À une quarantaine de kilomètres de Hanoï, au Vietnam, un projet immobilier de luxe porté par la Trump Organization et un partenaire local suscite la controverse. Les travaux, lancés il y a plusieurs mois, concernent la construction d’un complexe alliant un hôtel cinq étoiles et un parcours de golf de grande envergure. Mais ce projet s’accompagne déjà de conséquences lourdes : le déplacement d’un cimetière et la menace d’expropriation pour près de 4 000 foyers. Ouest France révèle les détails de cette opération, marquée par des soupçons de corruption.

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet pharaonique porté par la Trump Organization et la société vietnamienne Hung Yen Hospitality, à 40 km d’Hanoï.
  • Un parcours de golf et un hôtel cinq étoiles en construction, mais déjà critiqué pour son impact social et environnemental.
  • 4 000 foyers menacés d’expropriation pour faire place au chantier.
  • Un cimetière déplacé pour laisser la place au chantier, une décision qui choque les familles des défunts.
  • Des soupçons de corruption pesant sur l’attribution du projet et les modalités de sa réalisation.

Un chantier au cœur des polémiques

Le projet, situé dans la province de Hung Yen, est présenté comme une vitrine du luxe à la vietnamienne. Selon les documents consultés par Ouest France, il comprend un hôtel cinq étoiles ainsi qu’un parcours de golf de 18 trous, conçu pour attirer une clientèle internationale. Cependant, les travaux ont déjà commencé, malgré l’absence de consultations publiques approfondies avec les populations locales.

Parmi les premières victimes de ce projet : un cimetière qui abritait des générations de familles de la région. Les autorités locales ont ordonné son déplacement vers un nouveau site, sans toujours informer correctement les proches des défunts. « On nous a simplement dit que c’était nécessaire pour le projet, mais personne ne nous a expliqué comment ni pourquoi », témoigne un habitant sous couvert d’anonymat.

Des expropriations massives et des indemnisations contestées

Outre le cimetière, près de 4 000 foyers sont menacés par des procédures d’expropriation. Les autorités vietnamiennes justifient ces mesures par l’intérêt général du projet, qui devrait, selon elles, dynamiser l’économie locale. Pourtant, les indemnisations proposées sont jugées insuffisantes par de nombreux habitants. « Les montants ne couvrent même pas le prix d’un terrain équivalent ailleurs dans la région », dénonce un agriculteur dont les terres sont concernées.

Les associations locales dénoncent un manque de transparence dans la gestion des indemnisations. Certaines familles ont reçu des propositions financières sans avoir pu négocier, tandis que d’autres attendent encore une réponse. Ouest France indique que plusieurs recours ont été déposés auprès des tribunaux vietnamiens, mais les procédures pourraient prendre des mois, voire des années.

Soupçons de corruption et zones d’ombre

Le projet soulève également des questions sur son financement et les modalités de son attribution. Des documents obtenus par Ouest France suggèrent que des pots-de-vin auraient été versés à des responsables locaux pour accélérer les autorisations. Une enquête préliminaire a été ouverte par les autorités vietnamiennes, mais aucune arrestation n’a encore été annoncée.

Interrogée par Ouest France, la Trump Organization n’a pas répondu aux questions sur les soupçons de corruption. Côté vietnamien, la Hung Yen Hospitality affirme que « tous les documents sont en règle » et que le projet respecte la législation locale. Pourtant, les observateurs locaux s’interrogent : « Comment un tel projet a-t-il pu voir le jour sans plus de contrôles ? »

Et maintenant ?

Les travaux devraient se poursuivre dans les prochains mois, malgré les contestations. Une réunion publique est prévue le 15 juin 2026 à Hung Yen, organisée par les autorités locales pour tenter de rassurer les habitants. Cependant, les recours juridiques pourraient retarder, voire bloquer, certaines phases du chantier. Côté vietnamien, les enquêteurs promettent des résultats « dans les meilleurs délais », sans préciser de calendrier. Quant à la Trump Organization, elle n’a pas encore communiqué sur d’éventuels ajustements du projet.

Ce projet illustre les tensions entre développement économique et respect des populations locales, un enjeu récurrent dans les grands chantiers asiatiques. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si les habitants parviendront à faire entendre leur voix avant que les bulldozers ne tranchent définitivement.

Les autorités vietnamiennes n’ont pas communiqué de calendrier précis. Les procédures d’expropriation sont en cours, mais aucune date butoir n’a été annoncée pour leur finalisation. Les habitants concernés reçoivent des notifications au cas par cas, sans calendrier global.