Un drone russe a frappé le sarcophage du réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl dans la nuit du 13 février 2025, selon Le Figaro. L'attaque a provoqué une brèche dans la structure métallique de l'enceinte de confinement, construite après l'accident de 1986 pour limiter la propagation des radiations. Plusieurs incendies se sont déclarés à l'intérieur, rendant certains foyers inaccessibles aux pompiers, contraints d'intervenir depuis l'extérieur.
Pour maîtriser les flammes, les équipes ont dû percer près de 300 trous dans la structure. Aucune fuite radioactive n'a été détectée après cet incident. Des travaux de consolidation temporaire ont été engagés pour colmater la brèche avec un écran protecteur et reboucher les orifices, le tout pour un coût estimé à 500 millions d'euros. La centrale, située à une centaine de kilomètres de Kiev et à proximité de la frontière biélorusse, repose sur la rivière Pripiat, un affluent du Dniepr dont l'eau alimente son système de refroidissement.
Ce qu'il faut retenir
- Un drone russe a frappé le sarcophage du réacteur n°4 de Tchernobyl en février 2025, causant une brèche dans l'enceinte de confinement.
- L'attaque a déclenché plusieurs incendies à l'intérieur, nécessitant l'intervention de pompiers qui ont percé près de 300 trous pour éteindre les foyers.
- Aucune fuite radioactive n'a été détectée, mais les réparations ont coûté 500 millions d'euros.
- La centrale, construite entre 1970 et 1983, était initialement prévue pour abriter 12 réacteurs RBMK de 1 000 MW chacun.
- Le réacteur n°4, mis en service en 1983, était le plus récent et le plus instable de la centrale.
La centrale de Tchernobyl, un site nucléaire marqué par l'histoire soviétique
La construction de la centrale de Tchernobyl, située à proximité de la rivière Pripiat et à une centaine de kilomètres de Kiev, débute en 1970. Quatre réacteurs sont opérationnels d'ici 1983 : les réacteurs n°1 et n°2 en 1977 et 1978, suivis du n°3 en 1981. Le réacteur n°4, le plus récent, entre en service en 1983. À cette époque, deux autres réacteurs, les n°5 et n°6, sont en construction au sud-ouest du site, avec pour objectif de faire de Tchernobyl la centrale la plus puissante du monde. Au total, 12 tranches étaient prévues, avec une puissance totale de 4 000 MW, soit 1 000 MW par unité.
Les installations incluent une salle des turbines, des salles de contrôle, des installations auxiliaires et des cheminées de ventilation. Les réacteurs utilisés, appelés RBMK (Réacteur de grande puissance à tubes de force), sont une fierté de l'industrie nucléaire soviétique. Ils fonctionnent avec de l'uranium faiblement enrichi (2 %), ce qui les rend plus économiques que les réacteurs à eau pressurisée. Cependant, leur technologie est également plus instable. Leur conception permet également la production de plutonium destiné aux armes nucléaires.
Le fonctionnement technique des réacteurs RBMK et leurs risques
Dans un réacteur RBMK, la fission de l'uranium produit une grande quantité d'énergie sous forme de chaleur. Cette chaleur est transférée à l'eau circulant autour du combustible. En s'échauffant, l'eau atteint son point d'ébullition et se transforme en vapeur. Dirigée vers les turbines, cette vapeur entraîne un alternateur qui produit de l'électricité. Après avoir été refroidie dans un condenseur, l'eau est renvoyée dans le réacteur pour un nouveau cycle. Ce processus, bien que simple en théorie, comporte des risques majeurs en cas de dysfonctionnement.
Les réacteurs RBMK sont dotés de barres de contrôle destinées à absorber les neutrons et à modérer la réaction en chaîne. Cependant, leur pointe en graphite peut, dans certaines conditions, accélérer la réaction nucléaire au lieu de l'arrêter. C'est précisément ce qui s'est produit lors de l'accident de 1986, illustrant les faiblesses structurelles de ce type de réacteur.
