Alors que des milliers de manifestants défilaient ce jeudi 5 juin 2026 à Tirana contre un projet immobilier de luxe dans la réserve naturelle protégée de Vjosa Narta, le Premier ministre albanais Edi Rama a vivement réagi, accusant l’existence d’une « guerre hybride » visant son pays. Selon Euronews FR, qui rapporte ses déclarations en marge du sommet UE-Balkans occidentaux à Tivat (Monténégro), le chef du gouvernement dénonce une manipulation de l’opinion publique à travers une campagne de désinformation.

Ce qu'il faut retenir

  • Des milliers de manifestants se sont rassemblés à Tirana pour protester contre un projet de construction d’hôtels de luxe dans la réserve protégée de Vjosa Narta, dans le sud de l’Albanie.
  • Edi Rama affirme que l’Albanie fait face à une « guerre hybride » menée par des acteurs extérieurs, utilisant la défense de l’environnement comme levier.
  • Le projet, porté par Affinity Partners (fondée par Jared Kushner, gendre de Donald Trump), cristallise les tensions entre développement économique et préservation des écosystèmes.
  • Le Premier ministre dément les allégations d’un accord secret et évoque une multiplication par cinq de l’activité en ligne, attribuée à des faux comptes et des bots.
  • Aucun projet définitif n’a encore été soumis aux autorités albanaises, selon Edi Rama, qui promet une évaluation conforme aux normes environnementales.

Un projet immobilier qui divise l’opinion publique

Le projet, qui vise à développer une zone côtière protégée incluant une île et une partie du littoral du sud de l’Albanie, suscite une opposition croissante. Les défenseurs de l’environnement et une partie de la population dénoncent les risques pour la biodiversité de la réserve de Vjosa Narta, un site classé parmi les plus importants d’Europe pour ses écosystèmes marins et terrestres. Selon Euronews FR, les manifestations organisées ce 5 juin à Tirana ont rassemblé plusieurs milliers de personnes, reflétant l’ampleur des inquiétudes.

Parmi les opposants figurent des militants environnementaux et des organisations locales, mais aussi des critiques politiques ciblant Edi Rama. Le Premier ministre, qui affirme que les terrains concernés appartiennent à des propriétaires privés, se retrouve au cœur d’une polémique où se mêlent enjeux écologiques et accusations de conflits d’intérêts. « Existe-t-il une manifestation d’intérêt pour développer un projet ? Oui. Existe-t-il un projet ? Non », a-t-il déclaré à Euronews FR, soulignant que la phase d’élaboration est encore en cours.

Edi Rama dénonce une campagne de désinformation « minutieusement orchestrée »

Face à la montée des critiques, Edi Rama a pointé du doigt une campagne de désinformation, qu’il qualifie de « guerre hybride ». Lors de son entretien avec Euronews FR, il a affirmé que l’activité sur les réseaux sociaux en Albanie avait été multipliée par cinq dès l’annonce du projet, une explosion de contenus qu’il attribue à des faux comptes et des bots automatisés. « Il y a beaucoup de bots, beaucoup de faux profils, beaucoup d’attaques venant de partout », a-t-il dénoncé, précisant que ces attaques provenaient d’« ennemis de l’Albanie ».

Le Premier ministre a rejeté avec virulence les allégations selon lesquelles il aurait conclu un accord secret avec des personnalités politiques étrangères. « Il existe un récit selon lequel il s’agirait d’un accord secret entre moi et Bibi Netanyahou via Jared Kushner (...) ce qui est totalement fantaisiste », a-t-il affirmé, tout en rappelant l’histoire de l’Albanie, souvent citée pour son rôle dans le sauvetage des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a également salué la « tolérance » et le « profond attachement à l’Europe » des musulmans albanais, rejetant l’idée d’une instrumentalisation politique ou religieuse du débat.

Affinity Partners et Jared Kushner au cœur de la polémique

Le projet immobilier controversé est porté par Affinity Partners, une société d’investissement fondée par Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain Donald Trump. Bien que le groupe n’ait pas encore soumis de proposition officielle aux autorités albanaises, sa réputation et ses liens politiques alimentent les suspicions. Des images circulant en ligne, présentées comme des représentations du futur complexe, ont été dénoncées par Edi Rama comme des « projets qui n’ont aucun lien » avec le projet réel. « De nombreuses images ont circulé sur les réseaux sociaux montrant des projets qui n’ont aucun lien avec celui-ci », a-t-il expliqué, accusant ses détracteurs de manipuler l’opinion.

Les organisations environnementales, quant à elles, alertent sur les risques pour la réserve de Vjosa Narta, un joyau naturel déjà menacé par l’urbanisation croissante du littoral albanais. Le pays, qui connaît une croissance touristique soutenue, attire de plus en plus d’investisseurs étrangers. Pourtant, selon ces ONG, des projets mal encadrés pourraient altérer des habitats protégés et compromettre l’attrait naturel qui fait la renommée de la région.

Une procédure d’évaluation encore indéterminée

Edi Rama a tenu à rassurer sur la transparence du processus décisionnel. Aucune construction ne pourra débuter sans une évaluation préalable conforme aux normes environnementales en vigueur. « Le projet est actuellement élaboré par les investisseurs. Nous verrons ce qu’il en sera lorsqu’il sera présenté », a-t-il indiqué, précisant que toute proposition serait soumise à un débat public avant toute approbation. Cette promesse intervient alors que la pression s’accentue, tant sur le plan politique qu’écologique.

Dans ce contexte, le gouvernement albanais se trouve face à un dilemme : attirer des capitaux étrangers pour dynamiser l’économie tout en préservant un patrimoine naturel déjà fragilisé. Le projet de Vjosa Narta illustre ainsi les tensions persistantes entre développement économique et protection de l’environnement, un débat qui dépasse largement les frontières albanaises.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient être déterminantes. Affinity Partners devra présenter une proposition concrète aux autorités albanaises, qui devront ensuite la soumettre à une évaluation environnementale et à un débat public. Si le gouvernement respecte ses engagements, la population et les associations pourront examiner en détail le projet avant toute décision. Reste à voir si cette transparence annoncée suffira à apaiser les craintes ou si la polémique continuera de s’amplifier.

Le cas albanais rappelle également les défis auxquels font face de nombreux pays européens, où l’attrait des investissements étrangers se heurte à la nécessité de préserver des écosystèmes fragiles. La gestion de ce type de projets, entre attractivité économique et durabilité, pourrait bien définir l’avenir touristique et environnemental de l’Albanie pour les années à venir.

Jared Kushner est le gendre de l’ancien président américain Donald Trump et le fondateur d’Affinity Partners, une société d’investissement à l’origine du projet immobilier controversé en Albanie. Bien qu’aucune proposition officielle n’ait encore été soumise aux autorités albanaises, la réputation de Kushner et ses liens politiques alimentent les suspicions autour du projet.

Vjosa Narta est une réserve naturelle située dans le sud de l’Albanie, reconnue pour sa biodiversité exceptionnelle. Classée parmi les sites les plus importants d’Europe pour ses écosystèmes marins et terrestres, elle abrite des espèces protégées et joue un rôle clé dans l’équilibre écologique de la région. Son aménagement est donc particulièrement controversé.