Méthodes de recrutement : Les trafiquants recrutent massivement sur les réseaux sociaux, notamment des jeunes pour des missions rémunérées (vols, tirs, guet-apens). Une féminisation croissante des groupes est observée.
  • Menaces sur l’État : L’organisation est capable de menacer ou d’éliminer des magistrats, comme en témoigne l’évasion de Mohamed Amra, qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires.

Un procès symbolique pour une organisation « en expansion »

Le procès de la DZ Mafia, qui s’est tenu sur trois semaines, a abouti à des condamnations historiques. Gabriel Ory a été reconnu coupable d’avoir participé à la préparation d’un double assassinat remontant à 2019, bien avant la structuration formelle de cette organisation criminelle. Son co-accusé, Amine Oualane, a en revanche été acquitté, une décision qui ne remet pas en cause la volonté des autorités de démanteler ce réseau, comme l’a rappelé Christian Sainte lors d’une interview sur RTL ce jeudi 16 avril.

Pour le patron de la police judiciaire, ce procès représente un « point de départ judiciaire » essentiel dans la lutte contre la DZ Mafia et, plus largement, contre le narcotrafic en France. « Il était important d’avoir ce premier jalon pour montrer que l’État ne recule pas face à des organisations qui défient son autorité », a-t-il déclaré. Selon lui, cette structure criminelle, active dans plus de dix départements, se distingue par sa « capacité à absorber ou fédérer d’autres groupes », ce qui en fait une menace particulièrement difficile à éradiquer.

Une menace multiforme : narcotrafic, recrutement et violence

Christian Sainte a détaillé les mécanismes qui permettent à la DZ Mafia de prospérer. Le recrutement, notamment via les réseaux sociaux, est au cœur de sa stratégie. Les profils visés sont souvent jeunes et recrutés pour des missions ponctuelles – vols de véhicules, tirs, ou rôle de guetteur – contre des rémunérations de quelques milliers d’euros. « Il y a un phénomène de renouvellement générationnel permanent », a-t-il souligné, évoquant des cellules criminelles en constante recomposition.

Autre tendance marquante : la féminisation croissante de la criminalité organisée. Les femmes jouent désormais un rôle « actif » dans ces groupes, participant à des activités allant du trafic de stupéfiants aux règlements de comptes. « Ce n’est plus un phénomène marginal », a précisé Sainte, qui estime que cette évolution reflète une adaptation des organisations aux pressions policières.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en deux ans, les services de police ont interpellé plus de 900 personnes et placé 550 d’entre elles en détention. Parmi elles, la moitié est accusée de trafic de stupéfiants, tandis que l’autre moitié l’est pour des faits de violence, d’assassinats, de tentatives d’assassinats ou de menaces. Les avoirs criminels saisis s’élèvent à deux milliards d’euros en 2025, un montant qui donne la mesure de l’ampleur des activités illicites de la DZ Mafia.

« Ce qui est certain, c’est qu’on a déjà l’exemple (de Mohamed Amra, NDLR), qui s’est évadé dans les conditions que nous connaissons, avec deux agents pénitentiaires qui ont laissé leur vie. »
— Christian Sainte, directeur national de la police judiciaire, sur RTL

Une organisation « capable de tuer des magistrats »

L’un des aspects les plus inquiétants de la DZ Mafia réside dans sa capacité à intimider ou éliminer ceux qui se dressent sur sa route. Christian Sainte a rappelé que cette organisation n’hésite pas à user de « tous les moyens pour parvenir à ses fins », y compris la violence contre les représentants de l’État. « Ils sont prêts à menacer voire tuer des magistrats », a-t-il mis en garde, soulignant que cette stratégie vise à dissuader toute velléité d’intervention judiciaire ou policière.

L’évasion de Mohamed Amra, interpellé à Bucarest en mars 2025 avant de s’échapper d’une prison française, illustre cette dangerosité. L’opération avait coûté la vie à deux agents pénitentiaires, un drame qui a marqué les esprits et rappelé la brutalité dont peuvent faire preuve les membres de cette organisation.

Vers un tournant numérique dans la lutte antidrogue ?

Face à cette menace protéiforme, Christian Sainte insiste sur la nécessité d’adapter les méthodes de lutte. Pour lui, l’enjeu majeur réside désormais dans le « tournant numérique ». Les trafiquants utilisent des outils de communication cryptés et des boucles criminelles en ligne pour organiser leurs activités. « Aujourd’hui, on a un virage qu’il ne faut absolument pas rater », a-t-il plaidé, appelant à des évolutions législatives pour permettre aux services de police de « pénétrer et infiltrer » ces réseaux.

« Il existe parfois des contraintes juridiques qui nous empêchent d’agir comme nous le souhaiterions », a-t-il reconnu, évoquant la nécessité d’un cadre légal plus adapté pour lutter efficacement contre ces organisations. Sans ces changements, le risque est de voir la DZ Mafia et ses semblables continuer à prospérer, malgré les succès judiciaires ponctuels.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront en grande partie des décisions politiques et judiciaires. Plusieurs procédures sont en cours contre des figures de la DZ Mafia, et d’autres procès devraient suivre celui de Gabriel Ory. La question des moyens alloués aux forces de l’ordre – qu’il s’agisse de renforts humains ou de technologies d’infiltration – sera déterminante. Une réforme législative, évoquée par Christian Sainte, pourrait être présentée d’ici la fin de l’année 2026, si les discussions avec le gouvernement aboutissent. En attendant, les services de police maintiennent la pression, mais l’équilibre reste fragile entre répression et adaptation aux méthodes des trafiquants.

La lutte contre la DZ Mafia et les organisations criminelles similaires s’annonce donc comme un marathon, où chaque procès et chaque arrestation ne constituent qu’une étape. Pour Christian Sainte, la priorité reste claire : « Comprendre ce qu’il se passe, identifier les figures émergentes, et couper les têtes du réseau avant qu’elles ne se reforment ailleurs. » Une stratégie qui, si elle est menée à son terme, pourrait marquer un tournant durable dans la criminalité organisée en France.