L'accident de 1986 : un enchaînement de défaillances techniques
Le 25 avril 1986, un test de sûreté est mené sur le réacteur n°4. L'objectif est de vérifier si, en cas de baisse de puissance, le réacteur peut encore alimenter les pompes de refroidissement pendant 90 secondes, le temps que les générateurs diesel de secours prennent le relais. La procédure prévoit une réduction de la puissance à 25 % de sa capacité nominale. Pourtant, le test est interrompu en milieu de journée à la demande du centre de distribution électrique, qui souhaite maintenir le réacteur à mi-puissance. La réduction de puissance reprend vers 23 heures, mais le réacteur devient instable en raison de l'accumulation de xénon 135, un produit de fission qui absorbe les neutrons.
À 1h23, l'essai commence. Les vannes d'alimentation en vapeur de la turbine sont fermées, provoquant une augmentation de la réactivité dans le réacteur. En quelques secondes, ce dernier s'emballe. À 1h23'40, l'arrêt d'urgence est déclenché, mais les barres de contrôle, dont les pointes en graphite accélèrent la réaction, agissent comme un détonateur. À 1h23'44, la puissance atteint un pic dépassant de plus de 100 fois la puissance nominale. « On a entendu comme un rugissement souterrain puis le plancher s’est soulevé d’une quarantaine de centimètres », témoignera un technicien. L'explosion projette la dalle supérieure du réacteur, d'un poids de 2 000 tonnes, laissant le cœur nu à l'air libre.
Les conséquences immédiates et la construction du sarcophage
L'explosion du réacteur n°4 provoque un incendie qui dure plusieurs jours, dispersant des particules radioactives dans l'atmosphère. Plus de 600 000 « liquidateurs », des travailleurs mobilisés pour contenir la catastrophe, sont exposés à des doses dangereuses de radiations. La ville de Pripiat, située à trois kilomètres de la centrale, est évacuée en moins de 36 heures. Au total, 116 000 personnes sont déplacées dans un rayon de 30 kilomètres autour du site. Les autorités soviétiques, sous-estimant initialement l'ampleur de la catastrophe, mettent plusieurs jours à organiser une réponse coordonnée.
Pour limiter les fuites radioactives, un sarcophage en béton et en acier, appelé « Shelter Object », est construit en urgence autour du réacteur accidenté. Ce dispositif, achevé en novembre 1986, permet de confiner les déchets radioactifs. Cependant, sa structure vieillissante, fragilisée par le temps et les intempéries, devient une source de préoccupation majeure quatre décennies plus tard. C'est cette même structure qui a été endommagée par le drone russe en février 2025.
Tchernobyl, un symbole des dangers du nucléaire civil
L'accident de 1986 a marqué un tournant dans l'histoire du nucléaire civil. Il a conduit à la création de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et à une révision des normes de sécurité dans le monde. Pourtant, plus de quarante ans après la catastrophe, Tchernobyl reste un symbole des dangers persistants liés à cette technologie. Le site, aujourd'hui géré par l'Ukraine, est toujours considéré comme une zone à haut risque, même si le niveau de radioactivité a diminué avec le temps.
La centrale, officiellement arrêtée en 2000, est en cours de démantèlement. Ce processus, qui devrait s'étaler sur plusieurs décennies, représente un défi technique et financier colossal. Les travaux sont estimés à plusieurs milliards d'euros, et leur financement reste incertain dans un contexte de guerre en Ukraine. Entre les risques liés au vieillissement des infrastructures, les menaces de sabotage et les défis logistiques, la gestion de Tchernobyl illustre les complexités de la transition énergétique et de la gestion des déchets nucléaires.
L'explosion est la conséquence directe d'un enchaînement de défaillances techniques lors d'un test de sûreté. Le 26 avril 1986, à 1h23, une erreur d'exploitation combinée à des défauts de conception du réacteur RBMK a provoqué une surchauffe incontrôlée. Les barres de contrôle, dont les extrémités en graphite ont accéléré la réaction nucléaire au lieu de la stopper, ont transformé le réacteur en une bombe thermique. La puissance a été multipliée par 100 en quelques secondes, provoquant l'explosion du cœur et la destruction du bâtiment.