Quarante ans après l’explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl, le 26 avril 1986, une étude internationale révèle que les radiations ionisantes ont laissé des traces dans le génome des descendants des travailleurs exposés. Selon Futura Sciences, des chercheurs dirigés par le généticien Peter Krawitz, de l’Université de Bonn, ont publié en janvier 2026 dans la revue Nature des travaux montrant pour la première fois la transmission de mutations génétiques induites par les radiations chez l’humain.
Cette découverte s’appuie sur l’analyse des génomes de deux groupes exposés : des liquidateurs de Tchernobyl, chargés du nettoyage de la zone contaminée après l’accident, et d’anciens opérateurs de radars militaires allemands de la Guerre froide. Les résultats, sans ambiguïté, indiquent que les enfants des pères irradiés présentent significativement plus de nouvelles mutations que ceux du groupe témoin. Un constat qui soulève des questions sur les effets à long terme des expositions aux rayonnements, même à faible dose.
Ce qu'il faut retenir
- Les radiations ionisantes de Tchernobyl ont provoqué des altérations de l’ADN transmissibles aux générations suivantes, selon une étude publiée en janvier 2026 dans Nature.
- Les enfants des liquidateurs exposés aux radiations présentent davantage de nouvelles mutations génétiques que ceux des groupes témoins.
- Ces mutations se situent principalement dans les régions non codantes de l’ADN, régulant l’expression des gènes.
- Le risque de développer une maladie génétique à partir de ces mutations reste faible, inférieur à celui associé à l’âge du père au moment de la conception.
- Cette étude ouvre la voie à des recherches sur les effets transgénérationnels des rayonnements, avec des implications pour les travailleurs du nucléaire et les populations exposées.
Des mutations génétiques induites par les radiations
Les radiations ionisantes ne se contentent pas de brûler les tissus : à l’échelle moléculaire, elles déclenchent une réaction en chaîne destructrice. Elles ionisent les molécules d’eau dans les cellules, générant ce que les biologistes appellent des espèces réactives de l’oxygène (ERO). Ces formes instables d’oxygène attaquent immédiatement les brins d’ADN, provoquant des cassures ou des dommages aux bases chimiques qui constituent la double hélice.
Un autre mécanisme aggrave ces dégâts : la translocation chromosomique. Des fragments de chromosomes se détachent et se rattachent à d’autres, créant des configurations génétiques anormales. Ces lésions, invisibles à l’œil nu, peuvent entraîner une instabilité du génome, voire la mort cellulaire. Sans séquençage génomique complet, elles seraient restées indétectables.
Les liquidateurs de Tchernobyl, premiers témoins de cette transmission
Pour mener leur enquête, l’équipe de Peter Krawitz a séquencé les génomes de deux groupes exposés aux rayonnements : des liquidateurs de Tchernobyl et d’anciens opérateurs de radars militaires allemands de la Guerre froide. Les résultats, publiés en janvier 2026, révèlent que les enfants des pères irradiés présentent un nombre significativement plus élevé de nouvelles mutations que ceux des groupes témoins. Ces mutations se concentrent majoritairement dans les régions non codantes de l’ADN, qui ne fabriquent pas directement des protéines mais régulent l’expression des gènes.
« Cette étude fournit la première preuve d’un effet transgénérationnel d’une exposition paternelle prolongée à de faibles doses de rayonnements ionisants », a déclaré Peter Krawitz. Une avancée majeure, qui replace la question de l’hérédité des dommages nucléaires au cœur des débats scientifiques.
Un risque de maladie génétique faible, mais une vigilance accrue nécessaire
Malgré ces résultats, le risque de développer une maladie génétique à partir de ces mutations héritées reste faible. Krawitz a tenu à préciser que le risque lié à l’âge du père au moment de la conception dépasse celui associé aux mutations induites par les radiations. Autrement dit, un père de 45 ans expose statistiquement son enfant à plus de risques génétiques liés à son âge qu’un liquidateur de Tchernobyl n’en transmet via ses lésions radio-induites.
Cette nuance est essentielle pour éviter d’alimenter des craintes disproportionnées chez les populations concernées ou leurs descendants. « Nous ne voulons pas créer de panique inutile », a souligné le généticien. Cependant, ces travaux soulignent l’importance de surveiller les effets à long terme des expositions aux rayonnements, même à faible dose, et d’adapter les mesures préventives en conséquence.
Des perspectives pour la recherche et la santé publique
Cette étude ouvre des perspectives concrètes pour d’autres contextes d’exposition aux rayonnements : travailleurs du nucléaire, patients sous radiothérapie répétée, ou populations vivant près de sites contaminés. « Connaître précisément les effets transgénérationnels des rayonnements permettrait de concevoir des mesures préventives ciblées », a indiqué Krawitz. Un enjeu de santé publique que les autorités sanitaires ne peuvent plus ignorer.
Les chercheurs prévoient déjà d’étendre leurs travaux à des cohortes plus larges pour affiner ces résultats et mieux cartographier les signatures génomiques laissées par les radiations. Une étape cruciale pour comprendre l’ampleur réelle de ces effets et adapter les politiques de protection.
Cette étude marque un tournant dans la compréhension des effets à long terme des radiations. Elle rappelle que les conséquences d’un accident comme Tchernobyl dépassent largement la génération directement exposée. En attendant, la prudence reste de mise : si les risques de maladies génétiques semblent limités, l’exposition aux rayonnements, même à faible dose, doit continuer à faire l’objet d’une surveillance rigoureuse.
À ce stade, l’étude ne permet pas de répondre avec certitude. Les chercheurs ont observé une transmission des mutations chez les enfants des liquidateurs exposés, mais il reste à déterminer si ces altérations peuvent se perpétuer sur plusieurs générations. Des travaux supplémentaires sont nécessaires pour évaluer leur stabilité et leur impact à long terme.