Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a présenté hier sa méthode pour traiter d’ici la fin de son mandat les 1 000 « points noirs » identifiés comme des lieux récurrents de dépôts sauvages d’ordures ou d’encombrants. Selon Le Figaro, cette initiative s’appuie sur une étude de 2023 qui a permis de recenser 1 412 de ces zones critiques, classées en huit typologies distinctes. L’objectif affiché est d’agir non seulement sur les symptômes, mais aussi sur les causes profondes de ces incivilités urbaines, souvent liées à l’aménagement des espaces ou à leur surfréquentation.
Ce qu'il faut retenir
- 1 412 points noirs recensés en 2023, dont 1 000 prioritaires à traiter d’ici 2026 ;
- Les zones identifiées se répartissent en huit typologies, dont les creux et retraits d’alignement représentent 30 % des dépôts ;
- La Ville mise sur une approche pluridisciplinaire, associant propreté, urbanisme, voirie et espaces verts ;
- Première phase de mesures prévue « à l’automne », après un diagnostic territorial ;
- Paris compte 26 000 corbeilles de rue, l’une des densités les plus élevées d’Europe, mais leur utilisation inappropriée aggrave parfois le problème.
Une méthode axée sur les causes plutôt que sur les symptômes
Face à la récurrence des dépôts sauvages, souvent concentrés dans des zones précises, Emmanuel Grégoire a insisté sur la nécessité d’identifier les causes plutôt que de se contenter d’une réponse curative. « Les points noirs, c’est un travail d’identification des lieux dans lesquels il y a une récurrence d’incivilité, de malpropreté. L’objectif étant d’identifier les causes pour en traiter les effets », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse organisée dans le XIVe arrondissement, devant un exemple concret de dépôt sauvage. Parmi les facteurs aggravants, il a cité l’aménagement de l’espace, évoquant notamment les « recoins » ou les impasses, mais aussi la surfréquentation de certains secteurs ou l’absence de matériel de propreté adapté.
Pierre Lombard, adjoint à la Propreté, a nuancé l’idée selon laquelle le problème relèverait uniquement d’un manque de moyens. Avec 26 000 corbeilles de rue, Paris affiche en effet l’une des densités de poubelles urbaines les plus élevées d’Europe, « au mètre linéaire de voirie ». Pourtant, dans certains cas, ces équipements sont détournés de leur usage initial : « Parfois, quand la poubelle sert davantage à mettre des encombrants autour (...), la réponse peut être de l’enlever », a-t-il précisé. Une approche pragmatique qui illustre la volonté de la municipalité de s’adapter à chaque situation.
Huit typologies de « points noirs » identifiées
L’étude de 2023, menée en collaboration avec les éboueurs parisiens, a permis de classifier les 1 412 points noirs en huit catégories distinctes. Selon Milena Charbit, architecte et co-autrice de l’étude, les « creux, les retraits d’alignement ou les redents dans les façades » représentent à eux seuls 30 % des dépôts sauvages. Les autres typologies incluent les murs aveugles, les grilles, les colonnes à verre, les grandes infrastructures comme le périphérique, les impasses, les angles de rue ou encore les espaces couverts. « Ces mètres carrés ont un potentiel de transformation formidable », a souligné Deborah Feldman, architecte chez 127af, partenaire de l’étude. Elle cite notamment la possibilité de végétaliser ces espaces ou de les rendre plus accessibles, par exemple en y aménageant une piste cyclable.
Les exemples ne manquent pas : certaines interventions ont déjà porté leurs fruits, comme la création d’un stationnement pour vélos qui a permis de stopper net les dépôts sauvages dans une zone donnée. Une autre piste explorée par la Ville repose sur le « nudge », une technique d’influence comportementale consistant à modifier les habitudes par des incitations indirectes. L’exemple donné par Pierre Lombard est parlant : la création d’une fausse porte, là où des passants avaient pris l’habitude d’uriner contre un mur, a suffi à mettre fin à cette pratique.
Une approche collaborative et territorialisée
Pour concrétiser sa stratégie, la mairie de Paris a demandé aux mairies d’arrondissement de recenser les zones sur lesquelles elles souhaitent agir en priorité. Cette décentralisation du diagnostic doit permettre une réponse adaptée à chaque territoire. Après cette phase d’identification, les premières mesures concrètes sont attendues « à l’automne », selon les services municipaux. Ces actions pourraient inclure des aménagements urbains, des changements dans la gestion des espaces ou des campagnes de sensibilisation ciblées.
Emmanuel Grégoire a rappelé que le problème de la propreté ne relève pas uniquement des services dédiés, mais implique plusieurs directions municipales : « Ce n’est pas juste un sujet curatif où il faut que les services de la propreté passent. Cela peut concerner les services de l’urbanisme, de la voirie ou des espaces verts ». Une vision transversale qui reflète l’ambition de la Ville de s’attaquer aux racines du problème plutôt qu’à ses manifestations visibles.
En attendant, la question de la propreté à Paris reste un enjeu majeur, tant pour la qualité de vie des habitants que pour l’image de la capitale. Les « points noirs » identifiés, souvent situés dans des quartiers densément peuplés, pourraient ainsi devenir des laboratoires d’innovation urbaine, où se testeront des solutions adaptées à la complexité des espaces parisiens.
Selon Pierre Lombard, adjoint à la Propreté, certaines corbeilles sont détournées de leur usage initial, notamment pour y déposer des encombrants. Dans ces cas, la solution retenue peut consister à retirer les poubelles, comme l’a expliqué la municipalité. Par ailleurs, l’étude de 2023 a montré que l’aménagement des espaces joue un rôle clé : les « recoins » ou les zones mal éclairées favorisent les dépôts sauvages, indépendamment de la disponibilité des corbeilles.