Le parquet a requis ce vendredi 5 juin 2026 la relaxe de l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud, poursuivi pour diffamation par Saâda Arbane. Cette dernière l’accuse d’avoir utilisé son histoire personnelle pour écrire son roman Houris, récompensé du prix Goncourt en 2024, selon Franceinfo - Culture.

Absent lors de l’audience au tribunal correctionnel de Paris, Kamel Daoud, âgé de 55 ans, était poursuivi pour une déclaration publiée début avril 2025 dans Le Figaro. Dans une interview, il avait affirmé, sans citer explicitement Saâda Arbane, qu’« Alger peut déposer plainte contre Kamel Daoud en France ». Cette phrase, au cœur de la procédure, a été jugée constitutive d’une diffamation par la plaignante.

Ce qu'il faut retenir

  • Le parquet a requis la relaxe de Kamel Daoud, poursuivi pour diffamation par Saâda Arbane, selon Franceinfo - Culture.
  • L’écrivain, absent lors du procès du 5 juin 2026, avait déclaré dans Le Figaro qu’« Alger peut déposer plainte contre Kamel Daoud en France », une phrase au cœur du litige.
  • Saâda Arbane, rescapée d’un massacre pendant la décennie noire algérienne et ancienne patiente de la psychiatre de Kamel Daoud, accuse l’auteur d’avoir pillé son histoire pour écrire Houris.
  • Les avocats de la plaignante estiment que Kamel Daoud a commis une « attaque préméditée » et dénoncent un harcèlement judiciaire en France et en Algérie.
  • La procureure a estimé que la phrase litigieuse relevait de l’expression d’une opinion et que Saâda Arbane n’était pas identifiable, selon Franceinfo - Culture.
  • La décision du tribunal sera rendue le 8 septembre 2026.

Une accusation de vol d’histoire et de diffamation

Saâda Arbane, une Algérienne de 32 ans, accuse Kamel Daoud d’avoir utilisé sa tragédie personnelle pour écrire Houris, roman primé par le Goncourt en 2024. Elle se présente comme une rescapée des massacres de la décennie noire en Algérie et une ancienne patiente de la psychiatre de l’écrivain. Dans son livre, elle reconnaît une figure correspondant à son parcours, bien qu’elle ne soit pas nommée directement. Elle dénonce un pillage de son intimité et de sa vie privée, qu’elle qualifie de « prédateur ».

Selon ses avocats, Colomba Grossi et William Bourdon, la déclaration de Kamel Daoud dans Le Figaro constitue une attaque « préméditée et organisée », visant à discréditer leur cliente après l’avoir présentée comme un « agent d’un régime honni ». Pour eux, cette procédure s’inscrit dans une stratégie plus large pour discréditer l’œuvre de l’écrivain.

Les arguments de la défense et de l’accusation

Pour l’avocat de Le Figaro, Christophe Bigot, cette plainte en diffamation relève d’une « campagne de communication » visant à charger la barque contre Kamel Daoud et Houris. Il souligne que la procédure cherche à exercer une « pression judiciaire sur tout média » qui donnerait la parole à l’écrivain. Kamel Daoud, de son côté, dénonce un « harcèlement judiciaire » en France et en Algérie, une démultiplication des affaires visant selon lui à l’épuiser et à le réduire au silence.

L’avocate de l’écrivain, Jacqueline Laffont, a indiqué que cette multiplication des procédures porte atteinte à ses capacités de travail et à sa situation financière. Elle rappelle que Kamel Daoud a déjà été condamné en avril 2026 à trois ans de prison ferme par un tribunal d’Oran pour avoir abordé la guerre civile algérienne dans Houris, dans un contexte où une loi algérienne interdit d’évoquer publiquement la décennie noire entre 1992 et 2002.

La position de la procureure et les enjeux de l’identification

Lors de l’audience, la procureure a estimé que la phrase litigieuse relevait de l’expression d’une opinion et que Saâda Arbane n’était pas identifiable dans ce passage. Pour caractériser une diffamation, il faut selon la loi imputer à une personne un fait précis et précis, ce qui n’était pas le cas selon elle. Elle a également souligné que la formulation « Alger peut déposer plainte contre Kamel Daoud » ne visait pas directement Saâda Arbane, malgré les arguments de ses avocats.

L’avocate de la plaignante, Colomba Grossi, a rétorqué qu’il ne faisait « aucun doute » que Saâda Arbane était parfaitement identifiable à travers la métonymie « Alger », désignant implicitement l’Algérie et, par extension, son régime. Cette question de l’identification est au cœur du débat judiciaire, car elle conditionne la recevabilité de la plainte en diffamation.

Un contexte judiciaire complexe en France et en Algérie

Ce procès s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre Kamel Daoud et les autorités algériennes. En avril 2026, l’écrivain a été condamné à trois ans de prison ferme par un tribunal d’Oran pour avoir évoqué la guerre civile algérienne dans Houris, une affaire qui a suscité une vive polémique. Une loi algérienne interdit en effet de mentionner publiquement la décennie noire, période marquée par des violences extrêmes entre 1992 et 2002.

En France, Saâda Arbane a engagé plusieurs procédures judiciaires contre Kamel Daoud, qui sont encore en cours. Ces affaires, combinées à la condamnation en Algérie, illustrent les difficultés rencontrées par l’écrivain dans les deux pays. Ses soutiens dénoncent une stratégie visant à le faire taire, tandis que ses détracteurs estiment qu’il a outrepassé les limites de la liberté d’expression.

Et maintenant ?

La décision du tribunal correctionnel de Paris est attendue pour le 8 septembre 2026. Elle pourrait avoir des répercussions sur la perception du débat autour de la liberté d’expression et du droit à la fiction littéraire. Par ailleurs, les procédures en cours en Algérie et en France pourraient influencer la situation judiciaire de Kamel Daoud dans les mois à venir, alors que ses soutiens dénoncent un harcèlement systématique.

Quoi qu’il en soit, cette affaire soulève des questions plus larges sur les limites de la création littéraire face à la protection de la vie privée et des histoires personnelles. Elle met également en lumière les tensions entre la France et l’Algérie sur des sujets sensibles liés à l’histoire récente des deux pays.

Saâda Arbane accuse Kamel Daoud d’avoir utilisé son histoire personnelle pour écrire son roman Houris, récompensé par le prix Goncourt en 2024. Dans une interview publiée dans Le Figaro en avril 2025, l’écrivain avait déclaré qu’« Alger peut déposer plainte contre Kamel Daoud en France », une phrase qu’elle juge diffamatoire.

Le tribunal correctionnel de Paris rendra sa décision le 8 septembre 2026. Par ailleurs, plusieurs procédures judiciaires sont encore en cours en France et en Algérie, notamment la condamnation de Kamel Daoud à trois ans de prison ferme par un tribunal d’Oran.