Une vague de fausses informations entoure le projet d’aménagement immobilier de plusieurs milliards d’euros porté par Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain Donald Trump, dans des zones sensibles d’Albanie. Selon Euronews FR, ces rumeurs, largement relayées sur les réseaux sociaux, brouillent le débat autour d’un projet déjà controversé pour son impact écologique et ses liens supposés avec Israël.

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet concerne l’île inhabitée de Sazan et la zone côtière protégée de Vjosa-Narta, un habitat naturel crucial pour la biodiversité.
  • Des théories du complot ont circulé, liant le projet à Israël ou à un prétendu plan de relocalisation de Palestiniens en Albanie, sans aucun fondement.
  • Une enquête anticorruption a été ouverte en Albanie pour examiner les procédures administratives et les transferts de terrains autour du projet.
  • Le Premier ministre albanais, Edi Rama, a catégoriquement démenti les allégations les plus fantaisistes, qualifiant ces rumeurs de « totalement fantasques ».
  • Les fausses informations incluent des images retouchées et des vidéos détournées, comme celle prétendant montrer sa résidence en flammes.

Un projet immobilier au cœur des polémiques

Le projet, porté par la société Affinity Partners de Jared Kushner, prévoit le développement d’un complexe touristique sur l’île de Sazan, inhabitée, et dans la zone humide de Vjosa-Narta. Selon ses défenseurs, ce projet pourrait dynamiser l’économie locale en attirant des investisseurs étrangers. À l’inverse, ses détracteurs dénoncent un risque majeur pour l’un des écosystèmes les plus fragiles du pays, déjà menacé par des constructions sauvages et des projets immobiliers non régulés.

La zone de Vjosa-Narta, classée parmi les habitats naturels les plus importants d’Albanie, abrite notamment des tortues marines et des oiseaux migrateurs. Son statut de protection a été revu à la baisse en 2024, une décision qui facilite désormais les aménagements. Pourtant, cette modification législative est au cœur d’une enquête anticorruption ouverte par le parquet spécialisé albanais.

Des rumeurs infondées alimentées par les réseaux sociaux

Parmi les fausses informations les plus répandues, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux prétend montrer la résidence officielle du Premier ministre Edi Rama en flammes, pendant des manifestations en Albanie. Selon Euronews FR, ces images datent en réalité de février 2026 et montrent l’incendie de l’ancienne villa d’Enver Hoxha, symbole de l’ère communiste, par des manifestants proches du Parti démocrate. Une confusion délibérée pour attiser les tensions.

Autre rumeur persistante : le projet serait soutenu par Israël, voire lié à un accord secret entre Jared Kushner, Edi Rama et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour installer des Palestiniens en Albanie. Edi Rama a balayé ces accusations : «

Tout cela s’accompagne d’un récit selon lequel il existerait un accord secret entre Bibi Netanyahu et moi, via Jared Kushner, pour installer des Palestiniens dans cette région de l’Albanie, ce qui est totalement fantasque.
» Aucune preuve ne vient étayer ces théories, pourtant régulièrement remises en avant par certains comptes en ligne.

Des images truquées et des vidéos détournées

Une image largement partagée montre une clôture de barbelés surmontée de deux drapeaux, albanais et israélien, présentée comme une frontière sur l’île de Zvërnec. Selon Euronews FR, il s’agit d’un montage : l’image originale ne comportait aucun drapeau, ces éléments ayant été ajoutés numériquement. Une manipulation grossière pour alimenter la polémique.

D’autres vidéos, comme celle prétendant montrer des « colons israéliens » s’emparant de terres en Albanie avant d’être chassés par des habitants, reposent sur un montage. Les images proviennent en réalité d’une manifestation en février 2026 contre un complexe de luxe à Baks-Rjoll, dans le nord du pays. Ces détournements visuels illustrent la stratégie de désinformation entourant le projet.

Enquête anticorruption et tensions politiques

Le projet immobilier n’est pas seulement au cœur de polémiques environnementales et de rumeurs infondées : il fait aussi l’objet d’une enquête pour corruption en Albanie. Les procureurs albanais examinent la rapidité des autorisations administratives, suspectant des titres de propriété frauduleux et des transferts de terrains douteux. Ces pratiques, si elles étaient avérées, pourraient révéler un système où le pouvoir politique et les investisseurs étrangers s’entendent au détriment de l’intérêt général.

Le contexte politique albanais, marqué par une opposition virulente entre le Parti socialiste au pouvoir et les forces démocrates, ajoute une dimension explosive à l’affaire. Les manifestations, parfois violentes, ont déjà donné lieu à des incidents, comme l’incendie de l’ancienne villa d’Enver Hoxha. Pour Edi Rama, ces tensions sont instrumentalisées pour discréditer son gouvernement, notamment sur la question des investissements étrangers.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes seront déterminantes. Le parquet anticorruption albanais devrait rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année 2026, selon des sources judiciaires locales. Si des irrégularités sont avérées, cela pourrait entraîner l’annulation des autorisations accordées pour le projet ou, à minima, des poursuites contre les responsables. Parallèlement, la société Affinity Partners de Jared Kushner devra clarifier sa stratégie, alors que la pression internationale sur les questions environnementales et éthiques s’intensifie.

Côté politique, Edi Rama pourrait accélérer la mise en œuvre de réformes pour rassurer les partenaires européens, dans la perspective d’une adhésion future de l’Albanie à l’Union européenne — un sujet qu’il a défendu lors d’une récente interview à Euronews FR. Reste à voir si ces mesures suffiront à calmer les critiques et à distinguer les faits des rumeurs.

L’affaire soulève une question centrale : dans un pays où les réseaux sociaux et les manipulations en ligne jouent un rôle croissant, comment concilier attractivité économique et préservation des écosystèmes sans tomber dans les pièges de la désinformation ? La réponse, encore incertaine, pourrait bien façonner l’avenir du tourisme et de l’environnement albanais pour les décennies à venir.

Le projet est critiqué pour son impact écologique sur la zone humide de Vjosa-Narta, protégée jusqu’en 2024, ainsi que pour les soupçons de corruption liés aux autorisations administratives. De plus, il est instrumentalisé politiquement et alimenté par des théories du complot infondées.

Le parquet anticorruption albanais devrait rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année 2026, selon des sources judiciaires locales. Ces conclusions pourraient mener à des poursuites ou à l’annulation des autorisations du projet.