Un projet de ligne aérienne à très haute tension de 400 000 volts en Camargue, destiné à renforcer le réseau électrique régional, suscite une vive opposition. Selon Le Monde, plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) appellent l’État à abandonner ce chantier estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, malgré le soutien affiché du président de la République.

Cette infrastructure, présentée comme « nécessaire » par l’exécutif, vise à moderniser le réseau électrique dans le sud de la France. Emmanuel Macron avait réaffirmé, mardi 27 mai 2025, la volonté de « tout mettre en œuvre pour que cette ligne soit en service d’ici à 2029 », soulignant son importance pour la transition énergétique et la sécurité d’approvisionnement du territoire.

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet de ligne aérienne de 400 000 volts en Camargue, dont la mise en service est prévue d’ici 2029.
  • Emmanuel Macron a qualifié ce projet de « nécessaire » et s’est engagé à le finaliser « par tous les moyens ».
  • Plusieurs ONG s’opposent au tracé aérien, invoquant des risques pour l’environnement et les écosystèmes locaux.
  • Le coût global du projet, non encore communiqué officiellement, est estimé à plusieurs centaines de millions d’euros.
  • Le tracé envisagé traverse des zones classées, notamment le parc naturel régional de Camargue, riche en biodiversité.

Un projet justifié par la transition énergétique

Le gouvernement défend ce projet au nom de la modernisation du réseau électrique national et de l’intégration croissante des énergies renouvelables. Selon les éléments rapportés par Le Monde, les autorités estiment que cette ligne permettra d’éviter les risques de saturation du réseau, notamment en période de pointe, tout en facilitant l’acheminement de l’électricité produite par les parcs éoliens et solaires de la région. Le calendrier serré annoncé par l’Élysée reflète l’urgence perçue par l’État pour sécuriser l’approvisionnement énergétique à horizon 2030.

Pour ses partisans, cette infrastructure s’inscrit dans la stratégie nationale bas-carbone, qui prévoit une électrification massive des usages énergétiques. « Il faut accélérer la décarbonation de notre système énergétique », a rappelé un conseiller ministériel sous couvert d’anonymat. Le projet s’ajoute à d’autres initiatives similaires en cours dans le pays, comme la ligne Boutre-Broc-Carros dans le Var, également contestée par des associations environnementales.

Des ONG déterminées à bloquer le projet

Face à l’engagement de l’État, les opposants au projet se mobilisent. Plusieurs ONG, dont France Nature Environnement et WWF France, ont déjà saisi les tribunaux administratifs pour contester la légalité des études d’impact et des procédures en cours. Leurs arguments reposent sur la protection des zones humides de Camargue, un écosystème unique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ainsi que sur les nuisances visuelles et sonores pour les riverains.

« Une ligne aérienne de cette envergure détruirait définitivement des paysages et des habitats naturels irremplaçables », a dénoncé Sophie Benbow, porte-parole de WWF France. Les associations pointent aussi le risque de fragmentation des milieux naturels, qui menacerait des espèces protégées comme le flamant rose ou le cheval de Camargue. « On parle d’un projet du siècle, mais à quel prix écologique ? », s’interroge-t-elle. Pour l’heure, aucune alternative crédible n’a été officiellement proposée par l’État, bien que des études sur un tracé souterrain soient évoquées en coulisses.

Et maintenant ?

La bataille juridique et administrative autour du projet devrait s’intensifier dans les prochains mois. Une décision du tribunal administratif de Marseille, attendue pour l’automne 2026, pourrait donner le ton sur la faisabilité du projet. Parallèlement, des consultations publiques sont prévues dans les communes concernées, où les oppositions locales pourraient peser sur les choix politiques. Reste à voir si l’État parviendra à concilier impératifs énergétiques et préservation des milieux naturels, dans un contexte où la transition écologique est de plus en plus scrutée.

Quoi qu’il en soit, ce dossier illustre les tensions croissantes entre les impératifs de décarbonation et les enjeux de biodiversité, un équilibre que le gouvernement devra trouver dans les années à venir. La question dépasse désormais le cadre régional : elle interroge la cohérence des politiques publiques face aux défis climatiques et environnementaux.

Le gouvernement justifie le choix d’une ligne aérienne par son coût bien moindre et des délais de réalisation plus courts. Un tracé souterrain, bien que moins impactant écologiquement, coûterait entre deux et quatre fois plus cher et nécessiterait des années supplémentaires de travaux, selon des sources proches du dossier.