Alors que les Pyrénées-Orientales subissaient début juillet l’un des plus vastes incendies de leur histoire – plus de 5 000 hectares brûlés autour de Trévillach –, le village de Montalba-le-Château a été miraculeusement épargné. La différence ? Des ceintures vertes entretenues par les agriculteurs, ainsi qu’un débroussaillage rigoureux des habitations. Selon Franceinfo – Faits divers, cette stratégie a permis de contenir les flammes à quelques centaines de mètres des premières maisons.
Ce qu’il faut retenir
- 5 000 hectares brûlés par l’incendie de Trévillach début juillet, mais Montalba-le-Château reste intact grâce à des ceintures vertes.
- Des pâturages et des vergers entretenus par les agriculteurs ont joué un rôle clé dans le ralentissement des flammes.
- Le débroussaillage des maisons isolées, rendu obligatoire, a permis de sauver toutes les habitations correctement entretenues.
- 350 hectares seulement de « coupures de combustible » entretenues par les éleveurs en 2026, contre 1 200 en 2014, faute de financements suffisants.
- Des acteurs privés, comme le syndicat des vins du Roussillon, proposent désormais de financer des ceintures pare-feu agricoles.
Un village préservé grâce à l’entretien des sols
En arrivant à Montalba-le-Château début juillet, la scène était frappante : à perte de vue, le paysage était carbonisé, sauf autour du village, encerclé de verdure. Les flammes ont été stoppées au sud par des pâturages, au nord par des arbres soigneusement entretenus, notamment ceux de l’agriculteur Pierre Aris. « Il y a des amandiers, et là-bas, ce qui a le plus reçu les flammes, ce sont les oliviers, précise-t-il. Vous voyez, c’est propre, ça s’arrête. L’autre parcelle, là-haut, était sale et elle a brûlé. »
Ce débroussaillage a été complété par celui des maisons isolées, une obligation légale que presque tous les habitants ont respectée, sous l’impulsion de l’Office national des forêts (ONF). Marie Martinez, maire de Montalba-le-Château, collabore avec l’ONF depuis trois ans. « Pendant deux ans et demi, l’ONF est venu plusieurs fois voir les propriétaires pour leur indiquer les arbres à couper, explique-t-elle. Et en mai, ils sont passés pour des contrôles et des verbalisations. Résultat : toutes les maisons ayant respecté l’obligation légale de débroussaillage ont été sauvées. »
Un modèle menacé par le déclin de l’élevage
Si la ceinture verte a sauvé le village, elle repose sur un équilibre fragile. Marie Martinez anticipe déjà l’avenir : « Un éleveur qui va partir à la retraite bientôt. La bergerie est communale, donc j’espère trouver un successeur pour entretenir ces parcelles. » Sans repreneur, des hectares de « coupures de feu » pourraient se couvrir de végétation sèche, redevenant des zones à risque.
Ce scénario inquiète les acteurs locaux. « Notre préfecture organise de belles réunions en disant *on va installer des agriculteurs, on va faire des coupe-feu*, mais rien ne se concrétise jamais », dénonce Pierre Aris. « Avant, il y avait 500 hectares entretenus ; aujourd’hui, il n’en reste que 30. Le jour où nous, on arrête, le feu arrive au village. Et les agriculteurs ne tombent pas du ciel. »
Les éleveurs, gardiens discrets des paysages
Dans le massif des Aspres, près de Saint-Marsal, l’éleveur Fabrice Llabour entretient une quinzaine d’hectares de « coupures de feu » grâce à ses 300 brebis et ses vaches. « Elles étaient sur les coupures en train de manger et ont tout nettoyé, donc il faut les changer de territoire », explique-t-il. Quand ses animaux ne peuvent pas intervenir, il utilise un broyeur pour éliminer ronces, fougères et herbes hautes. « Là, on voit la différence : entretenu d’un côté, négligé de l’autre. S’il n’y a pas eu de feu, c’est peut-être grâce à cette coupure : mieux vaut prévenir que guérir. »
Ces zones rasées, marquées en jaune sur l’atlas opérationnel des pompiers, servent de lignes d’appui pour les interventions. Carole Duperron, de la Société d’élevage des Pyrénées-Orientales, précise : « Cet atlas indique toutes les pistes accessibles aux camions des pompiers et les coupures de combustible entretenues par les éleveurs. Toutes ces lignes sont sous contrat et doivent être entretenues. » Pourtant, leur nombre a drastiquement chuté : de 1 200 hectares en 2014, elles ne couvrent plus que 350 hectares en 2026. « On en a perdu 70 %. Les fonds européens ont fondu, et les revenus de Fabrice pour ces coupures sont passés de 30 000 à 10 000 euros par an. »
Des financements privés pour relancer les ceintures pare-feu
Face à ce recul, des acteurs privés proposent de prendre le relais. Fabrice Rieu, président du syndicat du commerce des vins du Roussillon, a vu ses vignes touchées par l’incendie de juillet : « Beaucoup de raisins ont été contaminés par le goût de fumée et ne seront pas récoltables cette année. » Pour éviter de nouveaux drames, il envisage un projet de ceinture pare-feu agricole, financé par son syndicat et la fédération de l’hôtellerie de plein air. « Tout le monde répondra présent, au moins pour initier le projet, assure-t-il. On préfère qu’il y ait des gens qui vivent de leur travail, comme les agriculteurs, pour entretenir ces espaces. La viticulture et le tourisme sont liés : avec des paysages dévastés, notre économie en pâtirait. »
Son projet prévoit une rémunération pouvant aller jusqu’à 1 500 euros par hectare pour certaines parcelles, avec une enveloppe globale de 15 millions d’euros par an. « Ce n’est pas cher payé par rapport aux centaines de millions d’euros que coûtera cet incendie », souligne-t-il. Comme les autres interlocuteurs interrogés, il plaide pour que le risque incendie soit désormais intégré dans toute nouvelle construction.
Pour l’instant, les ceintures vertes restent un rempart efficace, mais fragile. Leur entretien dépend de la survie même de l’agriculture locale – et du maintien des financements, qu’ils soient publics ou privés.
Les éleveurs signent des contrats avec les collectivités ou l’État, souvent financés par des fonds européens. Ces contrats leur versent entre 10 000 et 30 000 euros par an pour 10 à 15 hectares entretenus, selon les cas. Mais ces aides ont diminué de 70 % depuis 2014, passant de 1 200 hectares à 350 hectares en 2026.