Le fiasco autour du logiciel Scribe, outil destiné à moderniser la rédaction des procédures policières, vient de connaître une nouvelle étape judiciaire. Selon nos confrères du Monde, la formation plénière de la chambre du contentieux de la Cour des comptes a rendu son verdict vendredi : six personnes ont été condamnées pour leur rôle dans ce projet, jugé catastrophique pour les finances publiques.
Dix ans après son lancement, à la fin de l’année 2015, Scribe reste inutilisable. Le logiciel, dont le coût s’élève à plusieurs dizaines de millions d’euros, devait révolutionner les pratiques de la police nationale en automatisant la rédaction des procédures. Pourtant, il n’a jamais été déployé, laissant l’institution avec des outils obsolètes et un déficit de transparence sur les responsabilités engagées. La Cour des comptes a estimé que les erreurs commises avaient causé un préjudice « grave » et « significatif » aux deniers publics.
Ce qu'il faut retenir
- Scribe, logiciel de rédaction des procédures policières lancé fin 2015, n’a toujours pas été opérationnel en 2026.
- Le projet a coûté « plusieurs dizaines de millions d’euros » à l’État.
- Six responsables ont été condamnés par la Cour des comptes pour leur implication dans ce fiasco.
- La Cour qualifie le préjudice financier de « grave » et « significatif ».
- Le logiciel devait automatiser la rédaction des procédures pour la police nationale.
Un projet lancé dans l’enthousiasme, achevé dans l’échec
Lancé à la fin de l’année 2015 sous l’impulsion des autorités policières et des pouvoirs publics, Scribe avait pour ambition de remplacer les méthodes manuelles de rédaction des procédures par un outil numérique intégré. Le projet, confié à des prestataires externes, devait s’inscrire dans la modernisation des outils de travail des forces de l’ordre. Pourtant, dès les premières phases de test, des dysfonctionnements majeurs ont été identifiés, sans que les corrections nécessaires ne soient apportées.
Les retards se sont accumulés, les coûts ont explosé, et le logiciel est finalement resté dans les tiroirs. Selon les informations du Monde, les audits successifs ont révélé des lacunes dans la gestion du projet, des manquements contractuels et une absence de pilotage efficace. Autant dire que les espoirs initiaux se sont heurtés à une réalité bien plus sombre.
Six condamnations pour un préjudice évalué comme « grave »
Parmi les six personnes condamnées par la Cour des comptes figurent des responsables administratifs, techniques et financiers impliqués dans le pilotage du projet. Leurs noms n’ont pas été dévoilés par la juridiction, mais leur responsabilité a été engagée sur trois plans : la gestion budgétaire, la supervision technique et la prise de décision stratégique.
La Cour a particulièrement pointé du doigt l’absence de contrôle rigoureux sur les dépenses engagées. « Le projet a accumulé des surcoûts importants sans justification claire », a souligné un magistrat de la chambre du contentieux. Les manquements ont conduit à une situation où l’État a financé un outil inutilisable, gaspillant des ressources qui auraient pu être allouées à d’autres priorités.
« Le préjudice causé aux finances publiques est grave et significatif. Les erreurs de gestion ont empêché l’aboutissement d’un projet pourtant essentiel pour la modernisation de nos outils policiers. »
– Communiqué de la Cour des comptes
L’affaire Scribe rappelle une fois de plus les risques liés aux grands projets informatiques publics, souvent confrontés à des retards, des dépassements budgétaires et des résultats décevants. Reste à savoir si les leçons de cet échec seront tirées pour éviter de reproduire les mêmes erreurs à l’avenir.
Les sanctions exactes n’ont pas été précisées par la Cour des comptes. Cependant, elles pourraient inclure des amendes personnelles, des retraits de primes ou des sanctions disciplinaires au sein de leurs administrations respectives. Une procédure de recours est également possible.