Alors que la performance et la rapidité s’imposent comme des normes sociales, certaines cultures ont fait de la lenteur une véritable philosophie de vie. Courrier International explore, dans son numéro du 23 juillet au 12 août 2026, ces termes étrangers qui célèbrent l’art de prendre son temps sans culpabilité, comme la « fjaka » croate ou le « tangping » chinois.
Ce qu'il faut retenir
- La « fjaka » croate incarne une philosophie de vie fondée sur la lenteur et la détente, sans remords ni pression sociale.
- Le « tangping », apparu en Chine il y a cinq ans, désigne le rejet des pressions liées au travail et une forme de résistance passive aux attentes capitalistes.
- Ces concepts reflètent une remise en question croissante de la culture de l’hyperproductivité, notamment chez les jeunes générations.
- Le « tangping » est passé d’un terme marginalisé à une expression de contestation sociale, selon des observateurs maoïstes.
Chaque été, avec l’arrivée des vacances, la société occidentale semble s’accorder une trêve dans sa course effrénée contre la montre. Courrier International souligne ce besoin de ralentir, une tendance que la presse internationale relaie largement ces dernières années. Pour illustrer cette quête de lenteur, le magazine a compilé une liste de termes issus de langues étrangères, mettant en avant des notions qui font la part belle à l’oisiveté et au bien-être sans hâte.
Parmi ces concepts, la « fjaka » croate se distingue comme un idéal de vie. Ce mot, difficile à traduire, évoque une forme de détente profonde, une pause contemplative où le temps s’arrête. « Fjaka » ne se réduit pas à la simple paresse : il s’agit d’un état d’esprit où la lenteur est vécue comme un luxe, voire un art. Dans une société où la productivité est souvent synonyme de valeur personnelle, cette philosophie offre une alternative radicale.
Le « tangping » chinois : une rébellion silencieuse contre l’exigence de performance
De l’autre côté du monde, en Chine, le terme « tangping » (躺平) a émergé il y a cinq ans pour désigner une attitude de rejet des pressions sociales liées à la culture du travail. Composé des caractères « s’allonger à plat » et « laisser les gens se moquer », il illustre une posture de résistance passive. Plutôt que de s’épuiser dans une compétition sans fin, les partisans du « tangping » choisissent de « rester à plat, sans désir ni revendication », une approche qui n’est pas sans rappeler certaines philosophies bouddhistes.
Longtemps stigmatisé dans une Chine où le productivisme est une valeur cardinale sous le régime de Xi Jinping, le « tangping » a progressivement gagné en légitimité. « Cette expression du mécontentement des masses démontre qu’elles ont commencé à rejeter instinctivement la discipline capitaliste », analyse le site maoïste Hongge Huiwang. Plutôt que de critiquer ce mouvement pour son manque d’enthousiasme, certains y voient désormais une forme de résistance collective contre les excès du capitalisme.
Une lenteur qui interroge les modèles économiques dominants
Ces concepts ne sont pas de simples curiosités linguistiques : ils reflètent une remise en question plus large des modèles économiques actuels. Dans un monde où la vitesse est souvent synonyme de succès, des voix s’élèvent pour défendre une autre vision du progrès, fondée sur l’équilibre et le bien-être. La « fjaka » croate et le « tangping » chinois en sont deux exemples frappants, mais d’autres termes pourraient être ajoutés à cette liste : le « lagom » suédois, qui prône un juste milieu entre excès et modération, ou encore le « niksen » néerlandais, qui encourage à ne rien faire sans culpabilité.
Pour Courrier International, ces mots ne sont pas anodins. Ils témoignent d’une prise de conscience mondiale : la quête permanente de performance a un coût, humain et environnemental. En promouvant la lenteur, certaines cultures offrent une alternative, une façon de réapprendre à vivre à un rythme plus humain. Bref, elles rappellent que la productivité n’est pas une fin en soi.
Alors que la société continue de valoriser l’efficacité et la rapidité, ces termes étrangers rappellent une évidence : la lenteur n’est pas une perte de temps, mais une forme d’émancipation. Et si, finalement, la vraie performance consistait à savoir s’arrêter ?
Le « tangping » est avant tout une tendance individuelle et informelle, bien qu’elle reflète un mécontentement plus large face aux pressions sociales. Contrairement à un mouvement organisé, il n’a pas de structure hiérarchique ni de revendications politiques explicites. Cependant, son adoption massive pourrait, à terme, influencer les débats sur le travail et la productivité en Chine.
Oui. Le « lagom » suédois, qui signifie « ni trop, ni trop peu », prône un équilibre dans tous les aspects de la vie. Le « niksen » néerlandais encourage, quant à lui, à ne rien faire sans culpabilité. Ces concepts, comme la « fjaka » ou le « tangping », montrent que la quête de lenteur est un phénomène transnational.