En 2024, le psychologue américain Paul Bloom, professeur à l’université de Yale, a publié un ouvrage intitulé « Psycho » dans lequel il compile dix résultats scientifiques majeurs sur la mémoire, les bébés, les gènes et les peurs universelles. Selon Top Santé, ces travaux, issus de la psychologie évolutionniste, bousculent les certitudes sur la nature humaine en révélant des mécanismes souvent contre-intuitifs.
Ce qu'il faut retenir
- La mémoire humaine est sélective et reconstructive, façonnée par nos biais et nos besoins actuels plutôt que par une fidélité absolue au passé.
- Les bébés possèdent dès la naissance une compréhension intuitive des nombres et des relations sociales, bien avant tout apprentissage.
- Nos gènes influencent notre personnalité à hauteur de 40 à 60 %, mais l’environnement joue un rôle tout aussi déterminant.
- La peur des serpents et des araignées est innée et s’observe même chez les nourrissons, suggérant une origine évolutive.
- Notre attirance pour certains traits physiques est universelle et liée à des indicateurs de santé ou de fertilité.
- L’empathie n’est pas une qualité purement morale, mais un mécanisme adaptatif favorisant la coopération au sein des groupes.
Paul Bloom, dont les travaux portent sur la psychologie morale et évolutionniste, s’appuie sur des décennies de recherches en neurosciences et en sciences cognitives. Son livre, salué par la critique, propose une plongée dans les fondements biologiques et culturels de l’identité humaine. « Ces vérités peuvent sembler dérangeantes, car elles remettent en cause l’idée d’un libre arbitre absolu », a-t-il expliqué à Top Santé.
La mémoire : un récit en constante réécriture
Selon Bloom, notre mémoire n’est pas un enregistrement fidèle des événements, mais un processus actif de reconstruction. Des études en neurosciences montrent que chaque rappel modifie légèrement le souvenir, en fonction de nos attentes et de nos émotions présentes. « On se souvient de ce que l’on croit avoir vécu, plutôt que de ce qui s’est réellement passé », souligne le psychologue. Cette plasticité explique pourquoi des témoins d’un même événement peuvent avoir des récits radically différents.
Une autre découverte majeure concerne la mémoire des bébés. Dès les premiers mois de vie, les nourrissons distinguent les nombres et les visages, bien avant de pouvoir parler. « Ces capacités précoces suggèrent que certaines compétences cognitives sont programmées par l’évolution », indique Bloom. Ces travaux rejoignent ceux du psychologue suisse Jean Piaget, qui avait déjà souligné l’importance des premières années dans le développement intellectuel.
Gènes et environnement : un équilibre fragile
L’influence des gènes sur la personnalité est un sujet souvent mal compris. Bloom rappelle que, si la génétique explique entre 40 et 60 % de la variabilité des traits de caractère, l’environnement — qu’il soit familial, social ou culturel — joue un rôle tout aussi crucial. « Un enfant doté d’un tempérament timide ne deviendra pas forcément un adulte anxieux s’il évolue dans un milieu rassurant et stimulant », explique-t-il. Ces données s’inscrivent dans le débat plus large sur la part respective de l’inné et de l’acquis.
Parmi les exemples les plus frappants, Bloom cite les études sur les jumeaux séparés à la naissance. Même élevés dans des environnements différents, ces derniers partagent souvent des traits de personnalité, des goûts ou des phobies, confirmant l’importance du bagage génétique. « Cela ne signifie pas que nous sommes condamnés par nos gènes, mais que notre liberté s’exerce dans un cadre biologique donné », précise-t-il.
Peurs innées et attirances universelles
Autre révélation de l’ouvrage : certaines peurs, comme celle des serpents ou des araignées, seraient gravées dans notre ADN. Des expériences menées sur des bébés montrent qu’ils réagissent avec méfiance face à ces animaux, même s’ils n’en ont jamais eu peur auparavant. « Ces réactions instinctives témoignent d’une adaptation évolutive : nos ancêtres qui évitaient ces dangers avaient plus de chances de survivre », analyse Bloom.
Côté attirances, le psychologue souligne que certains critères de beauté — comme la symétrie faciale ou un indice de masse corporelle sain — sont universels. « Ces préférences ne sont pas le fruit du hasard, mais reflètent des indicateurs de santé et de fertilité », explique-t-il. Bloom cite des études interculturelles montrant que, malgré la diversité des canons esthétiques, certaines caractéristiques reviennent systématiquement dans les classements de beauté.
Si ces vérités peuvent déstabiliser, elles offrent aussi une opportunité : celle de mieux comprendre les forces qui nous façonnent. Reste à savoir comment la société intégrera ces connaissances, entre progrès scientifique et questionnements éthiques.
Non, selon Paul Bloom. Il précise que ces mécanismes biologiques et psychologiques servent de cadre à nos choix, mais ne les déterminent pas entièrement. « La liberté existe, mais elle s’exerce dans les limites de notre nature », a-t-il indiqué à Top Santé.