Arthur Mensch, cofondateur et PDG de Mistral AI, a vivement critiqué jeudi 28 mai la proposition de loi française visant à encadrer l’utilisation des contenus protégés par le droit d’auteur dans le développement des modèles d’intelligence artificielle. Selon Capital, le dirigeant a estimé que ce texte mettait « gravement en danger » les intérêts de son entreprise et de l’écosystème tech français.
Ce qu'il faut retenir
- Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, s’est prononcé contre une proposition de loi sur l’IA et le droit d’auteur lors d’un entretien sur RTL le 28 mai 2026.
- Le texte, initialement prévu pour juin 2026, pourrait être reporté à une date ultérieure en raison de son rejet par les présidents des groupes parlementaires.
- Mensch propose la création d’un fonds européen financé par les géants de l’IA pour soutenir la création culturelle, plutôt qu’un système de rémunération directe.
- Il a souligné l’impossibilité de vérifier si des contenus sont copiés-collés, plaidant pour une « attribution » des créations utilisées par l’IA.
- Arthur Mensch a également partagé l’avis du pape Léon XIV sur la nécessité de placer « l’humain au centre » du déploiement de l’IA.
Un texte perçu comme une menace par Mistral AI
Arthur Mensch a vivement réagi à l’éventualité d’une proposition de loi française sur l’IA et le droit d’auteur, qu’il juge défavorable aux acteurs de l’intelligence artificielle. Invité sur RTL ce 28 mai 2026, le cofondateur de Mistral AI a estimé que ce texte « nous mettait gravement en danger », sans pour autant préciser les conséquences exactes qu’il redoutait. Selon ses propos rapportés par Capital, cette proposition visait à obliger les entreprises d’IA à négocier des rémunérations avec les industries culturelles et médiatiques pour l’utilisation de leurs contenus protégés.
Pour autant, le texte n’a pas été retenu pour une discussion à l’Assemblée nationale en juin 2026. Ses débats pourraient être reportés à une date ultérieure dans l’année, laissant planer une incertitude sur son avenir. Malgré ce contretemps, Arthur Mensch a tenu à exprimer publiquement son opposition, confirmant son engagement dans le débat sur l’encadrement de l’IA.
Mistral AI défend une alternative : un fonds européen pour la culture
Face à la proposition de loi, Arthur Mensch a défendu une solution alternative : la création d’un fonds européen alimenté par les revenus des entreprises d’IA. Ce mécanisme permettrait de financer directement la création culturelle et les acteurs des industries médiatiques, sans passer par des négociations bilatérales. « Il faudrait davantage miser sur la création d’un fonds européen où Mistral AI pourrait apporter une partie de leurs revenus pour financer la culture », a-t-il expliqué.
Cette approche, selon lui, offrirait une solution plus opérationnelle pour soutenir les créateurs tout en évitant les blocages juridiques liés à la vérification des sources utilisées par les modèles d’IA. Une position qu’il a résumée en déclarant : « Nous recherchons simplement une manière opérationnelle de le faire. » Il s’est dit « favorable à mettre la main à la poche » pour participer à ce financement, tout en reconnaissant l’impossibilité actuelle de tracer précisément l’origine des contenus intégrés dans les bases d’entraînement des IA.
« Aujourd’hui, il est impossible de savoir s’il y a des choses qui ont été copier-coller et d’avoir une forme d’attribution à la création de contenus. » — Arthur Mensch, PDG de Mistral AI
L’IA au service de l’humain : une convergence avec les préoccupations du pape
Arthur Mensch a également réagi aux déclarations du pape Léon XIV, qui a appelé le 25 mai 2026 à un ralentissement du développement de l’IA, évoquant les risques de désinformation et la nécessité de « remettre l’humain au centre ». Lors de son intervention sur RTL, le dirigeant de Mistral AI a partagé cette préoccupation, insistant sur l’importance d’un déploiement éthique de l’IA.
« Il faut réfléchir à savoir comment cela est déployé auprès des humains. Une technologie au service des humains qui vont l’utiliser [...] Il faut faire en sorte que l’utilisateur de l’outil s’enrichisse de son utilisation plutôt qu’il ne désaprenne la tâche qu’il délègue », a-t-il déclaré. Une position qui rejoint les mises en garde du souverain pontife, tout en prônant une approche pragmatique plutôt qu’un frein total à l’innovation.
Un débat qui s’inscrit dans un contexte européen plus large
La proposition de loi française sur l’IA et le droit d’auteur s’inscrit dans un mouvement plus large au niveau européen, où la réforme du droit d’auteur fait débat depuis plusieurs années. En 2023, les eurodéputés avaient donné leur feu vert à une réforme visant à moderniser le cadre juridique, mais celle-ci avait suscité des critiques de la part des géants du numérique, dont certains estiment qu’elle freine l’innovation.
En France, le sujet est d’autant plus sensible que le pays abrite des acteurs majeurs de l’IA, comme Mistral AI, qui se positionne comme une alternative européenne aux modèles américains et chinois. Arthur Mensch a d’ailleurs rappelé l’importance pour l’Europe de trouver un équilibre entre protection des créateurs et soutien à l’innovation technologique, deux enjeux souvent perçus comme antagonistes.
Pour l’instant, l’entreprise française continue de se développer rapidement, avec des rumeurs persistantes concernant une levée de fonds majeure. Si les négociations sur le droit d’auteur s’intensifient, elles pourraient devenir un enjeu clé pour l’avenir de l’écosystème tech européen.
D’après Arthur Mensch, la proposition de loi pourrait « gravement mettre en danger » les activités de Mistral AI, en imposant des contraintes financières et juridiques supplémentaires liées à l’utilisation des contenus protégés pour entraîner ses modèles. Le texte envisagerait notamment des négociations obligatoires avec les ayants droit, ce qui, selon le dirigeant, rendrait le développement des IA plus complexe et coûteux pour les acteurs européens.
Le PDG de Mistral AI justifie cette approche par l’impossibilité actuelle de tracer précisément l’origine des contenus utilisés pour entraîner les modèles d’IA. Un fonds européen permettrait, selon lui, de financer la culture de manière collective et transparente, sans bloquer l’innovation par des litiges juridiques interminables. Cette solution évite également les difficultés pratiques liées à l’attribution des rémunérations à chaque créateur dont le contenu aurait été utilisé.