Selon Euronews FR, l’Union européenne réfléchit à restreindre la protection temporaire accordée aux hommes ukrainiens en âge de porter les armes, alors que les États membres cherchent à concilier soutien humanitaire, intégration et besoins en main-d’œuvre pour Kiev. Cette discussion s’inscrit dans un contexte où plus de quatre millions d’Ukrainiens bénéficient, depuis 2022, d’un statut leur permettant de résider et travailler légalement dans l’UE jusqu’en mars 2027.
Ce qu'il faut retenir
- L’UE envisage d’exclure les hommes ukrainiens de 23 à 60 ans soumis au service militaire de la protection temporaire, selon une proposition soutenue par l’Allemagne et la Pologne.
- En 2026, les hommes adultes représentent 26,6 % des réfugiés ukrainiens en Europe, mais on ignore combien sont en âge de servir ou sont arrivés irrégulièrement.
- La Commission européenne pourrait présenter une proposition formelle d’ici la pause estivale, après consultation des États membres.
- Certains pays, comme la Belgique, exigent une preuve de sortie légale de l’Ukraine, tandis que d’autres, comme la Pologne, accordent la protection dès l’arrivée.
- Le gouvernement ukrainien a appelé les pays partenaires à encourager le retour des hommes en âge de servir, « qui devraient revenir », selon Volodymyr Zelensky.
Une mesure portée par plusieurs États membres, dont l’Allemagne et la Pologne
Lors d’une réunion des ministres de l’Intérieur de l’UE organisée jeudi à Luxembourg, plusieurs options ont été discutées pour resserrer l’accès à la protection temporaire, indique Euronews FR. Parmi elles, la proposition la plus soutenue vise à exclure les hommes ukrainiens de 23 à 60 ans soumis au service militaire. Cette mesure répondrait à une demande pressante de Berlin et Varsovie, où les flux migratoires en provenance d’Ukraine restent soutenus.
Selon les règles actuelles, la directive européenne sur la protection temporaire, activée quelques jours après l’invasion russe du 24 février 2022, permet aux Ukrainiens de bénéficier d’un statut de réfugié sans déposer de demande d’asile. Ce dispositif, renouvelé chaque année, autorise les bénéficiaires à résider et travailler dans l’UE jusqu’en mars 2027. Pourtant, plusieurs pays estiment que ce cadre doit être révisé pour mieux répondre aux réalités du conflit.
Une législation ukrainienne qui limite les départs des hommes mobilisables
Sous la loi martiale en vigueur en Ukraine, la plupart des hommes âgés de 23 à 60 ans ne sont pas autorisés à quitter le pays, sauf exceptions. Ces exemptions concernent notamment les personnes handicapées, celles jugées inaptes au service militaire, les pères de trois enfants de moins de 18 ans, ou encore les aidants familiaux. Pourtant, malgré ces restrictions, certains hommes en âge d’être mobilisés parviennent à franchir illégalement les frontières et obtiennent ensuite une protection dans l’UE.
Le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a souligné que « nous avons constaté que l’afflux de personnes [ukrainiennes] en âge de service militaire s’est accru ces derniers mois ». Cette tendance a alimenté les débats au sein de l’UE sur la nécessité de durcir les critères d’éligibilité à la protection temporaire, afin d’éviter que des hommes mobilisables ne quittent le territoire ukrainien.
Des divergences entre États membres sur l’interprétation des règles
Si la protection temporaire s’applique de manière uniforme dans toute l’UE, les contrôles d’éligibilité varient considérablement d’un pays à l’autre. Par exemple, la Belgique exige des demandeurs qu’ils prouvent avoir quitté l’Ukraine de manière légale, ce qui exclut de fait ceux qui sont partis irrégulièrement. À l’inverse, la Pologne accorde une protection dès que les Ukrainiens atteignent son territoire, quelle que soit la façon dont ils ont franchi la frontière.
Les trois pays européens accueillant le plus grand nombre de bénéficiaires sont l’Allemagne (1 274 955 personnes, soit 29,4 % du total dans l’UE), la Pologne (961 405, 22,2 %) et la Tchéquie (379 820, 8,8 %). Ces chiffres illustrent l’ampleur de la crise humanitaire et les défis logistiques auxquels font face les États membres pour gérer ces flux.
Un durcissement du dispositif aligné sur les demandes de Kiev
Un régime de protection temporaire plus strict serait en phase avec la position du gouvernement ukrainien. En 2025, le président Volodymyr Zelensky avait appelé les pays partenaires à « traiter cette question » en déclarant que les hommes en âge de servir « devraient revenir » en Ukraine. Cette demande s’inscrit dans un contexte où Kiev cherche à renforcer ses effectifs militaires face à l’intensification des combats avec la Russie.
Une autre piste évoquée lors des discussions consistait à refuser la protection temporaire aux Ukrainiens venant de zones considérées comme « sûres ». Cependant, cette option a rapidement été rejetée par plusieurs gouvernements, dont la Pologne. « Cette solution n’est pas acceptable pour nous », a déclaré le sous-secrétaire d’État polonais Maciej Duszczyk. « Nous savons exactement ce qui se passe en Ukraine. Il arrive que des citoyens polonais vivant près de la frontière entendent eux aussi les explosions de missiles russes qui frappent des cibles civiles très près de nos frontières. »
Des pays comme l’Espagne et l’Italie prônent le statu quo
Face à ces propositions restrictives, certains États membres, tels que l’Espagne ou l’Italie, défendent le maintien du dispositif actuel sans modification de son champ d’application. Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a affirmé : « Tous les citoyens ukrainiens doivent rester protégés dans tous les pays de l’UE. Bien sûr, nous devons aussi avancer vers une intégration effective et des retours volontaires, en fonction des circonstances. »
Cette division entre pays favorables à un durcissement et ceux souhaitant préserver le système actuel reflète les tensions au sein de l’UE sur la meilleure façon de concilier solidarité, réalités géopolitiques et contraintes internes.
Cette révision du dispositif de protection temporaire soulève des questions plus larges sur l’avenir des politiques migratoires européennes face aux crises prolongées. Faut-il privilégier la solidarité immédiate ou intégrer des critères plus stricts pour répondre aux besoins des pays d’accueil et des pays d’origine ? La réponse à cette question pourrait redéfinir le cadre juridique actuel et influencer les futures réponses de l’UE aux crises humanitaires.
Ces pays, comme l’Allemagne et la Pologne, estiment que la protection temporaire doit être révisée pour éviter que des hommes mobilisables ne quittent l’Ukraine, affaiblissant ainsi les capacités militaires de Kiev. Ils cherchent aussi à mieux répondre aux besoins en main-d’œuvre et à l’intégration des réfugiés dans leurs sociétés.
La Commission européenne doit présenter une proposition formelle dans les prochaines semaines, ou avant la pause estivale. Celle-ci devra être adoptée à l’unanimité par les États membres, ce qui pourrait prendre plusieurs mois en raison des divergences persistantes sur l’approche à adopter.