Depuis janvier 2025, l'Indonésie tente de lutter contre la malnutrition en distribuant un repas gratuit quotidien à près de 63 millions de personnes, principalement des écoliers et des femmes enceintes. Pourtant, ce programme ambitieux, lancé par le président Prabowo Subianto après son élection en 2024, accumule les déboires : 40 759 intoxications alimentaires en juillet seul, des soupçons de corruption massive et des réductions drastiques du budget alloué. Selon BFM Business, cette initiative, initialement présentée comme une avancée sociale majeure, se transforme en un cas d'école des dangers liés à une gestion défaillante des politiques publiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Un programme lancé en janvier 2025 pour 63 millions de bénéficiaires, avec un objectif final de 83 millions.
  • 40 759 cas d'intoxications alimentaires recensés en juillet 2026, selon le Réseau indonésien de surveillance de l'éducation.
  • L’Agence nationale de nutrition accusée de corruption : son ancien directeur et deux adjoints mis en examen en juin 2026.
  • Le budget initial de 335 000 milliards de roupies (16,2 milliards d’euros) réduit à 229 000 milliards (11 milliards d’euros), après des coupes imposées par la guerre au Moyen-Orient.
  • Le taux d’approbation du programme s’effondre à 34 % en août 2026, contre 62,5 % en novembre 2025.
  • La Cour constitutionnelle indonésienne a interdit l’utilisation du budget de l’éducation pour financer ce programme.

Un objectif social ambitieux rapidement miné par les scandales

Présenté comme une réponse à la malnutrition chronique qui touche plus de 20 % des enfants indonésiens, le programme de repas gratuits devait bénéficier à terme à 83 millions de personnes. Pourtant, dès ses premiers mois, des dysfonctionnements majeurs sont apparus. En juillet 2026, 40 759 bénéficiaires ont été victimes d’intoxications alimentaires, comme l’a révélé le Réseau indonésien de surveillance de l’éducation, cité par BFM Business. Ubaid Matraji, coordinateur du réseau, a dénoncé des « défaillances systémiques dans la sécurité alimentaire et le contrôle des programmes », compromettant l’objectif initial d’amélioration de la santé publique.

Corruption et conflits d’intérêts au cœur du scandale

La gestion du programme a été confiée à l’Agence nationale de nutrition, chargée de sélectionner les exploitants de cuisines collectives. Pourtant, en juin 2026, son directeur, Dadan Hindayana, ainsi que deux de ses adjoints, ont été mis en examen pour corruption présumée par le bureau du procureur général. Les enquêteurs accusent les responsables d’avoir attribué des contrats à des fondations dont ils étaient propriétaires. Une pratique qui illustre les dérives d’un système où les conflits d’intérêts ont pris le pas sur l’intérêt général.

Dadan Hindayana, déjà critiqué pour ses propositions controversées – comme l’obligation de boire deux litres de lait par jour ou l’introduction d’insectes et de vers de sagou dans les menus –, a également laissé derrière lui une agence en crise. Sa successeure, nommée en juillet 2026, a démissionné après seulement 45 jours de fonction, invoquant une « maladie cardiaque » et un stress extrême lié à la gestion du programme. Dans un communiqué, elle a évoqué un « traumatisme profond » causé par la pression. « La gouvernance est à l’origine de tous les problèmes rencontrés dans ce programme, y compris les repas empoisonnés », a dénoncé Diah Satyani Saminarsih, fondatrice du Centre pour les initiatives de développement stratégique de l’Indonésie.

Un budget en chute libre et des priorités budgétaires contestées

Le coût colossal du programme – 229 000 milliards de roupies (11 milliards d’euros) – a rapidement pesé sur les finances publiques, déjà fragilisées par la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix du pétrole. Pour financer cette initiative, le gouvernement a réduit les budgets alloués à l’éducation et aux infrastructures, une décision qui a suscité une vive colère parmi les enseignants et la population. En mars 2026, les autorités ont dû réduire le nombre de repas distribués de six à cinq jours par semaine, dans l’espoir de limiter l’impact financier du conflit.

La situation s’est encore compliquée en juillet 2026, lorsque la Cour constitutionnelle indonésienne a statué que le budget de l’éducation ne pouvait être utilisé pour financer ce programme. Une décision qui a contraint les autorités à revoir entièrement leur stratégie de financement. Sudaryono, le nouveau chef de l’Agence nationale de nutrition, a annoncé cette semaine la fermeture définitive de 833 cuisines collectives jugées non conformes aux normes d’hygiène et de sécurité. « Nous allons renforcer les contrôles et appliquer des sanctions immédiates contre les établissements défaillants », a-t-il assuré, sans préciser si d’autres fermetures étaient à prévoir.

Un déficit de confiance qui menace la pérennité du programme

L’accumulation des scandales a profondément érodé la confiance de la population. Un sondage publié en août 2026 révèle que seulement 34 % des Indonésiens soutiennent désormais le programme, contre 62,5 % en novembre 2025. Pourtant, le besoin reste criant : en Indonésie, la malnutrition touche encore des millions de foyers, et les retards de croissance chez les enfants restent un défi majeur de santé publique.

Face à la pression, le gouvernement a instauré un moratoire sur les nouveaux contrats de cuisines collectives après l’arrestation de Dadan Hindayana. Mais les mesures prises jusqu’ici semblent insuffisantes pour rétablir la crédibilité du programme. « Les dysfonctionnements sont systémiques », a rappelé Diah Satyani Saminarsih, soulignant que les réformes actuelles ne traitent pas les causes profondes de l’échec. Les manifestations se multiplient dans le pays, et les familles, bien que soulagées par l’accès à un repas quotidien, expriment leur inquiétude quant à la qualité et à la sécurité des aliments distribués.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour l’avenir du programme. Le gouvernement indonésien a annoncé qu’un nouveau directeur serait nommé d’ici fin août 2026, dans l’espoir de redonner une dynamique positive à l’initiative. Les associations de défense des droits de l’enfant appellent à une refonte complète du système de gestion, tandis que la Cour constitutionnelle devrait rendre un avis définitif sur la légalité du financement du programme d’ici la fin de l’année. Dans un contexte économique toujours tendu, la question de la pérennité de cette politique sociale reste entière.

Pour l’instant, les bénéficiaires continuent de recevoir un repas par jour, mais l’incertitude plane sur la qualité et la régularité de ces distributions. Entre scandales, coupes budgétaires et pression populaire, le programme de repas gratuits illustre les difficultés rencontrées par Jakarta pour concilier ambitions sociales et réalités économiques.

Le programme a été lancé en janvier 2025 par le président Prabowo Subianto pour lutter contre la malnutrition, qui touche plus de 20 % des enfants indonésiens. Il devait initialement bénéficier à 83 millions de personnes, dont des écoliers et des femmes enceintes, afin d’améliorer leur état nutritionnel.

Les échecs du programme sont attribués à plusieurs facteurs : des scandales de corruption au sein de l’Agence nationale de nutrition, des défaillances dans les normes d’hygiène et de sécurité alimentaire, ainsi qu’un manque de financement en raison des coupes budgétaires imposées par la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix du pétrole.